Les MOOCs, Massive Open Online Courses sont les prémices d’une révolution dans l’enseignement et l’acquisition de savoirs mais sans qu’on sache encore trop ce qu’il faut prendre ou laisser, quelle partie des promesses est valide ou pas.

Ce n’est donc que l’expérimentation qui permettra de recadrer, affiner, progresser. Et justement, les expérimentations se multiplient avec leur réussites et leurs échecs. La dernière en date dont je voulais parler vient de l’université d’Etat de San Jose (San Jose State University – SJSU) aux Etats-Unis. L’Université avait annoncé en février qu’elle allait démarrer un MOOC sur la plateforme Udacity, une intiative qui avait d’autant plus attiré l’attention qu’il s’agissait de cours permettant l’obtention de crédits. Une partie d’un cursus diplômant pour lequel des gens avaient payé. Du très sérieux donc.

Un semestre de MOOC : 76% d’échec

Bien sur tout le monde était impatient d’avoir les premiers résultats de cette initiative novatrice. Et ils n’ont rien d’encourageant puisque comme l’explique cet article très détaille, il n’aura fallu qu’attendre le printemps pour que le projet soit suspendu. La raison ? Entre 56% et 76% des étudiants abandonnaient le cours en cours de route. Pire encore, si on étend l’étude à  d’autres universités de SJSU, seuls 7,5% des étudiants allaient au bout des cours. Assez pour appuyer sur le bouton stop et apprendre de cette expérience afin d’améliorer ou repositionner le dispositif.

Pas question ici de tuer un principe prometteur au nom d’un stupide principe de précaution mais simplement d’affiner la compréhension qu’on a de ce type de dispositifs et leur adaptation à  des enjeux / publics / besoins nombreux et complexes.

On peut en tirer quelques réflexions

Les MOOCs fonctionnent ils pour des « primo-apprenants » ?

On peut imaginer qu’un professionel niveau MBA ou un cadre expérimenté en quête de perfectionnement on assez de recul sur la nécessité d’apprendre par soi-même et les contraintes et difficultés qui vont avec qu’ils seraient davantage capables d’aller au bout des enseignements proposés. A l’inverse des jeunes qui sont encore en phase d’apprendre à  apprendre n’auraient pas la maturité nécessaire pour gérer la dimension online d’un cours.

Le MOOC : réservé à  ceux qui ont appris à  apprendre ?

A titre d’exemple, et même si l’époque (2000) n’a rien à  voir, je me souviens qu’un professeur étranger intervenant dans mon école nous avait proposé ce type d’enseignement. D’autant plus passionnant que nous étions une filière très « e-quelquechose » naturellement curieuse de tous ces sujets. Alors bien sur les débits n’étaient pas les mêmes, les vidéos plus petites, le tout moins abouti mais après l’emballement des premiers modules tout le monde a laissé tombé et nous n’avons du qu’à  un talent avéré dans la collaboration et l’optimisation des tches d’avoir fait bonne figure à  l’examen (comprenez : 5 ont passé leur temps dessus afin de le rendre sous forme ingurgitable et manipulable pour les autres). On aimait mais la grande majorité ne savait pas l’exploiter ou se mettre dans les bonnes conditions pour l’exploiter.

Bref pour une raison ou une autre, malgré l’emballement, on n’arrivait pas à  s’accrocher et aller au bout.

Le « 100% » online est il viable ?

On en revient au besoin d’une approche mêlant présentiel et online. On peut en effet penser que ça crée des dynamiques entre les étudiants et entre les  étudiants et le professeur. J’ajouterai que même si on sait faire vivre ces dynamiques en ligne avec les outils d’aujourd’hui, il leur faut une étincelle, un point de départ, voire du carburant qu’elles trouveront hors ligne. Mais ça n’est pas pour moi le point essentiel.

Le point essentiel est que le présentiel a également des vertus pédagogiques. Un (bon) professeur ne fait pas qu’apprendre, il apprend également aux autres à  apprendre. Et c’est peut être ça qui manque à  des primo-apprenants. La méthode.

Le MOOC à  quel prix ?

Se serait on posé la question pour un dispositif gratuit et non diplômant ? Peut être pas, ou pas aussi vite et aussi fort. Finalement si le MOOC est gratuit c’est, comme on le sait bien, l’apprenant qui devient le produit et le client à  satisfaire est ailleurs. Par contre une fois qu’on paie (même moins cher qu’un cours en présentiel) et qu’il y a un bout de diplôme à  la clé, les indicateurs de qualité deviennent vitaux.

Peut être qu’un taux d’abandon de 80% est acceptable pour un MOOC. Je ne sais pas. Peut être que ça fait partie de la nature du modèle. Mais dans ce cas on devra le limiter à  certains besoins.

Pas question, répétons-le, de jeter le MOOC avec l’eau du buzzword même si le concept a surement – mais est-ce surprenant – été un peu survendu dans les premiers temps. Mais il importe aujourd’hui de tirer profit de ces expériences pour soit améliorer les dispositifs soit mieux calibrer l’offre et, surtout, la promesse.

Ne pas abandonner mais réécrire la promesse au vu des faits

Mais une chose est sure : s’il est avéré que les MOOCs étaient davantage adaptés à  des populations mures, ayant appris et apprendre et gérer leur propre « supply chain de savoirs », cela remet en cause deux principes fondateurs :

Un MOOC ne peut être totalement Open s’il exclut une partie de la population par nature à  moins de tromper sur la promesse. Et ce surtout s’il est payant.

S’il faut calibrer le MOOC en fonction du niveau de maturité par rapport à  la capacité à  apprendre, il ne peut être massif non plus car sur un sujet donné il faudra avoir différentes méthodes pédagogiques (et pas nécessairement différents contenus). Si le caractère massif était le levier d’une baisse significative des coûts de formation, le recours à  une granularité plus fine risque de changer bien des choses.

Wait and…learn