Premiers pas sur Google + : du broadcasting pas vraiment social

Résumé : Google + est arrivé avec fracas dans notre univers numérique. Machine de guerre omnipotent il doit révolutionner nos outils et nos usages et, en passant, obliger la concurrence à  mettre un genou à  terre. Qu’en est il vraiment ? Derrière une interface sobre, et exemplaire, un outil au potentiel  impressionnant même si on en voit que les balbutiements. Pour autant il est nécessaire d’attendre qu’il atteigne l’ge adulte. La puissance des cercles ne cachera pas longtemps l’absence de dimension communautaire, l’absence d’une vraie API est un frein à  son intégration dans un quotidien vraiment chargé. Quant à  savoir s’il peut devenir un outil d’entreprise…c’est une autre paire de manche. Au final, l’outil, tel qu’il est aujourd’hui, arrive avec un an de retard tant qu’il n’aura pas comblé ses lacunes, son immense potentiel ne peut le positionner comme l’outil de demain. Une star en devenir si son manager ne se trompe pas de route.

 

Ce billet aura tardé à  venir mais il est difficile de juger un outil nouveau en quelques jours, d’autant plus lorsqu’il est encore en version « beta » et donc susceptible d’être amélioré rapidement. Et puis dans les premiers temps on a toujours des yeux de Chimène pour ce genre de nouveauté, ou, à  l’inverse, des réactions épidermiques. Alors autant laisser les choses se calmer.

Je vais commencer par une mise en garde. Aussi « social » soit il, un outil dépend beaucoup de son utilisateur et de son contexte d’utilisation. Autrement dit, je vais me référer ici à  mon contexte et mon expérience personnelle et je ne prétend en aucune manière que « ma » vérité est celle de tous. Loin de là .

1°) Fluidité, sobriété, efficacité

Au premier contact c’est une excellente impression. On parlera un autre jour du devenir de Google + dans l’entreprise mais une chose est sure : les ergonomes de nombre d’éditeurs majeurs devraient aller un œil de ce coté là . Design sobre, fonctionnalités faciles d’accès et compréhensibles, on utilise et navigue avec une grande fluidité. Evident que la leçon de Google Wave a été apprise et bien apprise.

2°) Un concept tout sauf neuf

Si on devait simplifier la logique de l’outil, disons que l’on dispose d’un outil à  mi-chemin entre un blog et un outil de microblogging et que chaque entrée est partagée soit avec tout le monde soit un nombre défini de personnes que l’utilisateur à  réparti dans des « cercles ». Soit avec une seule personne. Infiniment plus puissant que les outils dont Google + s’inspire sauf que…

Si je remonte à  la préhistoire du social software je me souviens avoir entendu parlé de cette logique de bloc-notes personnel donc chaque entrée serait partagée avec une personne, une ou plusieurs communautés. Unicité pour l’auteur, granularité pour l’auditoire. C’était entre fin 2005 et début 2006, cela fonctionnait très bien et fonctionne toujours. Cela a un nom : blueKiwi (depuis, un nombre incalculable d’outils fonctionne sur ce principe). Sincèrement, je n’ai pu retenir un sourrir en me disant « Wouah…avec leurs moyens, 20% du temps des salariés à  l’innovation etc. etc. il a fallu près de 6 ans à  Google pour réinventer blueKiwi. Chapeau les gars !

Bon en fait ce qui change tout c’est les cercles.

3°) Les cercles ne sont pas des communautés et Google + est tout sauf « social »

En général, les outils dits « sociaux » permettent d’adresser des personnes ou des groupes (souvent appelés communautés). Pour ce qui est des groupes cela signifie que n’importe quel membre du groupe en question puisse y prendre la parole et non pas seulement répondre à  un message qu’on lui envoie, ce qui est le cas des cercles. Par exemple, je peux écrire quelque chose à  un cercle que j’ai nommé « entreprise 2.0 » et les personnes concernées me répondre et discuter entre elles. Mais si quelqu’un veut partager une autre information sur le sujet avec la même audience il doit soit l’insérer dans le fil de la discussion qui peut devenir incompréhensible  la longue ou…ou rien. Sauf à  cloner le cercle à  qui je m’adresse, ce qui n’est pas possible (sauf à  le faire manuellement avec la liste des destinataires…pas pratique).

Dans la logique « people/user-centric » de l’outil cela semble logique et c’est un choix plus qu’une lacune à  mon avis. Mais pas sur que chacun s’y retrouve pour des usages variés. On en reparlera plus loin également.

Bref, Google + est davantage un outil de diffusion massive mais ciblée qu’un outil « social » au sens traditionnel du terme avec sa dimension communautaire. Le récepteur subit en quelque sorte sans pouvoir entrer proactivement dans la discussion sur un sujet et ne restera donc que dans la case où on a voulu le ranger.

4°) Les cercles : entre le coup de génie et l’usine à  gaz

Les cercles ont un intérêt sur deux points : le ciblage et la confidentialité. Ciblage car si je veux parler de différents sujets je peux scinder mon auditoire. Par exemple l’entreprise 2.0 d’un coté et l’aviation de l’autre sans que ceux qui me « suivent » pour une chose n’aient à  subir l’autre. Confidentialité car je peux ne partager certaines informations qu’avec un cercle réduit.

Mais le problème du cercle est sa dualité. Il me sert à  choisir mes destinataires comme à  filtrer ce qui apparait sur ma timeline. Quitte à  sembler cynique, on peut avoir envie de parler à  des gens spécifiquement sans vouloir lire tous leurs contenus. Et là  la seule solution est d’avoir des cerles de réception et des cercles d’émission. Migraine en vue pour tout administrer.

De manière générale j’entends de plus en plus de personnes ne plus savoir qui elles ont mis dans tel cercle. Ou avoir voulu gérer si finement qu’elles hésitent au moment de publier et au final se disent « tant pis, j’envoie à  tout le monde ». Au final la plupart des messages que je vois passer sont en mode « public, ce qui doit bien vouloir dire quelque chose.

Enfin, en fonction de qui a mis qui dans tel cercle,de qui se sert des cercles pour filtrer également la réception, il se peut fort bien qu’une personne dont on est certain qu’elle lit ce qu’on écrit…ne le lise jamais. Ca fait partie de la philosophie de l’outil mais ça peut déconcerter une fois qu’on a saisi le mécanisme.

5°) Alors….il va tuer qui le Google + ?

Facebook est mort. Twitter est mort. Ce qu’il y a de bien dans notre petit monde (ne pas oublier que dans les premiers temps la population qui a eu accès à  l’outil est tout sauf représentative de l’internaute moyen) c’est que dès qu’un outil nouveau sort il faut tirer à  boulet rouge et prédire la mort de ces prédecesseurs histoire de dire plus tard « je l’avais dit hein! ». C’est aussi très bien pour l’égo de dire à  l’internaute lambda « ton outil est bientôt mort et tu n’as pas encore accès à  celui qui va tout changer ».

Et bien dans mon usage personnel, il n’a pas fait mal à  grand monde. Il ne pouvait pas nuire à  Facebook que j’utilise peu (pour moi FB est le système d’exploitation qui me permet de jouer à  Cityville, ni plus ni moins) et j’aime le coté instantané de twitter. L’avantage des 140 caractères c’est la concision et le fait de pouvoir, en un coup d’oeil voire un scroll lire en diagonale ce qui s’est passé pendant les x dernières heures. Impossible sur Google +. Seul manque à  twitter une gestion plus structurée de la conversation mais comme je me plais à  le dire, si vous voulez plus de 140 caractères et des commentaires structurés, ouvrez un blog !.

Alors je pourrais me servir de Google + comme d’un blog…mais j’en ai déjà  un et, de plus, je mets G+ et Facebook dans le même sac sur ce point. Si j’investis du temps pour écrire ça n’est pas pour faire don de mon travail à  des services qui peuvent dire demain « ce contenu m’appartient » (où l’on déja dit d’ailleurs). Ces services auront toujours droit à  quelques lignes de ce que j’écris ailleurs…avec un lien pour les ramener sur le texte intégral, sur un espace m’appartenant.

Pour reprendre ce qu’en dit la célébre blogueuse quebecoise Michelle Blanc, « ce ne sont que des canaux par lesquels on consomme mon information, les lieux où se passeront les conversations, mais je garde une fabrique qui est mon blogue ». Et j’ajoute qu’un outil incapable d’aller se servir seul à  la fabrique ne m’intéresse pas d’où ma faible présence sur Google + tant qu’une API digne ce nom ne permettra pas de…

Cela ne concerne que mon propre contexte mais, partant du principe que nous sommes dans une économie de l’attention j’ai bien vu que Google + n’a pas réussi à  trouver sa place dans mon quotidien une fois le premier week end passé, lorsque mes outils de travail ont repris leur place et qu’il a fallu que je gère l’attention en question. Il est probable, voire certain, que cela changera quand l’outil va évoluer mais pour l’instant voilà  ce qu’il en est. Le fait qu’il ne soit pas (encore) accessible via un client de type Seesmic fait aussi que je ne l’ai pas sous les yeux pendant la journée (attention, occupation de la surface de l’écran etc…) et que, bizarrement, je n’y retourne que pour jeter un oeil quand je suis en mobilité grâce à  l’application iphone.

A la limite, je verrais bien Google plus comme le fossoyeur de mon…email. Avec des cercles qui ressemblent à  des listes de diffusion, une bonne gestion des conversations et une dimension push assumée, je vois davantage Google Plus comme le successeur d’Exchange ou Notes. Cela vous fait sourire ? On en reparlera dans un prochain billet.

6°) Google plus, un outil pour l’entreprise ?

Ah…justement…ce sera l’objet d’un futur billet.

7°) Conclusions

Google Plus est clairement un outil d’avenir qui n’en est qu’à  ses premiers balbutiements avec les approximations que cela comporte. J’attends avec impatience ses évolutions pour voir s’il tient toutes ses promesses ou si Google, une fois de plus, montrera que ce type d’outil ne fait pas partie de sa culture et s’arrêtera au milieu du gué.

Avec une API il aurait pu vraiment faire mal dès sa sortie. Maintenant espérons qu’elle arrive avant que le soufflé ne retombe.

Sans API il est très bien mais…arrive un voire deux ans trop tard.

Bref, je le garde en « observation intensive » car c’est un outil qui nous apprend beaucoup, même au travers de ses quelques lacunes actuelles, en attendant de voir ses futures évolutions. Après tout, une bêta ça sert à  apprendre.

En effet, la plupart des choses que m’a appris Google plus touchent des sujets….autres que Google plus et n’ont rien a voir avec lui. Ce qui sera traité également dans de futurs billets, celui-ci s’avérant déjà  beaucoup trop long 🙂

 

 

 

 

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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