Le social software, paradis de l’efficacité du travailleur du savoir

Résumé : réunir et rapprocher les individus n’est pas garant de performance accrue. Si cela est indispensable pour stimuler la créativité, échanger, partager des points de vue et affiner, la partie « productive » du travail et est, elle, plutôt solitaire et individuelle. Autres configurations personnes mais également autres configurations spatiales. La présence d’outils sociaux en ligne a pour principal avantage de permettre aux deux de coexister de manière trop intrusive, de bénéficier des autres dans voir son attention phagocytée par le groupe. Pour être productifs apprenons à  être « seuls ensemble ».

Est on vraiment plus efficaces ensemble que seul ? Même si c’est aujourd’hui une pensée dominante et qu’on ne jure plus que par le collectif, le groupe, la collaboration, la nécessité de trailler « social » (dans le sans anglo-saxon du terme) la réalité est beaucoup plus complexe.

J’ai déjà  fait état de certains doutes sur le sujet. Le collectif est un excellent moyen de trop se reposer sur les autres et rassembler les individus, stimuler les échanges et les activités collectives n’est en rien un subsitut à  une grande rigueur individuelle dans le respect des délais et objectifs assignés à  chacun. Car au final existe la plus petite unité de travail indivisible, l’acitivité de production, qui elle reste l’affaire de chacun. On brainstorme avant, on assemble et affine après mais au final il reste que tout dépend de la capacité de chacun à  réaliser un travail individuel de qualité dans les temps.

En fait l’activité du « travail du savoir » est duale. Il y a les moments de production qui, comme on l’a dit sont solitaires et, en amont et en aval, des activités d’échange, de partage d’information, de discussions. Quant à  la créativité dont il doit faire preuve lorsqu’il produit, elle est stimulée par les discussions et les échanges qui ont lieu avant et autour de son travail de production. Je dis bien « autour » car au final au moment de produire une analyse, de prendre une décision, de coucher sur le papier des recommandations il est bel et bien seul.

Deux choses maintenant sur le travailleur du savoir. La première c’est qu’il n’est pas nécessairement ce haut diplômé en col blanc qu’on imagine facilement. Une assistante ou un col bleu ont une partie de leur activité croissante et de plus en plus essentielle en termes de création de valeur qui relève de ce type d’activité. La seconde est que pour la plupart d’entre eux, si leur créativité est stimulée par le collectif elle ne s’exerce souvent le mieux que lorsqu’ils sont seuls. Ou plutôt au calme, dans une sorte de bulle de tranquillité que ne permet ni la réunion physique ni parfois le simple fait de travailler en open space.

Comment, dès lors, réussir à  concilier les deux ?

Pour promouvoir l’efficacité collective à  la sauce web 2.0 on se sert tout le temps de l’exemple de ce que le web a permis en la matière. Mais on oublie une chose qui fait la différence entre productivité et distraction. Le web a cela d’intéressant que si, bien maitrisé, le « bruit » qu’il génère devient un remarquable outil d’intelligence situationnelle, il permet également aux individus de se couper des sollicitations et distractions non désirées. Sa force a été de permettre aux internautes d’être à  la fois seuls dans leur bulle réelle et dans la conversation en ligne. A eux de passer de l’un à  l’autre suivant leur besoin à  un moment donné. Il permet, comme d’autres l’ont fort justement exprimé, d’êtres « seuls ensemble ».

Dès lors, promouvoir des outils collaboratifs dits « sociaux » inspirés du web au sein de l’entreprise n’a t-il pas comme intérêt premier de permettre de récréer cette dualité d’espaces, en laissant à  chacun libre de passer de l’un à  l’autre selon les besoins. De plus, contrairement à  la réunion physique, l’espace de travail en ligne s’affranchit des contraintes géographiques (on y est aussi proche de son voisin de bureau que d’un collègue à  l’autre bout du monde) et de temps (la relation est asynchrone, chacun peut venir contribuer à  son rythme, la discussion n’est plus intrusive dans le travail quotidien).

Le collectif, le groupe, sont essentiels mais ne répondent pas à  tous les besoins. Ils peuvent même en devenir contre-productifs. Repenser l’organisation du travail c’est également repenser des lieux étanches favorables à  chaque type d’activité en respectant la sphère personnelle de chacun. Hors et en ligne.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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