Mettre en place un pilote n’est pas qu’une question de dimensionnement

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Andrew McAfee à  récemment fait resurgir au premier plan la question déjà  soulevée par Michael Idinopulos il y a de cela plusieurs mois : le concept de projet « pilote »  est il adapté à  l’entreprise 2.0 ou faut il s’en débarrasser. Premiers (excellents) éléments de réponse à  trouver chez Emanuele Quintarelli.

En fait il existe un présupposé derrière cette question qui part de certaines hypothèses qui ne se vérifient pas systématiquement :

1°) Le pilote s’applique à  des activités « over the flow »

2°) La seule chose qui caractérise un pilote est son dimensionnement limité en termes de participants.

Dans cette hypothèse où la nécessité d’une masse critique est…critique, la limitation du nombre de participants est effectivement une hérésie qui équivaut à  se tirer une balle dans le pied dès le démarrage du projet. Quitte à  limiter quelque chose, autant limiter la durée que la taille, ce qu’à  fait intelligemment CSC par exemple.

Oui mais voilà , réduire la question du pilote à  une question de dimensionnement est peut être aller un peu vite en besogne.

1°) La question d’une phase préliminaire ?

Avant même d’aller plus loin dans la réflexion, il faut se poser la question de la nécessité d’une phase préliminaire avant que l’entreprise ne donne une dimension globale à  son projet. Bien évidemment la réponse est oui : on ne plonge pas dans le grand bain sans avoir testé la température ni s’être rassuré en nageant dans une zone où on a pied.

L’essentiel n’est donc pas là . Il est davantage dans le contenu de cette phase. A commencer par ses objectifs.

2°) Quels objectifs ?

Je ne vais pas m’étendre sur le sujet puisque je l’ai déjà  abordé il y a quelques temps. Il importe de savoir si cette phase vise à  apprendre à  apprivoiser une logique nouvelle qu’on implémentera de toute manière où elle sert à  décider si l’on fera ou pas. L’enjeu n’est pas neutre : difficile d’impliquer les collaborateurs dans un projet qui peut s’arrêter du jour au lendemain et à  la pérennité aléatoire.

3°) Quel nom ?

Aussi bizarre que cela puisse paraitre la manière dont on va appeler cette phase n’est pas neutre. Du coté des utilisateurs d’abord (pilote = rassurez vous on n’abandonnera pas…mais peut sembler un peut top/down et directif, expérimentation = vous êtes des cobaye et on ne promet ni ne garantit rien), mais également du coté de l’entreprise, certains « namings » permettant de décrocher plus facilement le label « projet d’entreprise » et le soutien effectif du top management.

Mais peut être certains ont il trouvé l’appellation magique qui concilie la chèvre et le choux, motive sans froisser ni décourager.

4°) Quelle expérience sociale ?

Et c’est peut être par cela qu’il faut commencer. Déployer logiques et outils dits « 2.0 » dans l’entreprise n’est pas mettre en place quelque chose d’uniforme. Comme j’ai déjà  pu le mentionner il y a le « social for communities » et le « social for teams ». En d’autres mots, que l’on essaie de réunir une population au départ indéfinie autour de grands thèmes où qu’on essaie d’optimiser le fonctionnement « organique » de l’entreprise (équipes – départements – services), on est dans les logiques qui, quoique complémentaires, sont belles et bien différentes. Je ne m’étendrai pas sur les différences de management et de leadership entre les deux, sur la différence entre conversations et intéractions, ce qui importe ici est que dans un cas il faut une masse critique, dans l’autre un travail plus profond sur l’alignement et l’intégration dans les pratiques quotidiennes. Bref, l’éternelle différence entre les approches in the flow et over the flow qui est, je le répête, beaucoup trop souvent passées sous silence et négligées par rapport à  leur impact sur la nature d’un projet.

La « vérité » de l’entreprise fait que les deux logiques se doivent de cohabiter dans l’entreprise, donc dans une phase préliminaire. Par contre en fonction des objectifs que l’on se donnera (on peut « expérimenter » sur plusieurs expériences sociales à  la fois), on saura que certaines sont par définition limitées en termes de participants et que d’autres ont dès le départ, besoin d’une masse critique.

Vous l’avez compris, plus qu’une question de dimensionnement ou de « pilot or not pilot », il s’agit de savoir ce que l’on cherche à  valider, à  apprendre…et le reste en découle quasi naturellement.

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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