Apprendre en entreprise : un peu de proactivité s’il vous plait !

Résumé : au rythme auquel les choses évoluent et les savoirs se périment, les collaborateurs ne peuvent plus se contenter de compter sur le bon vieux plan de formation qui n’a plus vocation qu’à  s’adresser aux formations lourdes et structurantes. D’autant plus que tout n’est pas dans l’acquisition de savoirs mais dans la compréhension d’un contexte mouvant dans lequel s’exerce ces savoirs. Au delà  de la formation, c’est tout un plan d’éveil et de veille qui a désormais sa place.

S’il y a une chose qui m’a toujours impression, en termes d’ingénierie, c’est la mise en place d’un plan de formation. Evaluation des besoins, des budgets, mise en adéquation, planification etc… Franchement pas un travail très amusant mais à” combien complexe…et essentiel.

Inutile, en effet, d’expliquer l’importance qu’il y a tant pour l’entreprise que le collaborateur de se tenir à  jour et d »évoluer avec les contraintes et attentes de leur environnement. A part un certain nombre de choses assez structurantes, l’essentiel de ce que nous apprenons a en effet une durée de vie qui ne cesse de se réduire.

En plus, une quelconque forme de compétence, de savoir métier n’a pas de sens sans compréhension du contexte. Un recruteur, chargé de projet  communication etc… continuent à  faire le même métier depuis des décennies et doivent maitriser quelques basiques indispensables. Par contre, s’ils ont passé les trois dernières années à  faire « comme d’habitude », ils risquent de fort dans un proche avenir (si ça n’est déjà  le cas) de se retrouver en grande difficulté par rapport à  tous les nouveaux outils et nouvelles pratiques qui émergent.

Et c’est là  que le bt blesse.

Notre beau système à  un inconvénient majeur : il a mis le collaborateur en position d’attente, parfois d’assisté. Tant que l’entreprise n’a pas dit que… s’intéresser à  un sujet ne vaut pas la peine. Si l’entreprise n’a pas dit que le contexte changeait c’est qu’il ne change pas. Et c’est comme cela qu’en 2010 on assiste à  un branle bas de combat général parce que le Dircom a dit « on parle de nous sur le web, nous ne maitrisons plus notre message, nous devons rentrer dans les conversations ». Panique générale. Facebook ? Twitter ? « Mais on ne nous a pas dit que c’était important…! », « Ca peut servir à  une entreprise ça ? »… »mais il n’y a pas de formation Twitter sur le plan de formation 2011 ! »

Cela me rappelle un ami dans les RH d’un grand groupe. En 2008. « Tu connais linkedin ? ». « Entendu parler ». « Ca ne t »intéresse pas ». « Non parce qu’on ne l’utilise pas ». « Et te demander comment vous pourriez l’utiliser ? ». « Non puisqu’on ne l’utilise pas…ça n’est un outil de l’entreprise…et on a pas été formé à  l’utiliser ».

L’entreprise ne peut pas tout faire, ne peut pas suivre le rythme des évolutions de contexte, monter des formations pour tout et rien. Il y a tout un flux d’évolutions permanentes à  capter, comprendre, s’approprier sur des cycles tellement courts qu’un système centralisé ne peut répondre à  un tel besoin.

Il y a un crédo malheureux selon lequel :

– tout ce qui est hors des usages de l’entreprise n’existe pas. Le monde hors du bureau n’existe pas.

– en cas de besoin l’entreprise nous apprendra à  faire.

Mais il y a une part d’éveil, de compréhension, d’anticipation, de connaissance du contexte qui doit venir avant la formation. De plus le mythe du « apprendre à  faire » est également dangereux…il faut comprendre ce que l’on fait et pourquoi…ce qui nous ramène au besoin d’anticipation.

Et là  les responsabilités sont partagées :

– il existe un manque criant de curiosité des collaborateurs par rapport à  leur métier, ses évolutions. Qui n’est pas sans expliquer une peur constante de l’avenir.

– L’entreprise fait tout pour les dissuader d’être proactifs alors qu’elle serait la première à  y gagner. Veille, éveil et « awareness » font partie du travail de chacun et limitent le risque de voir, un jour, toute une population se retrouver à  coté de la plaque car « elle ne savait pas », « on ne lui avait pas dit », « elle n’avait pas vu » que les choses avançaient à  toute vitesse et que leur métier se transformait radicalement sur une période de 3 ans.

On ne peut plus se permettre de faire croire aux collaborateurs qu’ils peuvent tout attendre de l' »entreprise providence ». Ils doivent également prendre leur travail et leur avenir en main, veiller, benchmarker, se renseigner, networker. Qu’on leur explique pourquoi, qu’on leur apprenne comment et qu’on ne leur mette pas les btons dans les roues.

A coté du plan de formation, un plan d’awareness, d’éveil (de veille ?) a tout à  fait sa place  aujourd’hui. Comme je le lisais ici, les savoirs ne sont plus seulement un stock qu’on reçoit mais un flux qu’on capte.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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