Productivité, insaisissable objet de nos désirs

J’avais lancé il y a quelques temps une bouteille à  la mer sur la question de la productivité, ce Saint Graal tant recherché mais finalement jamais trop atteint et au nom duquel, si mon impression est bonne, on fait tout et n’importe quoi de manière un peu brouillonne, parfois improductive, preuve s’il en est que si le discours est aisé la pratique semble pour le moins difficile.

Je peux dire que je n’ai pas été déçu par les nombreux commentaires qui me semblent globalement concordants. Ayant donc appris de vos retours, me voici en mesure de pratiquer une restitution sur le sujet.

La productivité à  l’ancienne est morte : historiquement définie comme le “rapport de la production de biens ou de services à  la quantité de facteurs de production” la productivité devient plus difficile à  définir faute de valeur pertinente à  mettre au dénominateur. Pour la productivité d’un groupe encore peut on y mettre le nombre de personnes, mais pour ce qui est de la productivité individuelle on est bien en peine de continuer sur cette logique. Et pour la raison qui suit.

La productivité est avant tout l’atteinte d’un objectif : faute de pouvoir prouver un rapport fiable, mathématique, constant entre les moyens de production et le résultat on se concentre sur le résultat. Au niveau individuel il apparait clairement que dans l’économie actuelle, il n’y a pas de relation pérenne entre le temps passé et le résultat obtenu. Cela ressort clairement des commentaires reçus : on est productif lorsqu’on atteint ses objectifs.

Evaluation finale et contrôle instantané : ce qui précède n’est pas sans poser certains problèmes quant à  l’évaluation de la productivité. Si on peut la juger a posteriori par rapport aux résultats obtenus elle n’est pas observable sur le moment. Un salarié physiquement inactif, voire absent, peut être productif au niveau de sa reflexion sur un dossier. Un collaborateur affairé peut faire semblant d’être occupé voire occupé à  des choses qui n’impactent pas le résultat. Faute de mieux et pour se rassurer on contrôle le fait que la personne soit active et on supprime les causes supposées d’improductivité sans pouvoir être sur que cela rend la personne plus productive. On pourrait revenir ici sur le débat sur l’utilisation d’internet au travail. Mais on est ni plus ni moins dans la ligne de l’organisation productiviste et du travail posté où un individu devant sa machine était par définition productif de manière clairement quantifiable (le nombre de pièces fabriquée). Quant à  la question de savoir s’il alimentait le marché ou fabriquait du stock inutilisé elle relève d’un autre débat pas moins intéressant.

La productivité se définit négativement : faute de pouvoir identifié un salarié productif au premier coup d’oeil on ne définit par rapport au salarié non productif dont on a une idée un peu plus précise. Donc être productif c’est ne pas… Quoiqu’il serait bon de se pencher sur la question à  l’aune de l’évolution de certaines fonctions en ce début de siècle.

Les trois statuts du collaborateur : la différence fondamentale entre les modèles que nous pouvons encore appliquer et la réalité du travail aujourd’hui est dans les différents status que peut avoir un salarié. On passe d’un modèle où il est à  un moment donné productif ou non productif à  un modèle plus complexe où il peut être :

  • inactif : il ne fait vraiment rien
  • activé : il est disponible mais désoeuvré
  • occupé : il est actif mais ne concoure pas à  l’atteinte des objectifs
  • productif : il est actif et contribue à  l’atteinte des objectifs

Ce qui démontre la limite d’une tendance qui veut qu’on occupe les gens à  tout prix. Un salarié affairé peut être improductif (voire contre productif si on immobilise la ressource et qu’elle n’est pas disponible lorsqu’on a besoin d’elle pour une tche liée aux objectigs) comme un salarié perdu dans ses pensées ou assis dans une rame de métro peut l’être. Et diverses missions que j’ai pu effectuer dans une vie antérieure me laissent à  penser que s’il y a de nombreux salariés non productifs c’est la plupart du temps loin d’être de leur propre responsabilité.

Importance des objectifs : si on détermine la productivité par l’atteinte des objectifs, la plus grande importance doit être donnée à  la définition de ces derniers. N’oublions pas qu’ils doivent être à  minima atteignables et engager le collaborateurs. Le meilleur moyen d’avoir des salariés peu productifs est de leur soumettre une feuille d’objectifs tombée du ciel et leur dire “voilà  débrouille toi”. Idéalement l’objectif est négocié et en tout cas on doit écouter l’avis du collaborateur. Faute de quoi dès le départ ils refuseront de se battre pour une cause perdue d’avance.

Ce qui m’amène à  une autre question. Selon vos expériences, qu’est ce qui a été mis en œuvre afin d’accroitre la productivité des salariés ? Des objectifs revus à  la hausse et le passage aux 35h peuvent être des réponses acceptables si argumentées. Mais il y en a d’autres : nouveaux outils, nouvelles méthodes etc… Et, seconde partie de la question, que ce soit dans votre entreprise ou ailleurs, avez vous des chiffres sur l’impact de ces mesures sur la productivité (gain de x% etc…) ?

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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