Quand mesurer la valeur d’un « objet social » ?

Entendons nous bien, je parle bien ici de valeur et non de ROI (quoique l’un soit une partie de l’autre et un préalable) et je parle d’objet social au sens large de tout ce qui peut prendre corps sur un espace du même nom, dans le cadre de l’utilisation de logiciels du même nom également. Il peut s’agit d’un contenu, d’une information générée à  l’occasion, du partage d’une information trouvée « à  l’extérieur », de la note ou appréciation apportée à  un contenu, de la contribution à  un contenu collectif, de la réponse à  une question, mais également du temps pris pour le faire, de l’attention mobilisée à  l’occasion alors que la personne avait peut être autre chose à  faire etc…

Parce que derrière la question apparemment sans fin du ROI se pose, avant toute chose celle de la valeur. Ce qui est fait a-t-il de la valeur et (éventuellement) dans ce cas laquelle. Dans quelle mesure une information de quelque forme qu’elle soit et donc le temps pris pour la générer ont ils de la valeur ? Vous remarquerez d’ailleurs que ça étend la réflexion sur la valeur et le ROI non a une question de contenu ou d’outil mais à  un ensemble plus vaste composé d’un outil, d’un contenu, des ressources nécessaires à  la réalisation du contenu et…du contexte de son utilisation.

Car c’est bien là  ce qu’on oublie souvent : c’est le contexte qui donne la valeur, c’en est quasiment le facteur limitant, plus d’ailleurs que la valeur intrinsèque de l’information elle-même. Une information anodine peut revêtir à  un moment donné une valeur capitale pour quelqu’un alors que des centaines de personnes n’en auront eu que faire. Et une information capitale n’a strictement aucune valeur si personne ne l’utilise. Ce qui nous ramène à  une réflexion que j’ai déjà  pu avoir par le passé au sujet des cartes de stratégies : l’intangible n’a pas de valeur intrinsèque mais au contraire, au regard de son cadre d’utilisation.

S’agissant, je le précise, d’un contexte d’entreprise, quand je parle de valeur j’entends le fait que l’utilisation de l’information se traduise plus ou moins directement en espèces sonnantes et trébuchantes.

Ce qui pose la question, pas si anodine que cela de la question du moment où se mesure la valeur.

Une des limites à  toutes les réflexions préliminaires que je peux voir en terme de ROI c’est qu’elles s’attachent à  la production des contenus. Bien sur on y chiffre les couts d’infrastructure, les couts humains (temps..) et puis…rien. Impasse. Une explication, partielle soit, mais loin d’être négligeable est que dans un modèle davantage centré sur la mesure des couts que sur le revenu d’une part, et sur la mesure des facteurs locaux plus que sur celle de la performance d’un système d’autre part, on est bien en peine d’identifier une valeur qui n’est pas directement et mécaniquement liée aux facteurs qui ont été nécessaires pour la produire. Et ce même si la valeur est évidente.  Ajoutons à  cela que, si le cout de production est unique (l’information n’est produite qu’une fois), la valeur est potentiellement infinie (un nombre illimité de personnes peuvent s’en servir un nombre illimité de fois).

Imaginez que pour attribuer la médaille olympique du 100m on utilise une photo prise…sur la ligne de départ.

Si nous acceptons que c’est à  l’utilisation qu’on détermine la valeur d’un « objet » ou d’un « comportement » social, il nous importe de raisonner en conséquence. Et cela nous met de fait dans une situation intellectuellement peu confortable car on ne peut pas dire que ce soit un modèle auquel nous avons été formé. Il impose en effet de tracer l’utilisation faite de l’information afin de pouvoir raisonner en fonction de l’utilisation qui sera faite. Et autant nous maitrisons la traçabilité de la valeur dans un contexte industriel, autant c’est quelque chose qui nous échappe largement dans un contexte de « connaissance ».

A défaut de certitudes il faudra démarrer par des approximations ce qui est toujours mieux que de tourner le dos à  la réalité. Je me vois donc obligé de vous renvoyer à  l’insipide tableau que j’ai réalisé il y a peu. On peut en conclure que :

L’information produite pour qu’il en sorte quelque chose via la « sagesse des foules » créera certainement de la valeur un jour sans que rien ne soit planifiable.

On peut évaluer la valeur de celle qui permet de palier aux carences d’un process en mesurant le temps perdu aujourd’hui à  chercher les bonnes personnes, réduire des écarts, résoudre des problèmes.

On peut évaluer la valeur de celle qui est utilisée dans des process plus formels en se penchant sur l’impact d’une plus grande disponibilité et fluidité de l’information, notamment sur les cycles opérationnels (cycle de vente, cycle d’innovation….bref la vitesse à  laquelle on délivre un produit ou service au client ou à  l’entreprise). Cela a également un impact sur les goulots qui entrainent une thrombose de l’organisation. Là  aussi on peut chiffrer le temps gagné.

L' »Organizational Network Analysis » peut également fournir des outils pertinents de traçabilité et d’identification de la valeur dans le cadre d’un fonctionnement en réseau.

Quoi qu’il en soit cela impose de se poser, avant tout, la question de l’utilisation de l’information au sein du processus de production.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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