Quel avenir pour les réseaux d’alumni ?

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Mon ancienne école a lancé il y a peu un réseau social destiné à  ses anciens élèves. Cela fait maintenant quelques années que j’attendais cela car il me semble que cela va vraiment dans la logique des choses.

Il n’y a pas si longtemps que ça, la plus value qu’apportait une association d’anciens était de faire partie de l’annuaire et éventuellement, pour ceux qui habitaient au bon endroit, de participer aux réunions. L’occasion pour les jeunes de se rendre compte que leurs ainés avaient réussi et de se sentir fiers d’intégrer l’annuaire en question, la possibilité pour eux de solliciter les dits anciens, et l’opportunité pour les anciens d’aider leurs successeurs à  avancer ou de se faire harceler de demande de coups de pouce de ces mêmes successeurs en temps de crise selon la manière dont on voit les choses.

Avec le temps le fait de faire partie d’un annuaire ne suffisait plus. Il devenait essentiel d’apporter un plus. A l’heure d’internet, faire partie d’un annuaire papier, voire d’un annuaire en ligne pour les plus évolués ne répondait plus aux besoins ni des dits anciens ni du marché du travail. Il fallait donner plus, avoir une vision plus dynamique de l’annuaire d’anciens, stimuler son activité et les échanges en son sein. L’annuaire devait donc devenir réseau. Ce qui n’était ni plus ni moins que la transposition de la réalité à  une échelle supérieure permise par internet : un ami me disait à  l’occasion “tu vois il y a l’annuaire, c’est ce qui nous est commun à  tous, et le réseau c’est pour ceux qui se connaissent déjà , font des trucs ensemble”. Désormais le réseau allait être ouvert à  tous, sans contrainte de temps ni de lieu.

C’est donc avec joie que j’ai appris l’ouverture de ce réseau. Mais cela fait quelques semaines que je dois aller le visiter. Ou quelques mois. Peu importe. En fait ce que j’appelais de mes vœux depuis des années et qui vient d’arriver n’est visiblement pas dans mes priorités et fait partie des choses que chaque jour je remet à  plus tard. J’en suis arrivé à  me demander pourquoi ?

En fait une balade sur linkedIn a suffit. Un groupe pour les anciens y existe déjà . Ainsi que sur Facebook…mais comme je le dis souvent, l’objectif n’y est pas le même.

Bon d’accord, l’intérêt d’une plateforme “privée” est qu’on y est entre nous. Mais dans un groupe linkedIn aussi non ?

L’intérêt d’un réseau, de plus, n’est pas à  mes yeux de se connecter entre nous qui avons pour point commun d’être des “anciens de”, mais d’accéder aux réseaux les uns des autres. Or comment savoir qu’untel peut me permettre de toucher untel qui n’est pas un ancien si leur relation n’est indiquée nulle part, si le second n’est pas membre du réseau ?

J’ajouterai un dernier point : il est impossible d’être partout à  la fois, de maintenir des profils et être actifs sur un grand nombre de plateformes. En terme de plateforme professionnelle le choix a été vite fait eu égard à  ce que j’ai déjà  pu constituer sur linkedIn. Ce qui n’empêche de plus pas les autres de m’y retrouver.

Et alors ?

Une telle idée pour une grande école est judicieuse, mais arrive aujourd’hui trop tard. Les plus networkers d’entre nous se sont déjà  retrouvés ailleurs, les moins networkers ne voient pas trop l’intérêt de ces choses. Bref un tel projet arrive, à  mon avis, après la bataille.

Quiconque, par contre, a avancé sur le sujet lorsqu’il était émergent sait bien qu’aujourd’hui la question n’est plus de fournir LA plateforme qui réunira les individus mais de se servir pour l’existant pour dynamiser un réseau, voire connecter des réseaux existants pour créer les ponts entre des structures fermées. Bref le réseau social d’école en tant que tel est, à  mon avis, sans grande valeur aujourd’hui. Sa vocation doit être de servir de levier pour sortir des “anciens de” afin toucher les “non anciens de”, contacts des uns et des autres.  Et ce d’autant plus que l’expérience prouve que le lien entre “anciens de” qui repose simplement sur le fait qu’on ait fréquenté un même établissement est beaucoup plus faible que le lien développé avec des contacts avec lesquelsil y a eu une expérience réelle.

Bref le réseau fermé est mort et pour donner quelque chose de valorisable à  leurs  membres, les associations d’anciens vont devoir les rendre intéropérables entre eux. Car finalement lorsque je mets un ESC truc et un ESC Machin en contact peu importe l’école de chacun, c’est les liens tissés qui donnent la valeur à  la connexion, pas le diplôme.

A mediter tant sur le fond (la valeur des liens selon leur raison) que sur la forme (l’intéropérabilité des plateformes).

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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