Etude sur les usages des TIC dans les entreprises françaises

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Il y a une quinzaine de jours de cela j’ai été invité par Microsoft à  assister à  la présentation d’un rapport sur les usages des Technologies de l’Information dans les entreprises en France. Soit dit en passant vous ne pouvez imaginer quelle bien cela me fait de ne pas voir accolé le terme « nouvelles » à  technologies de l’information, chose trop fréquente lorsque ceux qui entendent vous éclairer n’y connaissent rien de plus que vous.

Ceci étant dit j’étais intéressé par la chose pour plusieurs raisons:

On parle beaucoup de la transformation des usages dans l’entreprise liée à  l’arrivée d’une nouvelle génération de collaborateurs dans l’entreprise (generation Y, digital natives voire simplement « les jeunes de maintenant ») mais à  part des observations éparses il n’y avait pas encore eu quoi que ce soit de réellement construit et exhaustif en la matière.

La méthodologie était pour le moins neutre et exhaustive : on partait du général vers le particulier en démarrant par l’aspect sociologique, puis en quantifiant et qualifiant le tout pour arriver à  des cas précis, le tout avec des partenaires spécialisés en la matière (Eranos, Added Value, Ifop et BearingPoint pour ne pas les citer).

Voyons donc ce qu’il en ressort.

Avant même la présentation officielle, on apprenait beaucoup en discutant avec les personnes présentes et en laissant trainer l’oreille. Un mot revenait dans toutes les conversations. « Porosité ». L’entreprise n’est plus une forteresse, il y a des pratiques de la sphère privée qui la pénètrent peu à  peu de la même manière que le contact avec le bureau ne s’arrête plus dès qu’on a franchi la porte de ce dernier. « Ca fait peur ». Et, pour rebondir sur le sujet, la nouvelle du jour : notre secrétaire d’état à  l’économie numérique qui se plaint de ne pouvoir naviguer sur le net à  sa guise en raison de contraintes de sécurité. « Sécurité nécessaire » était d’ailleurs le dernier thème évoqué.

Passons donc au contenu.

Le contexte

96% des actifs se connectent à  internet à  la maison ou au travail. Par contre seul un actif sur deux utilise un ordinateur sur son lieu de travail. Il y a d’ailleurs plus d’ordinateurs dans les ménages que dans les entreprises.

Les outils standards (téléphone, email, traitement de texte) tiennent encore le haut du pavé mais on distingue des outils émergents selon une tendance forte et confirmée : blogs, réseaux sociaux, wikis, podcasts…

De manière générale 68% des gens travaillent en équipe, 85% avec des gens de leur entreprise.

Le temps de travail sur des outils informatiques se répartit de la manière suivante : communiquer (44% du temps), Gérer du temps (30%), travailler sur du contenu (39%).

Usage des TIC

18% des utilisateurs travaillent déjà  en mode horizontal dans des entreprises « à  la pointe de la technologie »…contre 35% dans des entreprises « en retard technologiquement » et en mode vertical.

On apprend également que les jeunes synchronisent, coopérent et créent plus que leurs ainés alors que les managers partagent (donc sans coopérer ?), s’organisent et créent plus que la moyenne.

Ce qui nous donne le tableau suivant :

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De manière générale les personnes interrogées utilisent les technologies principalement pour gagner du temps.

Les outils tendent à  se multiplier pour un seul usage et les jeunes sont vraiment plus à  l’aise dans la création et le partage d’information. Ils gèrent beaucoup mieux l’infobésité que leurs ainés.

Deux cultures sont donc en intéraction dans l’entreprise : les « faber » et les « ludens ». En ce qui me concerne j’aimerai également connaitre la partie de la population « mixte » qui emprunte également à  l’un et à  l’autre, ce qui me semble être la population levier essentielle dans l’accompagnement et la rationalisation nécessaire de ces usages.

Faber et ludens

Il ressort de l’étude que Faber et Ludens cohabitent de manière plutôt réciproquement bénéfique, chose que je n’ai pas souvent constatée mais peut être ai-je eu affaire à  des cas à  part. En tout cas c’est une tendance à  travailler car je pense pas qu’il soit bénéfique de les laisser enfermés dans leur logique propre et qu’un système de « double tutorat » serait bénéfique à  chacun et, par ricochet, à  l’entreprise.

N’oublions pas qu’il s’agit d’une étude sur un périmètre franco-français et que le Faber est l’héritier de certains aspects de notre culture.

Quoi qu’il en soit, et je suis heureux que l’étude le mette en valeur, les nouveaux usages ne sont pas le fait d’une génération mais sont transgenerationals même si au départ ils ont été davantage impulsés par certains. Ce qui ne m’empêche pas de me demander si, à  l’inverse, seuls les usages transgenerationels perdurent ce qui fait que ceux qui sont propres à  une génération soient difficilement observables et nous aménerait à  nous intérroger sur l’acculturation progressive des générations concernées.

Il en résulte bien entendu que tout cela réprésente un important défi tant pour les RH que pour les DSI. MS nous dit qu’il y a plus de diversité dans les DSI que ce qu’on l’on croit et qu’il s’agit pour eux d’une opportunité évidente de revaloriser leur travail en inventant et mettant en place des outils nouveaux. Je suis d’accord sur les objectifs et ce que devraient être les choses. J’ai effectivement rencontré de tels DSI. Mais il ne faut pas négliger l’importance des feins qui subsistent.

En tout cas quatre niveaux d’attentes émergent vis à  vis des technologies.

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J’ai l’impression de me reconnaitre, et à  mon avis comme beaucoup de ceux que l’étude intéressera, dans trois des quatre. Mais, à  mon sens, il ne faut pas perdre de vue que l’essentiel des collaborateurs auxquels nous nous adressons est « techno-follower ». Une chose à  ne pas perdre de vue si on ne veut pas passer à  coté de quelque chose de fondamental. Si on l’oublie on servira peut être nos intérêts, voire nos égos, mais sans réellement apporter quoi que ce soit à  l’ensemble.

En tout cas, comme l’équipe Obama qui n’a pas compris que la Maison Blanche soit remplie de PCs antédiluviens et, pire, qu’il n’y avait aucun Mac dans les bureaux, la jeune recrue veut au bureau les mêmes outils qu’à  la maison. L’ordinateur est forcément portable, il sert à  la fois pour le travail et la vie privée, on le paramètre et optimise ses logiciels à  sa guise… Le Package IT est un élément de choix capital. Je peux vous confirmer que c’est quelque chose que j’observe de plus en plus au quotidien aujourd’hui. J’ai bien l’impression qu’on passe vit la transition entre époque ou l’ordinateur était une vache sacrée dont la gestion était affaire d’experts à  une époque où l’outil fait partie du quotidien et où le collaborateur lambda entend bien le désacraliser au bureau également. D’autant plus qu’il a chez lui des machines et outils généralement plus efficaces et puissants que ce qu’il a au bureau.

De plus le Digital Creator est un enjeu fort car il est naturellement celui qui portera la parole de l’entreprise dans et hors de ces murs.

Voilà  pour une vue exhaustive du rapport. Je ne veux pas tout déflorer, sachant qu’il sera peu à  peu mis en ligne sur le Café des Usages.

Maintenant j’attend avec impatience la dernière phase de l’étude, que BearingPoint est en train d’effectuer, et qui traitera de la transcription de ce qui suit au travers de cas d’usages dans des Grands Comptes.Une grande partie de la valeur pour les entreprises sera bien entendu là  et j’attend de lire cela avec impatience.

Je terminerai en ressortant ce qui me semble être un élément capital de toute ces transformations. Il s’agit de professionaliser les usages personnels, de les traduire en termes d’usages professionels, afin de rendre leurs bénéfices compréhensibles par les entreprises.

En conclusion un rapport plutôt exhaustif qui a confirmé certaines de mes analyses. Toutefois le constat ne préjuge pas de l’avenir et s’il est important de constater, s’en servir comme levier pour progresser est une autre paire de manches qui n’a rien d’évident.

J’ai beaucoup apprécié le fait qu’un éditeur comme Microsoft s’aventure sur le terrain de la composante « Humaine » des TI en se risquant hors du plus confortable terrain de la productivité personnelle. J’ai apprécié également le fait qu’ils se soient limités à  démontrer l’existant et montrer la compréhension qu’ils en avaient sans en profiter pour essayer de vendre leur dernier soft. Assez rare pour être remarqué.

Seul bémol (il fallait bien en trouver un), que les slides ne soient pas encore disponibles dans leur intégralité en ligne pour les non-participants (bon d’accord, c’est bien vu en termes de teasing) et qu’il n’existe pas de lecteur exportable pour les republier facilement. Tant qu’à  parler des nouveaux usages, autant pousser la logique jusqu’au bout non.

En tout cas merci à  Marc Jalabert, ses équipes et partenaires pour ce travail à  ce jour unique. Et pour l’invitation également.

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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