Pensées sur les jeunes et leur « connectivité »

Lors du dernier Enterprise 2.0 Forum de Milan j’ai retrouvé avec plaisir Mark Masterson avec qui nous avons eu une conversation intéressante au hasard d’une pause.

Il me disait avoir entendu quelque chose de très « interpelant » de la part d’un participant à  une table ronde. Voici de quoi il était question

« Sommes nous vraiment surs que les « Y » sont connectés et « networkers à  ce point, et ceci est a fortiori valable pour les générations qui suivent, parce qu’ils ont toujours connu un monde digital, où internet était la norme, qui a conditionné leur manière d’être ? Ou cela est-ce un effet de bord pervers d’une société qui refuse de plus en plus le risque ? Quand nous avions 8, 10, 15 ans nous pouvions aller jouer dans la rue, faire ce que bon nous semble un après midi ou en rentrant de l’école sans que nos parents nous disent autre chose que « fais attention, soit là  pour diner, ne t’éloigne pas trop ». Aujourd’hui avec toutes ces affaires d’enlèvement, de pédophilie etc… ces jeunes sont de facto consignés à  la maison par des parents beaucoup plus inquiets que ne l’étaient les notres et voient dans Facebook, MSN, Myspace les seuls moyens d’échapper à  cet enfermement imposé. Ils ne sont pas « connectés et networkers » par nature, c’est simplement le seul échappatoire qu’ils ont trouvé face à  une liberté de mouvement nulle et un monde hyper controlé par les parents. Il s’agit donc d’une conséquence quasi malheureuse d’une contrainte totalement externe liée à  des questions de sécurité ».

Et Mark de poursuivre. « Je ne sais pas s’il a raison ou non mais cela nous amène quand même à  réfléchir. Quand je regarde autours de moi et que je compare à  l’époque de mon enfance il a plutôt raison ».

Et la conversation de se poursuivre :

– Nous sommes tous les deux intéressés par ces outils que nous utilisons intensivement donc cela prouve qu’on peut y venir de manière « naturelle », sans que la génération n’entre en compte.

– Si, plus jeunes, nous avions eu internet, Facebook, MSN, et en même temps la possibilité de sortir retrouver nos amis qu’aurions nous choisi ? Visiblement nous sommes à  peu près certains qu’entre une heure passée sur Facebook et une heure passée « dehors » nous aurions préféré sortir que rester devant un écran à  la maison.

Donc si les trentenaires avancés que nous sommes sommes des utilisateurs avancés de tous ces réseaux, que jeunes nous étions déjà  attirés par l’outil informatique  (déconnecté à  l’époque) il n’est pas sur du tout que nous ayons utilisé internet comme « espace social » si nous en avions eu la possibilité.

En admettant que cette proposition soit juste on peut alors pousser le raisonnement plus loin. On ne peut que constater que les hyper connectés « personnels » ne le sont que rarement au travail, que la mise en perspective professionnelle des usages personnels est non seulement loin d’être évidente mais également pas nécessairement désirée par ces personnes.

Une explication pourrait être que si le réseautage social est vu comme un échappatoire à  une privation de liberté incarnée par l’autorité parentale, il semble logique qu’il ne puisse non plus passer sous le giron d’une autre forme d’autorité qui est l’entreprise. En bref le réseautage social serait une une pratique « libératoire » personnelle qui doit par conséquent s’exercer hors du spectre de l’autorité, incarné soit par les parents soit par l’entreprise.

Et au final cela nous renvoit une fois encore à  des questions de culture. Culture d’entreprise bien sur mais pas seulement. D’une manière générale cela nous amène à  nous intéresser au rapport entre l’individu et l’entreprise dans un contexte (entreprise mais surtout pays, contexte social) donné. L’entreprise espace de développement ou de contrainte et d’asservissement ? Selon la réponse, on pourrait en déduire l’appétence du collaborateur pour le réseau social d’entreprise.

Ouf… et vous vous en pensez quoi ?

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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