Une organisation centrée sur les individus ? Pas si sur…

Une des phrases les plus courantes au sujet de l’entreprise 2.0 est celle qui consiste à  dire qu’il s’agit de prendre les individus en considération avant tout. Une manière plus ou moins adroite de traduire le plus cour et efficace « It’s about people » anglais. Bien sur cela fait passer un message fort. Mais au delà  cela pose plus de questions que ça n’en résoud, laisse les entreprises au mieux dans le doute et au pire dans la peur. Et je ne suis même pas sur que tout le monde s’entende vraiment sur ce que cela veut dire au final. Le « It’s about people » est un peu comme le terme « entreprise 2.0 » : suffisamment vague pour rassembler beaucoup, pas assez défini pour donner un cadre et une direction à  l’action.

Ce que l’entreprise peut comprendre est « pouvoir aux individus », « l’individu compte plus que l’organisation » (organisation pris à  la fois au sens large et au sens strict). Au final elles y voient une remis en cause de concepts aussi essentiels pour elles que organisation/objectifs/discipline/travail. Je pense que c’est un énorme malentendu : le sujet n’est pas le culte de l »‘individu roi » mais une utilisation optimale de tout ce qu’il est en tant que ressource. Ce qui n’empêche pas d’avoir une vision humaine de l’entreprise, de valoriser et considérer ses employés, de les aider à  se développer dans le respect de ce qu’ils sont. Mais l’objectif, ne nous voilons pas la face, est de faire en sorte que chacun donne le meilleur de lui-même au service de l’entreprise, qu’aucun gisement de valeur ne reste sous-exploité. Ca c’est au niveau macro. (Et pour ceux qui se posent la question légitime du risque syndical, je vous renvois à  ce billet d’Oliver Young).

Au niveau micro, c’est la prise en considération de l’individu comme moteur de la mécanique de l’entreprise. Et de son « capital connaissance / capital social » comme carburant. Un carburant nouveau qui n’est pas stockable, pas remplaçable, pas substituable, et à  la combustion aléatoire. Par aléatoire j’entendu qu’il ne donne de l’énergie que s’il le veut, et qu’il décide lui même de sa puissance énergétique en fonction de son humeur du moment. C’est le grand changement par rapport à  l’époque ou l’entreprise était propriétaire soit du moteur soit du carburant, reconnaissons le. C’est pour cela que les notions de motivation, de sens, d’engagement prennent encore plus leur sens qu’auparavant. Mais ici le « it’s about people » signifie surtout que l’individu est le facteur limitant de tout projet de transformation. Un facteur dont on ne peut se passer qui plus est. Là  ou beaucoup comprennent que lorsque les choses seront en place, on sera en mesure de tirer le maximum et valoriser humainement l’apport de chacun, il faut également avoir en tête que pour que les choses se mettent en place il faut longuement travailler sur l’humain qui, lui seul, peut décider de la réussite du projet indépendamment des fantastiques outils mis à  sa disposition. La notion de culture que beaucoup essaient d’évacuer par manque de courage est pourtant un élément essentiel.

Puis on en vient au pilier de l’utilisation des médias sociaux en entreprise : le fameux « User Generated Content ». Nombre d’entreprises craignent d’engendrer des monstres, comprenons par là  la starification incontrolable de certains employés et une quête de la popularité qui irait à  l’encontre des principes d’efficacité recherchés. Là  encore on se rend compte, avec du recul, que l’individu n’est pas la clé d’entrée des nouveaux usages même s’il en est le moteur. A part lorsqu’il s’agit d’un expert avéré ou du PDG, les collaborateurs ne suivent pas les contenus d’une personnes mais des personnes au regard d’un sujet donné, ce qui change tout. Un exemple récent en est google wave : c’est le sujet qui aggrège les individus, qui les détermine. Il en va de même pour toutes les logiques d’outils dits sociaux en entreprise. Tout est histoire d’output, l’individu n’existant quasiment pas en dehors de sa capacité à  contribuer à  l’output en question. Ce qui permet également de cerner la portée et les limites du personal branding en entreprise . En tout cas il ne faut pas croire que le débat est devenu « people vs process », on parle au contraire d’utiliser au mieux les uns dans le cadre des autres.

L’individu est donc un moteur, indispensable, qui mérite toute l’attention. Mais au final, dans le « 2.0 d’entreprise », il n’est pas celui autour de qui tout tourne et ne vaut que par sa capacité à  apporter une valeur ajoutée. Le « it’s about people » n’est donc pas absolu mais à  contextualiser selon l’objectif, l’output attendu.

Motorisée plus que jamais par l’individu, l’entreprise reste une organisation productive centrée sur des objectifs. Il ne faudrait pas l’oublier.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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