Cette note de Jon Husband et l’article du Guardian qu’il mentionne m’incite a m’interroger sur l’impact présumé du net et de ses usages sur nos petites têtes blondes.

On s’inquiète du temps que les jeunes peuvent passer en ligne. Et alors ? Je pense que toutes les générations, la leur, la mienne comme celle de nos ainés, ont eu leurs loisirs favoris. Pour certains c’était la télé, pour d’autres les trains et circuits électriques, il y a eu les fans de Barbie qui pomponnaient leur poupée comme si c’était « in real life » pendant que le frère se prenait pour le futur Platini dans le parc du quartier puis sur sa console le soir en rentrant. La liste est longue et chacun peut s’amuser à  se souvenir de ce qui monopolisait notre attention. En cela les choses ne sont pas si différentes. Cela est il dangereux ? Pas plus que tout ce qui focalise l’attention trop longtemps et fait oublier le reste. Pas moins non plus. Bref, rien de nouveau depuis l’époque de ma grand mère.

Un des dangers contre lesquels il faut souvent protéger les jeunes est l’isolement que provoquent des loisirs trop envahissants. Là  encore je ne trouve pas qu’il y ait grand chose de nouveau. Un loisir trop solitaire coupe du monde, un loisir collectif mais qui ne s’exerce qu’avec des amis coupe tout de même encore de la famille.

Pourquoi tant d’effroi devant un phénomène  connu depuis que le monde est monde ?

Parce que, tout en étant conscient de possibles excès contre lesquels ils fallait se prémunir, les parents ont toujours compris ce que faisaient leurs enfants. Poupées, jeux vidéos, football et trains électriques étaient des activités compréhensibles de tous. Ce qui change aujourd’hui est que bien souvent les parents ne comprennent pas ce que font leurs enfants. Ils connaissent bien sur l’outil, l’ordinateur, le média, internet, mais c’est l’usage qui en est fait qui les dépasse parfois totalement. Il y  peu je travaillais avec un cadre dirigeant qui découvrait avec bonheur les joies du réseau social appliqué à  l’entreprise et à  ses tches quotidiennes. Non seulement il était manifestement heureux de la facilité avec laquelle il pouvait désormais manager ses équipes dispersées sur le globe mais en plus il me disait : « je viens enfin de comprendre ce que mes enfants font sur internet ».

Car, et à  la différence de ce qui se passait pour leurs ainés, l’activité favorite des jeunes est socialisante. Il faut bien comprendre qu’internet n’étant qu’un espace, il faut bien comprendre qu’ils ne sont pas « sur internet » mais « avec leurs amis ».  Le jeune qui passe son après midi sur le net ne devient pas un autiste. J’aurais même tendance à  penser qu’il communique et socialise plus que ses ainés. Là  encore, l’incompréhension vient du seul fait qu’ados et adultes n’utilisent pas les mêmes médias.

Je terminerai en disant que cette addiction ne rend pas mono-maniaque : ils font la même chose que leurs ainés, et parfois plus, mais en utilisant un média unique là  où les autres se dispersent. Ils retrouvent en un seul endroit le journal TV des uns, l’émission de radio des autres, leurs musiques, les informations dont ils ont besoin, les jeux auxquels ils jouent avec leurs amis. Là  où les uns jonglent entre courriers papier, sms, télephone, email… eux n’ont pratiquement plus qu’un seul canal.

Faut il alors s’inquiéter de voir ces comportements nouveaux ? Comme vous l’avez compris ils ne sont pas si nouveaux, c’est leur canal d’expression qui est nouveau. Je connais des parents tout à  fait au fait de ces choses là  et qui vivent au contraire très bien avec leurs rejetons. Il me semble même qu’ils communiquent plus entre eux que les générations d’avant.

Bien sur il y a les dangers liés à  l’internet. Derrière chaque internaute se cache un violeur c’est bien connu. D’ailleurs c’est le gouvernement qui le dit. A ce rythme, l’expression « sur internet » va stigmatiser toutes les angoisses du monde. Ridicule. Détestable et finalement infantilisant. Par définition internet c’est le monde,  on y retrouve les mêmes pratiques, les mêmes individus. Ca n’est pas l’outil qui est dangereux, c’est l’homme, nuance. Il est aussi évident d’inculquer un minimum de règles de « navigation » que leur apprendre à  regarder en traversant la rue ou ne pas suivre le monsieur qui offre des sucettes à  coté de la balançoire. Finalement ça n’est pas tant l’enfant qui doit être protégé que l’adulte qui doit être formé pour mieux l’accompagner. Mais les campagnes actuelles incitant à  la paranoà¯a infantilisent plus les parents qu’elles ne protègent leurs enfants.

En tout cas j’aurais bien aimé être ado en 2009…