En temps de crise il faut protéger son capital humain

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Faute d’avoir le temps de prendre les mesures structurelles qui peuvent permettre de faire efficacement face à  la crise, ou par simple habitude, l’entreprise réagit souvent en s’attaquant aux variables d’ajustement les plus simples à  mettre en œuvre.

Coupures budgétaires, notamment sur l’innovation et la communication.

Report de certains investissements.

Licenciements.

Cela permet de parer au plus pressé même si je suis d’avis de penser que ça ne fait que repousser l’inéluctable. On limite ses couts au lieu de se concentrer sur le revenu, sachant qu’on ne peut pas non plus couper les couts à  l’infini sauf à  transformer l’entreprise en coquille vide. Tout budget supprimé cette année ne pourra plus être supprimé l’année suivante puisqu’il n’existera plus.

Je fais partie de ceux qui osent penser que le but d’une entreprise est de gagner de l’argent et qu’en prenant le problème par les dépenses on ne peut que jouer provisoirement les pompiers car si on peut toujours essayer de trouver de nouveaux marchés, même dans la douleur, ou être plus efficaces, les dépenses ne peuvent pas diminuer une fois un plancher atteint. Et ensuite on fait quoi ? Mais couper une ligne budgétaire localement est plus simple que repenser globalement la manière dont l’entreprise opère.

Quoi qu’il en soit, il apparait également que ce genre de politique peut avoir des effets très néfastes à  moyen voire long terme.

Même si c’est rapide et comptablement efficace, l’affaiblissement de l’entreprise en période de crise peut lui être fatal lorsque vient la reprise. C’est d’ailleurs dans les temps difficiles que se créent nombre des géants de demain. La période post 1929 a ainsi vu naitre le Guide Michelin, Texas Instruments, les Laboratoires Boiron, et vu croitre de manière décisive des entreprises aussi négligeables qu’IBM et Air France. Plus proche de nous, les leaders de l’internet d’aujourd’hui se sont pour beaucoup construits dans la période de la crise post bulle de l’après 1999.

Il y a une logique a cela : des entreprises sans « surpoids » qui ne peuvent donc dégraisser et qui sont orientées, par nécessité, non sur la préservation de l’existant mais sur l’accroissement de leur revenu, crise ou pas. Quitte à  innover et se reconfigurer en permanence, ce qui est une composante naturelle de leur ADN. Ce qui fait que ces dernières se renforcent peu à  peu là  où d’autres dégraissent. Et lorsque l’embellie arrive elles continuent sur leur lancée là  où les autres se rendent compte qu’elles n’ont plus rien dans leur moteur pour profiter de la reprise.

Regardons de manière plus spécifique l’aspect capital humain.

En 2002, KPMG UK avait licencié plus de 700 personnes. Pour se rendre compte, peut être trop tard, qu’ils avaient perdu plus que des salariés. Ils ont perdu de l’expertise, des compétences, un réseau humain qu’il a fallu reconstruire. Sans parler de la confiance. Et chacun sait que ces éléments essentiels à  la performance des entreprise sont les plus longs à  reconstruire. Cette année KPMG a décidé de ne pas reproduire l’erreur et de proposer des réductions de temps de travail plutôt que des licenciements. Bien sur cela demande un certain équilibre par rapport aux diminutions de salaires consenties par les collaborateurs mais c’est plus responsable tant vis à  vis de la pérennité de l’entreprise qu’il faut préserver que du maintien du collaborateur dans l’entreprise tant dans son propre intérêt que dans celui de l’entreprise

Au delà  de cet exemple nous avons une fois de plus la démonstration que :

la capitalisation des expertises, le maintien de la confiance et de la notion d’appartenance et de réseau chez les collaborateurs est essentielle, notamment en période de crise. Un salarié est plus qu’un salarié et une équipe est plus qu’une somme d’individualités mais un véritable capital créateur de valeur.

il faut bien voir la limite de solutions de court termes, au lieu de couper tout ce qui peut l’être, penser également à  se donner les moyens de survivre à  la reprise. Et oui, lorsque tout redémarre il faut faire attention à  ceux qui ont continué à  se développer en tirant profit d’une structure adaptée, qui arrivent lancés et peuvent dépasser les leaders d’hier.

D’ailleurs, après les nouvelles catastrophiques de ces dernières semaines on apprend que les entreprises américaines se rendent compte qu’elles ont eu une réaction parfois trop épidermique et ont peut être trop licencié. Sans en attendre des miracles, des réembauches seraient à  l’étude.

Et pour ceux qui se disent qu’une crise touche obligatoirement tout le monde, qu’on ne peut que faire le dos rond et que des licenciements sont donc inévitables, ils pourront trouver un rayon de soleil dans cet article du magazine Fortune qui nous parle de 10 entreprises qui n’ont jamais licencié aucours de leur histoire.

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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