De l’entreprise 2.0 et des ERP

Je vais participer d’ici peu au tournage d’un plateau sur le thème « L’entreprise 2.0 est elle l’antithèse de l’ERP » organisé par l’excellent équipe de Techtoc.tv. Le débat préparatoire (que vous pouvez rejoindre) est déjà  animé, cela promet pour le plateau. En attendant je voulais partager quelques réflexions sur le sujet.

ERP ? C’est à  dire ?

Il convient d’abord de définir ce que l’on entend par ERP. A priori c’est simple, il suffit de se référer à  la définition de wikipédia et le tour est joué. Ensuite certains se demandent si on doit y inclure tout ce qui touche au SIRH : selon les avis c’est soit radicalement différent, soit c’est pareil, soit quel que soit le nom la logique est la même.

Mais là  nous parlons outil. Quand on parle ERP dans le contexte d’une discussion liée à  l’entreprise 2.0 c’est, au delà  de l’outil, ce qu’il incarne : la structuration et les processus. Même non outillé un processus reste un processus et se caractérise par son caractère rigide.

Au delà  de la stricte définition, selon les personnes et le contexte, l’ERP symbolise une multitude de choses dans l’imaginaire collectif. Rien ne sert de dire « c’est ça » ou « ça n’est pas ça » : à  mon avis ce n’est pas le mot qui compte mais le ressenti et l’idée qu’on s’en fait qui, juste ou pas, est bien réelle et doit être pris en compte dans tout argumentaire ou processus de conduite du changement.

D’où vient ce débat ?

Il a plusieurs sources.

Tout d’abord l’un est en place, l’autre est émergent. Et tout ce qui arrive dans un endroit déjà  occupé doit trouver sa place, que ce soit à  la place ou à  coté de ce qui était déjà  là .

Ensuite parce qu’ils symbolisent deux logiques opposées : automatisation et, diront certains, asservissement voire négation de l’individu pour l’un, libération du potentiel individuel et autonomie accrue des acteurs pour l’autre.

Enfin parce que s’il est difficile s’accorder sur une définition « positive » de l’entreprise 2.0, il est facile de la définir négativement par ce qu’elle n’est pas. Et là  l’ERP et les notions qu’il véhicule sont la référence absolue. Et à  force de se construire « contre », on induit des antagonismes voire des réactions de défiance qui sont, ou pas, justifiées.

Sur quoi porte-t-il ?

Suivant les éléments que j’ai pu rassembler et les nombreuses discussions que j’ai pu avoir sur le sujet il se situe à  différents niveaux :

Philosophique : une entreprise qui croit en la pleine automatisation, qui ne jure que par limitation des écarts, par la répétabilité des choses peut elle avoir, en même temps, le bon état d’esprit pour implémenter une logique qui en est peu ou prou l’opposé ?

Organisationnel : est il possible en termes de management, d’organisation, de faire en sorte que les deux logiques cohabitent ?

Technique : doit il y avoir, et comment, intégration, échange, communication entre les outils supportant les deux logiques ?

La portée du débat ?

De prime abord c’est un débat d’experts qui n’intéresse qu’eux, éloigné des questions que se posent les entreprises. La question « oui mais comment je fais avec mon ERP » n’est pas de celles qui émergent quand une entreprise réfléchit à  ce qu’elle va mettre en place dans le domaine du « collaboratif doux ».

Par contre il n’est pas neutre une fois qu’on avance dans la réflexion. Non pas sous l’angle de l’ERP lui même mais sous l’angle de l’articulation, beaucoup plus large, entre la dimension structurée et répétitive du travail d’une part, et sa dimension imprévisible et adhoc de l’autre. Quelle que soit l’issue du débat philosophique, le principe de réalité nous amène à  admettre que les deux doivent cohabiter car dans une entreprise donnée les deux ont leur utilité, parfois conjointement, parfois séparément, certaines personnes étant plutôt dans l’un ou dans l’autre, certaines devant jongler.

De la même manière les données issues de l’un peuvent donner lieu à  des échanges et des réflexions dans l’autre.

Au delà  de tout a priori idéologique qui fait qu’on idéalise l’un et diabolise l’autre, il ne faut donc pas se tromper de combat. Conclure que l’un exclut l’autre par nature n’est pas une réponse acceptable dans la mesure où il s’agit davantage d’un jugement de valeur qui s’il correspond à  la volonté que certains peuvent avoir de délivrer leur message il ne répond en rien à  la question fondamentale qui est celle posée par l’entreprise : comment articuler les deux logiques pour tirer le meilleur de mes ressources et de mes compétences dans des contextes sans cesse plus variés et complexes.

Il a des choses qui sont répétables à  l’infini et qu’il convient de mettre sous la forme de règles strictes qui seront exécutées par des systèmes dédiés. Ne serait-ce que pour économiser des ressources là  où l’individu n’apporte rien à  la machine et où, au contraire, il est souvent source d’écarts et d’erreurs. Et il y a tout le reste pour lequel une nouvelle logique s’impose et quoi qu’on en dise, une entreprise c’est la réunion des deux.

Par contre il y a des limites à  prendre en compte : de même que tout ne se met pas sous la forme de règles à  donner à  un outil, tout ne peut se faire de manière libre et informelle non plus. Ce qui a a conduit (et conduit toujours) à  l’échec de nombreux projets n’est pas de mauvaises logiques ou outils, c’est le fait de leur faire supporter des activités et assumer des enjeux qui ne sont pas les leurs.

De quoi réfléchir

Sur la compatibilité même des notions je dirais que :

– au nombre des sujets qui nourrissent échanges et discussions, qui sont leur sujet, il n’y a aucune raison qu’aucune ne provienne d’un ERP ou similaire appliqué à  un besoin métier donné.

– que s’il n’y avait pas des outils capables de mettre des process en boite et les exécuter, nous passerions tellement de temps à  traiter des données avec une marge d’erreur non négligeable que nous n’aurions pas de temps à  consacrer à  ce qu’une machine ne peut faire à  notre place : innover et résoudre des problèmes.

D’ailleurs une des plus belles réussites en terme de social software d’entreprise n’est elle pas SupportCentral de GE qui n’est ni people-centric, ni document-centric ni process-centric maise se fait fort de concilier les 3 ?

Comprenons bien que si l’entreprise-ERP a montré toutes ses limites, l’entreprise 2.0 est elle même incomplète pour prendre en compte l’intégralité des besoins d’une entreprise. Par contre l’entreprise (tout court, sans adjectif ni numéro) doit concilier les deux. Ca n’est pas un sujet de débat mais un impératif.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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