Le web ne transforme pas le collaborateur en producteurs de contenu, sa fiche de poste oui

Au fil du temps il me semble de plus en plus clair que ce qui a créé un fossé net empêchant la transition du web 2.0 vers l’entreprise 2.0 est que nombre de vérités du web ne sont tout bonnement pas transposables de l’entreprise. On s’est ainsi retrouvé avec une tonne de mythes auxquels il faut tordre le cou avant d’attaquer les choses sérieuses. C’est un enjeu réél car entre les craintes injustifiées d’un coté, et les faux espoirs de l’autre, cela donne des projets bancaux où l’effort est mis sur des « non sujets » en laissant de coté des sujets stratégiques parce qu’on pense que ça arrivera tout seul.

On estime souvent que le collaborateur est une machine à  générer du contenu, des données, et que c’est un pilier sur lesquels s’appuyer pour construire une organisation nouvelle, plus collaborative et efficace. Et pourquoi ? Parce que le web a transformé  le consommateur en producteur et que, nécessairement, cela va impacter la manière dont il se comporte au travail.

As social tools begin to shape workers’ expectations for how they get things done, it raises expectations for how they collaborate and communicate and participate in content development, » said Nielsen Norman Group user-experience specialist Patty Caya. « The social Web has turned consumers into producers and this will impact how they work.” (source ici)

Je ne doute pas qu’il s’agisse là  d’une transformation profonde qui impactera profondément ce que sera le futur. Mais soyons clairs, pour les entreprises qui sont face aux réalités d’aujourd’hui et doivent composer avec ce contexte pour avancer, c’est une certitude avec prendre avec beaucoup de précautions. Voire à  ne pas prendre en compte du tout.Tout d’abord le « web social » n’a pas transformé le consommateur en producteur. Ou pas tous. C’est une vérité pour 5% des internautes (tout dépend des chiffres qu’on utilise…et en tout cas c’est déjà  suffisant pour construire un nouveau type de relation avec eux). Et demain ? Peut être beaucoup plus. Ou peut être que la loi des 1-9-90 continuera logiquement à  s’appliquer. On peut d’ailleurs se demander si un monde avec 100% de producteurs (soyons fous…) serait vivable. Je ne le crois pas, tant humainement qu’économiquement.

Reste que, partant de là , et en supposant que la proposition de départ soit exacte, cela ne fait guère que quelques pourcents des internautes susceptibles de porter de nouvelles pratiques dans l’entreprise. Mais là  encore les choses ne passent pas comme prévu.

Combien de blogueurs ou Facebookeurs prolixes se retrouvent muets une fois la porte de l’entreprise passée ? Beaucoup. Combien de personnes « socialement actives » dans l’entreprise se mettent en retrait une fois qu’elles en sont sorties. Un grand nombre également.

Alors bien sur il y a une question de personnalités. Certains perdent de leur assurance devant la « Grande Organisation », les collègues, les supérieurs. On y joue sa carrière, c’est autre chose que faire le zouave sur Facebook. (Remarquez qu’on peut également jouer sa carrière sur Facebook). Et, à  l’inverse, certains qui sont à  l’aise et légitime dans l’entreprise perdent leur superbe à  l’extérieur. Autorité ? Expertise ? Hiérarchie ?

Dans l’entreprise c’est le rôle de chacun qui en fait, ou non, un producteur. D’ailleurs on a pas attendu le web social : powerpoint, reporting en tout genre, email : nous produisons tous des contenus en fonction des tches / objectifs qu’on nous assigne. Peut être qu’on parle d’autres contenus ? D’idées, suggestions d’amélioration ? Justement, on se rend compte qu’il n’est pas évident de les faire exprimer en entreprise, qu’il s’agit d’un processus qui est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait et que la base de la motivation sur le sujet commence par la fiche de poste et se termine par la récompense. Peut être parle-t-on de partager des documents existants alors ? Comme le disait McKinsey ici, le meilleur moyen est encore de commencer par mettre le partage dans le workflow puisque c’est ce qui fonctionne le mieux.

Ca n’est pas le web social qui a ou va transformer le collaborateur en producteur. C’est sa fiche de poste et la manière dont on organisera (ou lui laissera organiser) son travail quotidien. Si la nature de l’individu prime sur le web, c’est la nature du travail et des objectifs qui prime en entreprise.

Pour être plus précis : la fiche de poste détermine la création de contenus, l’organisation du travail son partage, et le management permet d’en partager peut être plus.


Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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