Un réseau est toujours social mais jamais virtuel

Vous l’avez surement remarqué, tout devient social ou virtuel. Voire les deux en même temps. A tel point que des mots pourtant porteurs de sens se trouvent relégués au rang d’un simple buzzword dont l’impact peut même être négatif.

Social tout d’abord. On sait ce qu’est un réseau depuis des lustres, mais le réseau de ce début de siècle se doit d’être social. Un minimum de recul aurait pu nous amener à  réaliser qu’un réseau est obligatoirement social, et ce quelle que soit la langue qu’on emploie. J’ai en effet rarement vu de réseaux composés d’une seule personne. Par contre l’adjectif est davantage porteur de sens lorsqu’on l’applique à  des choses dont on veut faire comprendre qu’elles ne s’utilisent plus seul mais en synergie avec les autres utilisateurs : logiciel, intranet… Mais à  force de tout qualifier de social, l’expression perd de sa force là  où elle devrait amener les acteurs à  s’interroger sur la nature nouvelle d’une chose. Avec un bémol lié à  la langue : le « social » anglo-saxon n’a pas la même connotation que le « social » français et je ne doute pas que dans les premiers temps le terme de logiciel ou d’intranet social n’ait pas amené certains DRH à  se mettre sur la défensive avant même de savoir de quoi il s’agissait.

Mais le terme dont l’emploi inapproprié est source de nombreuses erreurs dans le fonctionnement même des projets d’entreprise est le terme « virtuel ».

On nous dit que l’avenir de l’entreprise sont les équipes virtuelles, les réseaux virtuels (ou pire, les réseaux sociaux virtuels !) ou les communautés virtuelles. Qu’on se le dise : l’entreprise ne tirera jamais rien d’un réseau, d’une équipe ou d’une communauté virtuelle.Tout simplement parce que cela n’existe pas.

En effet une équipe existe ou n’existe pas. Idem pour votre réseau. Vous avez un réseau ou non. Le terme « virtuel » sert à  désigner la manière dont on les mobilise. Nuance.

Mon propos n’est pas ici de donner une leçon de français mais de prévenir les effets néfastes d’un immense malentendu.

Scepticisme

Combien de fois ai-je entendu : « tout cela est bien beau mais c’est des résultats réels dont j’ai besoin ». On pourra toujours dire qu’il y a des décideurs qui vivent dans le passé, qu’ils ne comprennent pas qu’aujourd’hui la valeur n’est plus forcément perceptible de manière tangible etc… il n’empêche que l’équation structure virtuelle = résultats virtuelle est encore présente dans nombre d’esprits. Le virtuel c’est « faire comme si », alors que l’entreprise a besoin de « faire tout court ». Bien sur c’est une vision déformée de la réalité, il suffit d’expliquer, de clarifier. En attendant ça ne facilite pas la décision. Vous y repenserez la prochaine fois que vous essayerez de vendre quoi que ce soit de virtuel à  votre n+1 baby boomer.

Techno-centrisme

« Il suffirait donc d’avoir des plateformes adéquates pour que réseaux, équipes, communautés, se matérialisent en ligne. Htons nous donc d’installer ces outils magiques ». Et au final il ne se passe rien et on se dit qu’on ne fera rien avec du virtuel (voir point précédent). Aucun outil, aussi puissants et bien conçu soit il, ne peut transformer le plomb en or. Aucun ne peut transformer une équipe virtuelle au sens premier du terme (donc qui n’existe pas) en une équipe réelle (qui travaille effectivement ensemble). Ca n’est pas parce qu’on met en place un outil qui permet à  des individus de faire des choses ensemble qu’ils vont les faire. A se focaliser sur l’outil qui permet la virtualisation on en oublie donc totalement leur objet : un vrai réseau, une vraie équipe, une vraie communauté qui ont besoin d’outils pour s’affranchir de certaines barrières. Et aucun outil ne dispensera donc des règles de base du management d’équipes qui sont le prérequis nécessaire à  son utilisation. Il importe donc de construire des équipes, réseaux, communautés, ayant du sens et de la consistance « In real life » avant de les passer en « online ». L’outil motorise le groupe humain, il ne le crée pas. C’est à  l’entreprise, au management, de le créer.

Il y a quelque jour, chez un client, un utilisateur a eu les mots les plus sensés que j’ai entendu depuis longtemps : « en fait il faut reproduire en ligne la réalité de notre activité au bureau et se servir de ces outils pour aller plus loin et ne pas croire qu’on va d’un seul coup faire ce qu’on ne ferait pas dans la vraie vie ».

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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