Si l’on se fie à  la manière dont le sujet est traité, l’entreprise 2.0 est essentiellement une question réservée aux grandes organisation, un problème de riches comme certains n’hésitent pas à  le dire. Mais la PME n’a telle rien à  gagner à  se pencher sur le sujet ? Peu sont ceux qui ont commencé à  se poser la question même si nos amis de B-r-ent montrent un certain activisme sur le sujet.

Pour avoir pris de temps de réfléchir à  la question ces dernières semaines voici un premier jet de ma réflexion. A vous de compléter.

L’entreprise 2.0 est une problématique de grandes organisations par essence

Je dirai même que l’entreprise 2.0 est née dans la grande entreprise. Lorsqu’on parle de faciliter la transversalité au travers des silos, de faire intéragir plus facilement des équipes dispersées, de permettre l’auto-coordination et la facilitation sans gaspillage de ressources, la capitalisation des expertises, on sait rien qu’en regardant la posologie à  quel type de malade on a affaire.

Il se trouve de plus que, comme tout sujet émergent, il ait d’abord attiré l’attention d’experts et de prestataires de services ayant la capacité de mettre de l’énergie et des ressources sur des sujets mal définis, des enjeux réels mais mal cernés, bref d’investir sur l’avenir et d’explorer sans parfois savoir ou cela les ménera. Et force est de reconnaitre que la prospective est davantage une affaire de grandes entreprises ne serait-ce qu’en raisons des moyens disponibles et d’une inertie qui les oblige à  anticiper les virages très, très tôt.

Bref, la grande entreprise est par définition l’endroit où ce type de question émerge et se cristallise, de la même manière que c’est économiquement la seule structure qui a la fois les moyens et la nécessité de consacrer de l’énergie à  anticiper un avenir qui peut sembler lointain.

La PME, grande oubliée du débat ?

Une partie des arguments mentionnés ci-dessus explique en partie cela. Mais d’autres facteurs sont à  prendre en compte. La complexité et la diversité qu’on peut rencontrer au sein d’une grande organisation en fait un terrain d’expérimentation idéal. D’ailleurs la grand entreprise aime cela, elle qui a adopté le pilote et l’expérimentation comme manière de découvrir ce qu’elle ne sait pas. Elle peut se permettre d' »essayer » dans des petits périmètres et sans se mettre en danger (même si la question du périmètre peut être génante si on a besoin d’une masse critique). La PME ne peut expérimenter parce que elle n’en a souvent pas les moyens et que sa taille ne le lui permet que rarement. La taille d’un groupe pilote dans une grande entreprise est souvent plus importante que la taille de beaucoup de PME.

Notons que la PME a toujours trouvé avantage à  ce mode de fonctionnement, laissant les grands groupes essuyer les platres et financer une partie de la recherche en organisation et en outils divers qu’elle s’approprie lorsque la maturité du marché et sa taille croissante permet de faire baisser les prix.

Quoi qu’il en soit, si les PME sont un peu « justes » pour pousser dans les phases de démarrage des grandes tendances, le moment vient ou le marché devient abordable pour elles et où il existe suffisamment de retour et de recul pour qu’elles n’aient pas l’impression de s’engager à  l’aveuglette.

La PME peut également et largement y trouver son compte

Maintenant ça n’est pas parce que la grande entreprise a soumis au marché une problématique taillées sur mesure pour elle que les entreprises de taille plus modestes n’ont rien à  y gagner. Le propre de la PME est d’avoir le « nez dans le guidon » ce qui explique qu’elle regade toujours avec un peu de circonspection les nouveautés dont peuvent s’enticher les grands groupes jusqu’à  preuve de leur efficacité prouvée. C’est également ce qui fait qu’elles ont beaucoup à  gagner dès lors qu’on parle de tirer le meilleur d’équipes qui ne sont pas ou peu extensibles, dans un contexte où l’investissement se fait peu disponible et lorsqu’on cherche à  faire en sorte que le temps passé à  tatonner, ajuster et coordonner pour répondre aux besoins de clients soit davantage utilisé pour agir sur le terrain. Favoriser et faciliter les intéractions entre individus parce qu’on est plus efficaces a plusieurs que seul n’est donc pas un probléme de riches mais un besoin pour tous.

Bien sur la PME, même si ses effectifs n’ont pas la même dimension, tirera les mêmes bénéfices que la grande entreprise. Je serai même tenté de dire qu’ils seront plus vitaux dans certains cas : moins on est nombreux moins la somme des gisements de productivité individuels est importante est plus le besoin de trouver des gisements collectifs se fait essentiels.

Un autre point, indirectement lié mais loin d’être neutre est également à  prendre en compte. Si le fameux « cloud computing » ou Saas n’est pas forcément l’apanage des solutions web 2.0, il n’en reste pas moins qu’aucune n’ignore ce mode de mise à  disposition. Contrairement à  la grande entreprise qui peut avoir des contraintes légitimes et où les choses avancent pas à  pas, la PME n’a pas forcément vocation à  investir dans la gestion d’un système d’information et sa maintenance. L’existence d’un service informatique dans une PME est plus souvent une contrainte, un choix subi qu’une décision stratégique et nombre de dirigeants préféreraient que ce poste cesse d’occuper une part croissante de leur budget.

Je suggère même qu’il est des bénéfices que les grandes entreprises ont déjà  saisi mais que, en raison de leur taille et de leur inertie moindre lorsqu’une décision est prise, les PME seront peut être plus promptes à  faire apparaitre.

Mêmes logiques mais des usages différents ?

Bien entendu les bénéfices sont les mêmes. Mais je pense qu’ils vont s’exprimer voire être mis en œuvre différemment.

Périmètre : les logiques de réseaux sociaux ou de communautés vont avoir une toute autre importance. La grande entreprise se focalise sur des réseaux internes pour travailler, voire externe pour pratiquer une communication externe ouverte (ou prétendument) mais rarement des réseaux mixtes associant clients, fournisseurs, partenaires dans des zones étanches. La PME a peu de ressources à  mettre en « front » et on sait combien sont chronophages les incessantes réunions physiques ou téléphoniques. Elles ont tout à  gagner à  maximiser les échanges dans des groupes impliquant toutes les parties prenantes (client/fournisseur – commercial – chef de projet – support) afin de miminiser le gaspillage lié à  la coordination interne et le « forwardage » d’information. Les réunions doivent servir à  décider, à  avancer, pas à  faire le point, il y a d’autres moyens d’avoir une vision panoramique de la situation. Pour travailler, pour innover avec ses clients… les choix sont nombreux et vu sa taille modeste la PME a tout intérêt à  s’ouvrir. J’ajouterai que cela fait déjà  partie de ses particularités même si on l’oublie souvent : les PME pratiquent déjà  le temps partagé, collaborent au sein de structures diverses pour compenser leur taille et leur manque relatif de moyens. On reste dans la même logique.

Infrastructure : je l’ai déjà  mentionné mais s’il est une entreprise qui a tout intérêt à  rationaliser ses dépenses informatiques c’est la PME. Plus lié au Cloud Computing qu’à  l’E2.0 mais les deux vont souvent ensemble

Ressources humaines. Un professeur de grande école me le disait dernièrement : en dehors de la startup la PME c’est has been pour les étudiants alors qu’il existe de vrais pépites avec des projets industriels et humains passionnants, où le jeune pourra rapidement sentir son impact. Il parait, selon les études récentes, qu’employer des outils de son temps ça aide à  attirer les jeunes.

Vous voyez d’autres choses ?