Là  où beaucoup voient un enjeu technologique – qui existe d’ailleurs – un des principaux enjeux du Big Data est liée à  des questions d’éthique et de culture d’entreprise. Fin juin j’ai assisté à  l’Information Builders Summit, l’occasion justement de faire le point sur l’état de l’art et les enjeux liés au Big Data. A mon grand plaisir, Wolfgang Martin qui a donné le keynote d’ouverture, ne s’est pas enfermé dans les logiques techniques mais s’est concentré sur deux points majeurs : la valeur d’une part et les conditions de succès et éléments de responsabilité d’autre part. Et c’est de ce dernier point qu’on parlera ici.

La valeur de l’information dépend de pourquoi, comment et dans quelles limites on s’en sert

L’information ou la donnée en tant que telle n’ont pas de valeur propre, comme tout actif immatériel elle ne l’acquière que lorsqu’on l’utilise dans le cadre d’un processus ou d’une activité métier. Ce qui déplace la question sur un terrain qui est tout sauf technique : pour quoi s’en servir, comment s’en sert on, quelles limites se donne-t-on.

Le « pour quoi » pose une question d’ordre culturel. Big Data et analytics remettent en cause nos modèles de prise de décision et de prévision et reposent sur des logiques nouvelles, inductives et non plus déductives, qui sont une sorte de révolution copernicienne pour de nombreuses générations de décideurs. Faire un usage approprié des données structurées, non structurées ou polystructurées, ne pas se limiter aux données propriétaires mais apprendre a exploiter le bien commun et ouvert qu’est le web, et comprendre un champ des possibles totalement nouveau en termes d’offres, de service et de décisions demande un certain ADN. Peu d’entreprises ont aujourd’hui une vraie culture des données même si cela ne peut que changer.

Le « comment » concerne l’impact de la culture sur l’organisation. Si on comprend l’importance des données on doit s’organiser pour en tirer parti. A quoi sert d’être capable de prendre de meilleures décisions en temps réel si on est pas en mesure de les exécuter, si on n’est pas capable de s’organiser, se reconfigurer en fonction de ce que les données nous apprennent ? L' »entreprise de données » ne peut être qu’une entreprise qui fait de l’agilité et de la résilience des principes d’organisation qui fonctionnent au quotidien.

Une responsabilité éthique et juridique dans l’utilisation du Big Data

Vient en fait la question de la limite qui est certainement la plus importante. Il n’y aura pas d’utilisation productive, pertinente et durable du big data sans une éthique Big Data, sans une éthique de la donnée. Cette éthique de la donnée est aujourd’hui – et sera encore davantage demain – un élément de la relation de confiance à  construire avec le marché. Demain elle sera certainement un élément de responsabilité légale sur un domaine qui ne pourra éviter une réglementation spécifique à  moyen terme lorsque les dispositifs actuels ne suffisent pas à  cadrer usages et débordements. L’utilisation massive des données dans la relation client, partie visible de l’iceberg, n’a fait que renforcer les questionnements déjà  existants sur des utilisations bien réelles mais moins apparentes. Ce qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui appellent l’utilisateur à  la vigilance et demandent de se poser la seule question qui vaille : jusqu’où peut on échanger sa vie privée pour une commodité. Un sujet qui ne concerne pas que les entreprises : selon Timo Elliott c’est également aux éditeurs de solutions qui opèrent les données pour le compte de leurs clients de prendre position et s’imposer un code de bonne conduite afin de rassurer par l’exemplarité.

Bref, si vous vous imaginez que le recours massif au Big Data et aux analytics va être un accélérateur de business, de croissance et d’efficacité vous avez totalement raison. Si vous vous imaginez que les seules questions auxquelles répondre tourneront autour de Hadoop, NOSQL et de la réinjection des données dans les process adéquats vous risquez d’aller au devant d’une sévère déconvenue.