Retour sur l’Enterprise 2.0 Summit

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Comme vous le savez certainement, j’étais à  Francfort la semaine dernière pour assister à  l’Enterprise 2.0 Summit. Comme l’année dernière j’ai trouvé édition très dense et de grande qualité. Beaucoup de choses ont déjà  été écrites depuis jeudi et la couverture live sur twitter a été consistante, donc je vais essayer d’être bref et d’aller à  l’essentiel.

1°) Tout commence avec un bon format

On peut avoir les cas les plus intéressants, tout dépend de la manière dont on les expose. Le format qui laisse l’orateur présenter son projet, les moyens et les résultats en 20 minutes pour ensuite le livre aux questions de l’audience rend la chose très opérationnelle. Depuis le temps qu’on parle d’Entreprise 2.0 je pense que l’ère des discours « inspirationnels » sur le thème « croyez ou mourrez », « ayez la foi » est passé et qu’il faut non seulement du concret, des faits, des chiffres et la possibilité de questionner l’orateur afin de soulever les points qui intéressent l’auditoire, éviter les présentations de type « appartement témoin » et les feu d’artifices sans substance. Et lorsque la salle est remplie de praticiens cela donne une vraie valeur, autre chose que lorsque les convaincus prêchent les convaincus.

A coté de cela certaines sessions étaient dédiées à  la partie plus « stratégique » et experte du sujet mais là  encore pas de monologue. Chaque keynote se terminait par une table ronde et une discussion avec la salle. Ce qui évite, là  encore, que les spécialistes s’envoient des fleurs sans penser à  ceux qui les écoutent et ont de vrais projets à  conduire.

2°) L’Europe décomplexée aurait elle trouvée sa voie ?

On a coutume de considérer les entreprises européennes plus précautionneuses au moment de démarrer leurs projets et plus timides à  l’heure d’en parler. On peut considérer que la roue tourne et qu’entre Océ, Renault, BMW, Deutsche Telecom, BASF et les autres j’ai vu le plus  beau rassemblement de cas de ces dernières années. On a surtout pu visiter les entrailles et les mécanismes de chacun en évitant le syndrome de la présentation après laquelle on se dit « oh c’est impréssionnant ce qu’ils ont fait, mais en fait on ne sait pas comment ni pour quels résultats ». Dans ma session sur la gestion des différences culturelles sur laquelle je reviendrai dans un autre billet, Lee Bryant a fait remarquer qu’il était temps que les entreprise européennes oublient le réflexe du « ça marche aux US donc ça marchera pas chez nous » pour faire de nos différences un levier. Je pense qu’on est en train d’y arriver quand je vois la manière dont les cas ont été présentés : technique, argumentée, expliquant à  la chaque fois le pourquoi, le comment. . Bref, plus rationnel qu’inspirationnel, mais cela montre également la manière dont les projets ont été conçus avec un focus sur le sens et la valeur pour l’entreprise et le collaborateur que sur l' »engagement » et la passion pour la nouveauté et le networking.

J’ajouterai également un bon point sur la présence française et francophone, tant au niveau de la présence sur scène que dans la salle. Je n’ai jamais autant entendu parler français dans une conférence à  l’étranger ni vu autant d’orateurs français sur scène. Ajoutons à  cela que le cas présenté par Renault a connu un énorme succès et on peut se dire qu’on est sur la bonne voie.

Toujours dans la discussion qui a suivi ma session, Lee Bryant disait qu’il fallait cesser d’être sur la défensive  systématique face à  des concepts « importés ». C’est ce qui est en train de se passer je pense. J’ai vu des entreprises heureuses d’avoir du rencontrer leurs pairs européens et repartir en se disant « finalement on est sur la bonne voie, et on est loin d’être en retard comme on le pensait ».

3°) Plus de business process, le community management rentre dans le rang.

Conformation de ce que j’avais écrit en rentrant de Boston mais à  une échelle supérieure. Si, là  bas, on avait émis l’idée que le sujet devrait être abordé, et si quelques voix discordantes s’étaient tout de même élevé pour faire remarquer que ce serait dévoyer le concept, autre son de cloche à  Francfort. Pas une présentation de cas où il n’a été dit qu’il fallait lier de près le projet aux fameux business process, pas une voie discordante et l’atelier que j’ai animé sur le sujet a d’ailleurs été rempli en moins d’une minute à  telle point qu’on a refusé du monde. Est-ce dire que le « community management » est enterré ?

Pas du tout. Tout le monde en a parlé également mais comme un moyen d’un dispositif global, ni plus ni moins. Par contre une chose est sure : ça n’est pas la préoccupation première des participants qui s’intéressaient davantage à  l’architecture du projet, à  ses mécanismes, à  la manière dont produire des bénéfices concrêts et mesurables. Je ne me souviens d’ailleurs pas avoir entendu une question sur le sujet et une seule session lui était dédiée, animée par Anthony Poncier. D’ailleurs, traduisant l’état d’esprit général, Bjorn Negelmann, l’organisateur de la conférence, disait sur Twitter que les participants à  la conférence ne voyaient pas la chose comme une compétence essentielle.

A mon avis les deux questions sont essentielles et doivent s’articuler. Simplement il y a eu un focus historique sur le community management qui fait qu’on a pris du retard dans l’autre domaine d’une part, et qu’il faut partir de ce que le collaborateur connait pour l’emmener vers des logiques nouvelles d’autres.

Je reviendrai sur mon atelier dans un autre billet mais vous pouvez déjà  vous référer à  cet ancien billet pour poser le problème et celui de Samuel Driessen qui y a assisté et livre une courte synthèse.

4°) L’entreprise 2.0 n’est qu’une étape intermédiaire

Il ressort de l’ensemble des keynotes (notamment celles de Richard Collin et de Lee Bryant) que nous allons vers une vraie transformation de l’entreprise, des modes de travail et des modes de création de valeur. Est-ce que l’entreprise 2.0 sera le moyen d’y parvenir ? Non. Ca n’est qu’une étape intermédiaire qui permet d’introduire les outils et certains éléments comportementaux et managériaux qui permettront cette transformation. C’est une amélioration, relativement techno-centrée,  de l’existant qui porte en elle les germes d’une transformation future plus profonde.

Rien de plus logique après tout. Même si on a conscience de l’ampleur de la transformation nécessaire il est évident que la solution la plus raisonnable est le glissement progressif plutôt que la rupture brutale. C’est ce qui explique le ré-ancrage dans le flux de travail quotidien du collaborateur avant d’aller plus loin. Comme le dit Lee, l’entreprise 2.0 est davantage le cheval de Troie qui prépare le futur. Ou plutôt, pour reprendre ses mots, les souris de Troie pour faire référence à  la multitude de projets qui fourmillent et finissent par se rejoindre pour faire bouger les choses. D’ailleurs, comme il l’a souligné, on n’a pas encore vu le grand « big bang » organisationnel attendu…sauf, ajouterai-je, dans les entreprises qui avaient le bon ADN et avaient entrepris leur processus d’évolution avant même que l’entreprise 2.0 soit à  la mode.

5°) Bienvenue à  Paris en Octobre 2011

Je vous avais dernièrement parlé de la seconde édition de l’Enterprise 2.0 Forum de Paris, sur laquelle on commençait à  travailler. L’enterprise 2.0 Forum est une déclinaison locale du Summit qui est plus européen. Jusqu’à  présent le Summit avait lieu à  Francfort et s’accompagnait de Forums a Paris et bientôt Bruxelles et Amsterdam. Le succès de l’édition de l’an dernier nous avait conforté de poursuivre cette année, toujours sur le même format. Après maintes réflexions, l’organisation nous a annoncé que dans la volonté de confirmer la dimension européenne du Summit et suite à  de nombreuses demandes convergentes (ok…je plaide un peu coupable mais je ne suis pas seul…), le Summit d’octobre prochain; pour sa 4e édition, quittera Francfort pour Paris. Conséquence : il est préférable d’annuler le Forum de mars pour consacrer toutes les énergies sur l’organisation de l’évènement de d’octobre. Ca n’est donc que partie remise et, en tant que membre de l’advisory board de la conférence, je vous promet qu’on fera tout notre possible pour faire encore mieux que cette année. Je ne peux également que noter l’influence croissante de la communauté francophone sur la question (car la Belgique n’est pas en reste) qui n’a certainement pas été neutre dans cette décision. Et visiblement tout le monde a l’air content de nous rendre visite l’an prochain.

Rendez vous donc en Octobre avec, je l’espère, de fructueux échanges entre les entreprises françaises et leurs homologues européennes. Je vous confirmerai les dates dans les semaines à  venir et vous tiendrai informés de l’évolution du programme au fur et à  mesure que nous le construiront, voire vous solliciterai afin de s’assurer que nous allons bien construire la conférence à  laquelle vous désirez assister.

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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