La Génération Y : des pilotes de course qui doivent passer leur permis

Que l’on se fie à  une récente étude d’Accenture ou à  tout ce qui peut se dire et s’écrire çà  et là  (liste trop longue pour être publiée ici), la génération des Millenials ou des Digital Natives va considérablement faire changer la manière dont on travaille en entreprise.

Quelque part c’est une chance inouà¯e tant ils ont les réflexes qu’on demande à  des collaborateurs dans une entreprise agile, interconnectée. Mais toutes les études semblent également s’accorder sur un point un peu moins reluisant : leur très faible niveau de compréhension des enjeux de l’entreprise que ce soit au niveau opérationnel ou au niveau de la nécessaire gouvernance de l’information. En quelques sorte des pilotes de course qui devraient encore leur « permis de conduire en entreprise ». J’adhère totalement à  la vision de Tom Davenport sur le sujet : croire que l’entreprise traditionnelle va changer comme un seul homme pour donner à  cette génération ce qu’elle demande est totalement illusoire et ce pour des raisons qui mériteraient un long articles pour elles seules.  Bien sur les choses bougeront, mais au fil du temps et pas en un claquement de doigts.

Vous me direz que nous n’en savions sans doute guère plus qu’eux lorsque nous avons fait nos débuts. Soit. Mais nous n’étions (je parle pour ma génération) pas porteurs d’une telle rupture qui va nécessiter un alignement mutuel entre le jeune et l’entreprise sous peine, au mieux, de ne pas exploiter immédiatement une chance formidable, au pire que chacun aille dans le mur sans que vraiment personne n’apprenne rien et qu’au final ceux qui auront réussi cet amalgame prennent une avance quasi irrémédiable.

L’enjeu est clair : se servir des jeunes pour comprendre le champs des possibles et comme levier du changement, et des anciens pour canaliser les nouveaux arrivants, éviter qu’ils se dispersent, et apprennent à  transposer leur culture personnelle dans un contexte d’entreprise. Les deux éléments sont indispensables et c’est pour celà  que j’en appelais à  un double tutorat gagnant gagnant.

Pour ce qui est de l’entreprise je reste persuadé que la première à  faire, avant même de penser changement, est de comprendre un nouveau champs des possibles. Comprendre comment certains font plus efficacement dans leur vie privée ce qu’on leur demande de faire en entreprise afin de se l’approprier plutot que d’avoir l’impression de se le faire imposer voire de vivre un schisme interrne.

Certaines entreprises ont, pour leurs stagiaires et leurs jeunes diplômés, recours à  ce qu’on appelle le rapport d’étonnement. Un de mes anciens maitres de stage me disait d’ailleurs que c’était important d’avoir un regard neuf et parfois ingénu sur le fonctionnement de son organisation car il ne comptait pas sur ceux qui avaient « le nez dans le guidon » et lui au premier chef pour mettre le doigt là  où il le fallait car à  force de voir et faire les choses l’idée même que quelque chose d’autre soit possible nous devient peu à  peu totalement étrangère.

Que dirait un Millenial, un Digital Native à  la question : « comment faites vous en général à  l’école, avec vos amis, votre famille, pour faire ce qu’on vous demande de faire ici ? ». Un bon moyen pour notre « jeune » de se rendre utile et pour l’entreprise de l’intégrer tout en profitant sans bourse délier du meilleur cabinet d’experts sur le social computing et les Digital Native : les intéressés eux même. Avec un autre avantage : en impliquant on retarde et on rend plus progressive la confrontation, jusqu’à  ce qu’elle devienne constructive.

Alors, on ressort le bon vieux rapport d’étonnement des cartons ?

Et pour finir peut être ne faut il pas oublier ceux qui devraient être les premiers responsables : les établissements d’enseignement qui ne forment ni aux bonnes pratiques ni aux outils tout court (et même si je sais que quelques pionnières essaient de faire les lignes dans la capitale du Nord…). Il ne faut pas croire que ces jeunes ont déjà  tout découvert. Ils sont la première génération qui va vraiment pouvoir construire la société qui va avec ces nouveaux usages, encore faut il leur faire prendre conscience de la rupture qu’ils incarnent et du champ des possibles qui s’ouvrira a eux en tant que managers, politiciens, ou citoyens tout simplement.  Aujourd’hui toutes les routes aériennes ont été découvertes et les pilotes empruntent des chemins balisés. Ca n’est pas le cas dans le domaine que nous évoquons et nos écoles ont en quelque sorte l’obligation morale de former les Mermoz et Saint Exupery de demain. « Dessine moi un monde nouveau » dirai aujourd’hui, et à  plusieurs titres, le petit Prince.

Quoi qu’il en soit l’entreprise changera certainement à  leur contact comme elle change en permanence, lentement, au fur et à  mesure qu’elle intégre de nouveaux entrants.

Mais ne nous trompons pas : l’entreprise changera avec eux, pas pour eux.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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