Mon meilleur souvenir de formation ?

Je pensais que la mode des « chaines » était finie mais voilà  qu’une nouvelle croise mon chemin. Et finalement je me plie au jeu car je trouve la question de Gilles Martin très intéressante.

 » Quelle formation ou auto-formation a le plus influencé votre vie professionnelle actuelle ? ».

Je ne peux pas dire qu’aucune formation que j’ai suivi m’ait profondement marqué. Bien sur j’y ai appris beaucoup de choses sans lesquelles je ne ferais pas ce que je fais aujourd’hui et si c’était à  refaire je referai la même chose (à  un ou deux détails près peut être) et sans zapper les étapes intermédiaires car elles ont toutes eu le rôle dans une certaine forme de consruction. En fait ce que je retiens de toutes ces étapes n’est pas ce qu’on m’y a appris mais ce que j’y ai trouvé sur un plan davantage personnel qu’au niveau des connaissances strictes. Le gout pour l’écrit et l’analyse en fac de droit. Mais comme « le droit de l’internet et des TIC ne sera jamais qu’une discipline mineure, voire une mode passagère » et que « je devrais mieux faire du pénal ou du fiscal comme tout le monde au lieu de m’intéresser à  ce gadget nommé internet »…et bien j’ai été voir ailleurs [NB : on était dans les années 90…]. Laissez moi quand même ajouter que cette époque fut également riche en terme de culture générale, voire de compréhension des phénomènes internationaux. Bref, passé la maitrise je décide d’aller respirer un air plus frais et rentre en école de commerce, spécialisation management et TIC. Très intéressant, on parle un peu web, beaucoup ERP et bases de données. Ca me permet surtout de me rendre compte que si on parle beaucoup de e-business et un peu de e-management, le tiret entre le e et le management reste à  construire. Et c’est justement ce qui m’intéresse. Le temps d’obtenir mon diplome on est en septembre 2001. « Internet c’est fini mon bon monsieur…CV trop connoté ». La situation devient critique, on rajoute donc en vitesse un master RH là  dessus pour « déwébiser » le cv en question, l’occasion de me rendre compte que la dite fonction RH a tout de même besoin d’être dépoussiérée.

Vous l’avez compris, c’est surtout en termes de compréhension globale des mécanismes que j’ai progressé.

Vient ensuite la partie la plus intéressante : celle qui vient alors que ma formation est supposée terminée.

Je suis dans les RH et le management « classique » mais je continue à  être curieux. Un pied dans le web en tant qu’utilisateur lambda (et je lui en voulais un peu au web en question d’avoir dynamité une carrière tracée de consultant en ERP… j’en ris volontiers aujourd’hui), un pied dans mon boulot. Un blog que je lance pour passer le temps et qui devait s’autodétruire une fois que j’aurais démontré son inutilité (ce blog vous le lisez aujourd’hui…). J’en profite pour formaliser quelques idées. Trois lecteurs qui se perdent par hasard ici et avec qui la discussion s’engage. Ca m’amène à  élargir le spectre de ma réflexion, creuser certains points, ne plus être focalisé sur un aspect du problème mais voir comment tout s’entremêle et intéragit. Comment des choses simples a priori peuvent être a priori beaucoup plus complexes, mais également comment une situation complexe peut être appréhendée plus facilement dès lors qu’on prend du recul et qu’on regarde ce qui se passe autour.

L’élément clé : le fait de pouvoir échanger ici ou dans la vraie vie avec d’autres personnes avec qui on compare nos réflexions, nos expériences, ce qui marche et ne marche pas. Quasiment autant de professeurs de que lecteurs finalement, sans compter les rencontres qui s’en sont suivies « in real life ».

Finalement si je peux me targuer aujourd’hui d’une certaine capacité d’analyse transverse c’est uniquement en raison de l’ouverture d’esprit que ces échanges m’ont apporté et de la manière dont on attiré mon attention sur des disciplines périphériques (ou que je voyais comme telles). C’est également parce que tout cela m’a fait comprendre qu’on ne pouvait jamais dire qu’on savait ou qu’on avait compris et s’en contenter : tout ce que je sais c’est que si je ne fais évoluer ma réflexion au quotidien je serai un jour déphasé par rapport à  la réalité du monde de l’entreprise et sans mes activités de veille et d’échanges je pense que je serai en train de voir le monde d’aujourd’hui avec la certitude qu’il ressemble à  celui d’il y a dix ans avec la certitude que « c’est comme ça », que ça ne changera pas et qu’il n’y faut rien changer.

Finalement ma plus belle expérience de formation c’est celle que j’ai ici au quotidien au contact des autres, et plus généralement sur le web où je peux accéder à  des informations et des personnes qui me seraient innaccessibles autrement. Ca maintient ma curiosité en éveil, entretient ma capacité à  apprendre et remettre en cause ce que je sais ou crois savoir, et est humainement beaucoup plus riche que toutes les expériences plus classiques vécues en tant qu’élève. D’autant plus que je peux formaliser au quotidien l’avancée de mes réflexions, proposer au lieu de n’être que récepteur, ce qui n’est pas le moins important des axes en termes de développement personnel. Je suppose que tout ce que j’ai pu faire avant a conditionné ma capacité à  me projeter dans ce monde nouveau mais je me demande si un jour on verra surgir une génération d’experts performants et autoformés par l’échange avec leurs pairs doublée d’une mise en pratique sur le terrain.

On en reparle dans 10 ans. Partant du fait que ce blog n’a que 3 ans et demi et ce qu’il m’a permis d’appréhender en aussi peu de temps je pense qu’il aura été largement plus rentable que nombre de formations. Jeune je pensais qu’apprendre c’était recevoir des connaissances de ceux qui savent dans le but de les accumuler. Aujourd’hui je sais que c’est construire mon propre « corpus » avec mes pairs dans le but de les mettre en oeuvre. Finalement je m’en suis quand même sorti dans les deux.

Je repasse le bébé à  Hervé Kabla, Christophe Faurie, Jacques Froissant, Claude Malaison et Michelle Blanc.

PS : Merci quand même à  tous les professeurs qui m’ont supporté depuis le collège, certains ont tout de même largement conditionné ce que je fais aujourd’hui. Mention spéciale à  celui qui a su faire naitre une certaine flamme, professeur de math et d’informatique au lycée qui m’a emmené à  ma première apple expo à  la fin des années 80 et sans qui je n’aurais jamais eu un intérêt si prononcé pour ce qu’on appelait les nouvelles technologies au point d’en faire, inconsciemment, le fil rouge de de tout ce que j’ai pu faire depuis une quinzaine d’années.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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