Networking et collaboration : L’entreprise terre de confiance ou de méfiance ?

Je disais pas plus tard qu’il y a quelques jours qu’il me semblait évident que pour beaucoup certaines activités et comportements devaient rester du domaine de la vie privée et que par conséquent le « social networking » et tout ce qui va avec ne faisait pas partie des choses qu’ils désiraient naturellement « importer » dans l’entreprise. Et je tempérais mon propos en disant que, bien sur, des facteurs générationnels et de culture locale étaient également à  prendre en compte. Mais pour avoir partagé il y a peu avec des gens d’un peu partout, le fossé qui sépare certains pays d’Europe des Anglo-saxons est bien réel.

Le hasard a voulu que je tombe sur cet article depuis. Et qu’apprend-t-on chez Microsoft qui est l’origine de cette étude ?

L’enquête révèle aussi que les Français sont attachés à  préserver une frontière entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle : avec 86% des personnes interrogées, les Français sont aussi de loin les plus nombreux à  se soucier de différentier leur profil en ligne personnel de leur profil professionnel, 61% le font même systématiquement.

Vous pouvez d’ailleurs télécharger le pdf de l’étude ici (en anglais).

Dans l’étude on apprend, ce qui peut sembler paradoxal, que les français sont ceux qui pensent le moins que leurs activités en ligne affecteront leur vie professionnelle. Et pourquoi ?

France is the outlier. French respondents reported being less concerned than other groups, and study findings suggest two key reasons for this. First, the data suggests that the French do not rely as heavily on online information to make either social or professional judgments about others. Second, data shows that the French are considerably more proactive in monitoring and managing their reputations and have, therefore, less to be concerned about.

En gros nous faisons tellement attention à  ce qui peut exister comme information sur nous que nous sommes surs (à  tort ou à  raison) de ne rien laisser qui puisse nous être préjudiciable. (En passant l’étude concerne les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’Allemagne et la France…j’aurai aimé y voir des pays tels que l’Italie ou l’Espagne…)

Deux conclusions s’imposent :

Séparation stricte entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Question : cela concerne-t-il seulement les informations ou les comportements associés à  chacune ?

On fait très attention à  ce que rien ne filtre sur nous qui puisse permettre de nous juger. Question : ce comportement qui s’applique à  la vie privée passe-t-il les portes de l’entreprise ?

A la première question je répond : « il y a des chances ». A la seconde je répond « il y a plus que de fortes probabilités ».

Si une personne se méfie de l’impact des informations la concernant, nul doute que ce apparait dans le cadre de l’activité professionnelle est un fort sujet de préoccupation.

Revenons à  ce que je disais dans un biller précédent : il est plus facile de commencer en « sécurisant » le collaborateur avec des pratiques peu « exposantes » dans un périmètre maitrisé et connu « équipe, groupe de travail » et de le laisser s’enhardir que le jeter dans le grand bain social. Cela ne veut pas dire que ce type de groupe est celui dans lequel on se sent systématiquement bien. Cela veut simplement dire que qui n’ose pas s’exposer un minima devant des collègues proches avec qui il existe un passé et une connaissance mutuelle l’un de l’autre, ne le fera pas aux quatre vents devant toute l’entreprise. De la même manière qu’hors du bureau il y a ce qu’on dit à  sa famille, à  ses amis, à  ses voisins ou à  n’importe qui…à  chaque cercle son niveau d’information permettant de vous « scorer », comprendre qui vous êtes.

Or si une équipe n’a pas besoin de s’exposer pour se trouver (elle existe et est constituée) on ne peut être acteur dans un univers de communautés et de réseaux sans donner aux autres de quoi nous connaitre et nous identifier (oui…l’intelligence collective peut reposer sur le personal branding). Dans un contexte de travail cela veut dire avoir des idées, des avis, voire être force de proposition sur des sujets professionnels. Domaine où on se gardera d’intervenir si on pense courir des risques en étant jugé sur ses opinions lorsqu’elles ne sont pas celles de « ceux qui commandent ».

Question de culture ? Forcément. Comparez un pays qui donne le droit à  l’erreur car si on essaie pas on ne risque pas d’avancer et un où on vous raye de la carte dès le premier échec et vous aurez certainement une partie de la réponse.

Que les choses évoluent ou pas en la matière, il faut bien faire avec la situation qui est la notre (et, on me le confirme, d’autres pays). Comment faire ? Démarrer par le niveau de granularité où ces peurs seront le plus équilibrées par une connivence existante. L’équipe, le groupe…travailler sur la confiance (en soi, en les autres) et avancer vers le grand bain social pas à  pas tout en sachant que tout le monde n’ira pas. Mais cela permettra de développer un niveau minium d’appropriation pour tous plutôt que d’avoir un niveau maximal pour 10% et rien chez les autres.

usages-fr

Où l’on commence à  comprendre pourquoi à  certains endroits on démarre avec le « big bang social » et ensuite on affine pour rentrer dans les besoins locaux, finalement moins ambitieux en termes d’usages et que dans d’autres l’intuition vous dit qu’il faut peut être aller dans le sens inverse.

Chaque cas est unique. Et au sein même d’une entreprise on se rend compte que chaque implantation géographique obéit à  des règles qui ne sont pas celles du groupe. Autrement dit : construisez votre stratégie, bien sur en fonction de vos besoins, mais également en prenant en compte les contraintes de chacun.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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