Vers la fin de l’oralité en entreprise ?

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Résumé : certains ont un mode de communication plus oral, d’autres plus écrit. De la même manière il y a des cultures d’entreprise plus ou moins latines. Avant même de parler de changer les modes de travail, force est de reconnaitre que les outils qui les supportent ne sont pas adaptés à  toute une frange de la population pour des raisons de mode de fonctionnement personnels, voire à  des zones entières du globe pour des raisons culturelles, pour qui le passage de l’oral à  l’écrit est très difficile. L’entreprise 2.0 est elle condamnée de fait ? L’évolution se fera-t-elle au détriment de certains qui seront laissés au bord de la route ? Non parce que les outils vont dans le bon sens et s' »oralisent ». Mais l’évolution des outils sera-t-elle assez rapide pour se faire avant que certains ne se découragent ?

Etes vous oral ou écrit ? Et votre entreprise ? Nous avons tous nos préférences à  titre personnel, certaines entreprises ont une culture forte d’écrit ou d’oral (certains dirons d’informalité ou de formalisme) et un travail efficace dépend déjà  du fait que l’on trouver un mode opératoire commun entre collaborateurs ayant à  travailler ensemble et qu’on soit à  peu près cohérent avec la culture d’entreprise.

C’est tout sauf trivial. Prenez deux personnes qui ont une vraie envie de travailler ensemble, qui entretiennent d’excellents rapports humains, si l’un est dans l’oralité et l’autre dans l’écrit cela risque de poser d’incroyables problèmes au quotidien. Ou imaginez un manager de haut niveau qui rejoint une nouvelle entreprise, s’il est très oral dans une entreprise hyper formelle ou à  l’inverse très formaliste dans une entreprise à  la culture orale forte c’est loin d’être gagné d’avance.

Et tout cela n’est pas neutre dans la capacité d’une entreprise à  changer ses modes de travail, à  embrasser l’ère des réseaux sociaux. Ce qui vu sous un autre angle pourrait également se traduire par « l’entreprise 2.0 va-t-elle tuer les cultures d’entreprises orales » ?

Traditionnellement l’entreprise favorise l’écrit. Plus fiable, plus « engageant », l’écrit reste alors que la parole n’engage que celui qui l’entend, plus « traçable », plus à  même de constituer une preuve le jour où on cherche ce qui n’a pas fonctionné. Il n’en reste pas moins qu’il y a des entreprises où l’on préfère se parler plutôt qu’écrire, où l’on privilégie le contact humain direct. Le DRH d’une grande entreprise de ce type avait, sur ce point, qualifié leur culture d’entreprise de « latine » lors d’une de nos discussions. Il en va de même chez les individus, à  chacun son mode de fonctionnement de prédilection.

Le fait est que l’écrit est le mode d’expression par essence des outils et modes de fonctionnement dits « 2.0 ». Ce qui est facilement explicable :

– dès que l’on parle d’informatique, personnelle ou d’entreprise, et malgré le succès de Youtube, tout est plutôt pensé pour la saisie sur clavier qui reste notre mode de fonctionnement « par défaut » devant un écran. D’ailleurs se reposer sur Youtube pour prédire l’émergence de la vidéo comme média informatique de référence dans l’avenir serait une erreur : la plupart des vidéos qui y sont partagées par des utilisateurs visent à  « montrer quelque chose » plus qu’à  délivrer un message personnel et être l’acteur principal de la vidéo. On montre des choses en vidéos mais, proportionnellement parlant, on ne s’y montre pas.

– le texte est « cherchable », indexable par un moteur de recherche. On ne sait pas encore capitaliser l’oral..sauf à  l’écrire

– on peut survoler un texte pour en saisir l’essentiel alors qu’il faut regarder toute une vidéo pour en retirer quelque chose. Il arrive que je n’aie pas 10 minutes pour regarder une vidéo ou écouter un podcast mais, lorsqu’elle est disponible, je peux survoler la transcription écrite et en saisir les éléments clé, quitte à  me dire qu’il faut y revenir de manière plus approfondie plus tard.

– le texte permet les échanges asynchrones, pas l’oral (quoi qu’on verra plus tard que ça n’est pas si exact).

– tous les postes de travail ne sont pas équipés en webcam…et quand je vois la rapidité de beaucoup d’infrastructures

Bref les personnes et les entreprises qui privilégient l’oral sont par définition peu à  l’aise avec les nouveaux outils que nous leur proposons et je ne serais pas surpris d’apprendre que la difficulté à  les amener vers un mode de fonctionnement différent n’est pas tant du à  un refus de changer « personnellement » qu’à  passer à  un mode écrit. Il est d’ailleurs amusant de voir que cet écrit peu structuré qui est dit « informel »  par rapport aux autres formes de communications textuelles est déjà  beaucoup trop formel pour les adeptes de l’oral.

Faut il en conclure que certains resteront à  la porte des prochaines évolutions ? Qu’au contraire ces évolutions ne se feront pas car étant contre nature pour beaucoup (trop ?) de monde ? Ou que certaines entreprises y perdront leur « latinité » (d’ailleurs on peut se demander pourquoi les pays latins et du sud de l’Europe semblent avoir encore plus de mal que les autres…).

Oui et non.

Non parce que les choses s’améliorent :

– quelque chose me dit qu’avec l’arrivée de CISCO dans le jeu des acteurs de l’entreprise 2.0 il va y avoir une pression forte sur l’utilisation « intelligente », efficace et pratique de la vidéo

– le microblogging semble être un substitut pratique à  l’oral. C’est en fait l' »oral de ceux qui écrivent ».

– on a déjà  vu dans le web grand public quelque chose d’extrêmement intéressant avec Seesmic Video.Outil jugé prometteur mais pas encore assez « mainstream » dans le grand public il a tout de la « killer application » d’entreprise car permettant de faire du conversationnel asynchrone en format vidéo court et de la manière la plus simple qui soit.

Oui parce que temps que tout cela devienne mûr, que les réseaux d’entreprise soient capable de tenir la charge en vidéo, que l’on conçoive des moteurs capables d’indexer et comprendre un contenu vidéo, il faudra encore patienter.

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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