L’entreprise 2.0 entre « next big thing » et vieilles ficelles

Vous n’avez pas remarqué le calme qui a régné cet été sur le front de l’entreprise 2.0. D’accord, c’était les vacances, mais quand même. Comme un petit sentiment de vide, de « fin de quelque chose ». Comme la fin d’une fuite en avant.

Cela fait maintenant quatre ans que le phénomène frappe aux portes de l’entreprise et, les études les plus sérieuses le montrent,  pour quelques succès magistraux, il y en a beaucoup qui rament derrière. La réponse traditionnelle a toujours été la recherche du « next big thing », le « truc » qui allait permettre de tout faire basculer. Le « truc » en question étant un nouvel outil, une nouvelle fonctionnalité. S’en est suivi une fuite en avant qui montre quelques signes d’essoufflement, comme si ça n’était pas une affaire de « next big thing ». Si l’on comparait l’entreprise 2.0 au tour de France il s’agirait peut être d’une étape de montagne mais la comparaison s’arrête là  : dans le Tour il faut lacher ses compagnons de course, dans le cas qui nous intéresse il faut au contraire faire en sorte que l’entreprise suive le rythme des inventeurs et des visionnaires. Et force est de reconnaitre qu’en poursuivant l’échappée alors que les autres, ceux qu’on est supposés aider à  monter, restaient en bas de la montagne et posaient le vélo dans les premiers metres de l’ascension, on a creusé un écart qui n’était pas forcément l’objectif désiré.

Si le Next Big thing ne fonctionne pas, la réponse serait elle une  » vieille ficelle » ? Par là , j’entend les méthodes traditionnelles employées pour faire changer les choses. Elles demandent du temps, du courage même, mais restent essentielles dans la mesure où l’on parle d’organisations humaines. Et le seul moyen de faire bouger les choses au niveau humain….est de travailler au niveau humain.

Sens, alignement, compréhension, appropriation….autant de mots et d’expressions qui sonnent old-school mais résument bien ce que les choses devraient être.

On entend beaucoup de personnes se plaindre qu’au delà  des concepts, c’est aujourd’hui la mise en œuvre qu’il s’agit d’expliquer. Jakob Nielsen a récemment publié un rapport rapport (intéressant même s’il n’apporte rien que nous ne sachions déjà ), qui dit quelque chose de très intéressant à  qui sait lire entre les lignes. On y lit en effet que si la sensibilisation est aisée, la mise en œuvre est beaucoup plus ardue. Et lorsqu’on demande au entreprises « quelle est votre stratégie entreprise 2.0″…la pluspart répondent « revenez l’an prochain ».

Peut être y a t’il une étape oubliée entre la sensibilisation et l’exécution : fare en sorte que les entreprises et surtout les individus s’approprient le concept, construisent leur propre vision. Il semble que des pilotes fructueux ne soient pas suffisants pour avancer : il faut tirer des conséquences, chacun doit être capable de visualiser ce que tout cela signifie une fois appliqué à  leur travail quotidien, de construire « son » entreprise 2.0 qui ne sera pas la même que celle du voisin. C’est une affaire de contexte, de culture, de secteur d’activité, de personnes. Comprendre, s’approprier, visualiser, concevoir, expliquer…c’est que qui sépare le pilote de l’exécution. Un bon projet n’est rien sans execution, mais l’exécution est risquée si les choses ne sont pas bien conçues en amont. Un pilote réussi n’est pas un projet : c’est une expérimentation qui aide à  construire le projet. On ne ne peut concevoir que ce qu’on comprend, avec un résultat qu’on arrive à  visualiser (et qu’on est prêt à  accepter).

Quelle que soit la dimension technique du projet, il est impossible de passer outre le temps nécessaire au changement humain.

Donc je ne pense pas qu’aucun « next big thing » n’aide à  une meilleure exécution, au contraire de vieilles ficelles trop souvent négligées.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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