J’ai assisté il y a peu à  une remise de diplômes. Lors de ce genre d’évènement j’ai tendance à  m’assoupir au moment des discours sauf que cette fois-ci j’étais très attentif au message qui serait délivré à  des ingénieurs/managers/entrepreneurs qui allaient commencer à  voler de leurs propres ailes à  une époque où l’état de l’économie peut susciter quelque inquiétude pour ceux qui vont devoir se faire leur place dans une zone sinistrée.

Finalement j’ai apprécié le ton, le contenu lucide sans blabla ni autosatisfaction et j’en repars avec deux choses. Une idée d’ouvrage à  me procurer et une phrase reprise in extenso comme titre de ce billet. Bon, je ne me souviens plus gère de la chute « ne mène à  rien », « mène au pire »… ? Je garderai le sens qui finalement seul importe : logique sans bon sens ne mène à  rien de bon.

Qu’est ce que la logique ? C’est ce qui permet de tirer des conséquences certaines de faits avérés, le plus souvent après un raisonnement sur l’expérience.

Le bon sens ? C’est ce qui permet de se dire que quelque chose d’évident ne l’est pas forcément, qu’un bon choix a priori ne le sera pas a posteriori, que la voie de la facilité n’est pas toujours la meilleure. Et que parfois la logique montre ses limites.

La logique a cela de rassurant qu’elle…rassure. Plus sérieusement elle systémise les choses et nous donne donc des certitudes sur ce que sera l’avenir. Du pain béni pour les entreprises. On a gagné tant en rentabilité cette année donc en faisant pareil l’année prochaine on fera pareil. Un commercial à  fait tel chiffre cette année il fera pareil l’an prochain. Telle manière de faire a toujours marché donc elle marchera. Si une option répond à  tels critères de scoring elle nous permettra d’améliorer notre performance opérationnelle ou financière l’an prochain.

Le bon sens c’est qui fait dire que la logique risque de ne pas fonctionner. Exemple : le record du monde du cent mètres baisse de 1/10e par an. La logique nous fait dire qu’un jour on courra le 100m en zéro secondes et qu’un être humain passera un jour le mur du son. Le bon sens nous fait dire que ça risque fort de ne jamais arriver. La logique nous fait dire qu’un commercial peut augmenter ses performances de 10% par an. Le bon sens nous fait dire qu’un jour il plafonnera à  moins d’estimer qu’un jour une personne pourra générer à  lui seul le PIB de la France en vendant des cacahuètes dans un hard discount.

La logique appliquée à  performance nous amène à  vouloir tout ramener à  une fonction linéaire. Et on batit des promesses et des modèles fonction de celà . Le bon sens nous amène à  dire que la performance est davantage une courbe dont on oublie souvent la partie asymptotique. Elle tend de plus en plus difficilement vers quelque chose sans jamais l’atteindre. Vous vous souvenez des études de limites en math au lycée ou en prépa ?

Pendant un certain temps ces deux fonctions coincident. Il se peut même que la courbe de performance soit supérieure aux résultats attendus. Vient un jour où elles se croisent ou se disjoignent (car sur de longue périodes, on parle de décennies, elles peuvent sembler confondues). Et là  que se passe-t-il ?

Si on parle de l’économie au sens large ça provoque ce que nous connaissons ces temps ci. A force d’inventer des mécanismes permettant de promettre une rentabilité constante voire croissante on essaie de courrir le 100m en zéro secondes. Il faut bien se dire que 100% de rentabilité annuelle ça n’existe pas, où alors que dans un monde d’interdépendance, cela se fera au détriment d’autre chose. Et que, interdépendance oblige, le jour où l’autre chose lachera on en subira les conséquences.

Si on parle d’entreprise, cela amène à  de plus en plus d’investissement sur le contrôle et la maitrise de l’activité afin de faire en sorte que la performance colle aux prévisions, ce qui revient à  transformer une courbe en ligne voire à  prouver la quadrature du cercle. Bref, d’un seul coup la performance ne suit plus, on réorganise, on met davantage de pression sur l’individu, on licencie, on casse la machine alors que ça n’est que le plan de route qui n’était pas adapté.

La courbe de performance restera toujours une courbe, mais on peut bouger quelques unes de ses variables. Par exemple en travaillant davantage sur sa « collectivisation », je ne parle pas là  de cumuler les performances individuelles mais bien de produire intelligemment et collectivement de manière efficace, donc de créer le contexte propice. Ca ne changera pas le plomb en or, ne tranformera pas la nature profonde des choses mais peut faire en sorte de faire plus collectivement sans casser la machine au niveau individuel.

On m’a d’ailleurs suggéré l’idée du dopage. Sans même parler du dopage médical qui existe vraiment et est à  mes yeux une véritable plaie (quelle organisation peut être fière de pousser ses individus à  de telles pratiques), il suffit de regarder le dopage administratif : indicateurs bidons ou bricolés, chiffres arrangés, risque « reporté » sans être annihilé, création de postes de ‘supervision’ en pagaille pour faire croire qu’on contrôle. On voit le résultat.

Reste à  explorer dans quel sens une organisation en réseau serait plus à  même d’éviter la tragique disjonction des courbes. A voir également,  dans quel sens une organisation « people-centric » serait à  même d’éviter de confondre une courbe et une droite.

La logique, dès lors qu’on est dans le monde de l’entreprise, c’est d’être toujours le plus performant possible. Le bon sens c’est de savoir ne pas trop en demander, ne pas croire que tout est possible, ne pas se dire je prend tout aujoud’hui et tant pis si ça casse demain car là  on atteindra le monde de la performance négative, de la destruction de valeur.

Performance durable ? Management durable ? J’ai comme l’impression que l’économique, le social, et tout ce qui fait l’entreprise commence à  converger. Le business comme objectif et les hommes au premier plan ? Rien de tel qu’une bonne gueule de bois pour avoir envie de repartir sur des bases saines.