Suite à mon dernier billet sur l' »employé social » et vu les problèmes rencontrés par les entreprises pour attirer et mobiliser les talents digitaux, j’en suis venu à dresser la liste des qualités requises pour le collaborateur de l’entreprise digitale, le collaborateur « digital et social ».

Si l’on part du principe que le digital est davantage une manière de penser, voir et faire les choses, le premier constat est que la maitrise d’une quelconque technologie ne fait pas partie des qualités en question. Ou alors c’est une qualité secondaire. Pour commencer les nouvelles génération n’ont pas ce problème. Ensuite, en ce qui concerne les autres on voit bien que la question n’est pas de savoir utiliser un média social mais de savoir pourquoi l’utiliser. Ceux qui n’utilisent pas Facebook ou Twitter (et cela vaut à tous les ages) ne sont pas dans cette posture parce qu’ils ne comprennent pas l’outil fonctionnellement parlant mais parce qu’ils ne voient pas son utilité. Et même si on regarde les plus jeunes, tout le monde sait utiliser Facebook mais cela ne veut pas dire savoir « bien » l’utiliser. Preuve s’il en est que ça n’est pas l’âge qui est facteur de fracture digital mais davantage la compréhension des enjeux, opportunités et modèles nouveaux. Je l’avais déjà remarqué en me penchant sur le cas de quelques community managers : mieux vaut quelqu’un avec une bonne vision, un bon « cablage » qui part de zéro en matières de médias sociaux qu’un accro à ces outils qui ne comprend pas le sens de leur utilisation dans un contexte professionnel.

La question n’est pas de savoir utiliser un média social mais de savoir pourquoi l’utiliser.

Ceci dit, que doit on attendre d’un employé digital et social.

Littératie digitale

Pour aller dans le sens de ce qui précède, ce qui compte n’est pas tant de savoir utiliser un outil (ils sont de plus en simple) que de savoir pourquoi et comment gérer l’information et la communication dans un contexte professionnel et digital.

• Soucieux des autres

J’avais posé l’orientation client comme le fondement d’une culture digitale en entreprise. Je vais aller plus loin ici. Le propre d’un mode en réseau est de mobiliser les bonnes personnes où et quand il le faut, même en dehors d’un processus formel. Mais c’est aussi se mobiliser soi-même lorsqu’on identifie le besoin d’un autre. Enfin le monde digital est avant tout un monde de service qui nécessite une culture de service. Ensuite, et là c’est une vraie révolution culturelle, il faut également apprendre à considérer ses collègues comme des clients. A défaut on se retrouve avec tous les problèmes de communication et de collaboration qu’on connait en entreprise.

Le collaborateur digital a le sens du service et est soucieux de l’autre

Enfin, si l’expérience employé est le pendant nécessaire de l’expérience client, si la symétrie des attentions est le bras armé du dispositif, il va falloir commencer à recruter des collaborateurs et des managers qui incarnent davantage cette notion.

• Curiosité

Le monde change trop vite pour attendre que l’entreprise dise à ces collaborateurs ce qui change, ce qui compte et, enfin, les forme pour les adapter au changement.

Petit aparté en passant. Je me souviens d’une discussion en 2008/2009 avec une personne travaillant au siège d’une grande entreprise française, à la DRH, au département recrutement. On parle réseaux sociaux, LinkedIn etc… et je lui demande comment ils appréhendaient le sujet. Réponse « aucune idée…on ne nous a pas dit de nous y intéresser« . Symptomatique. (Je précise que la personne avait une trentaine d’années, pas plus).

Bref le talent digital et social est curieux. Il est en permanence en veille des nouveautés dans son métier, essaie et « bricole » dans son coin. Quand le besoin de changer, d’innover se présente il a normalement déjà réfléchi au sujet.

Le partage : mode de gestion de l’information par défaut

• Transparence

Quand l’information circule et est librement accessible on ne peut ni la retenir, ni la dissimuler. Le talent digital fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait et sait. Le partage est son mode de gestion de l’information par défaut.

• Goût pour la remise en cause

Le talent digital et social remet les choses en cause. Non par mauvais esprit mais parce que le monde change tellement vite que se reposer sur ce qui a fonctionné hier est le meilleur moyen d’échouer demain. C’est une remise en cause constructive : il se demande comment améliorer les choses et les simplifier…et comme il est curieux il ne se contente pas de poser les questions mais il arrive souvent avec des réponses.

Le talent digital questionne l’existant

Un autre avantage de ceux qui ne satisfont jamais de l’existant c’est qu’ils ont intégré le changement comme mode de vie et sont, de fait, beaucoup plus résilients. Une autre qualité que les entreprises doivent justement développer.

• Capacité à s’enthousiasmer et à vite revenir sur terre

Dans un monde qui change vite il faut innover, essayer, améliorer en permanence. Cela demande deux qualités. D’abord être capable de s’enthousiasmer pour quelque chose car sinon on ne mène rien à bien, surtout s’il faut bouger des montagnes pour convaincre et défendre une idée. Il faut également être capable de vite remettre les pieds sur terre pour analyser ce qui fonctionne ou pas, améliorer voire abandonner. L’enthousiasme est nécessaire mais il faut également savoir ne pas persévérer dans l’erreur.

Le talent digital fait le lien entre les disciplines

Polymathie

Sans aller aussi loin, le talent digital est au moins un apprenti polymath. Quelqu’un qui a des connaissances dans un grand nombre de domaines. Bien sur on ne va pas lui demander d’être spécialisé dans tous les domaines mais d’avoir le vernis, un niveau de connaissance minimale qui lui permet de faire le lien entre différents sujets, de travailler avec des personnes de différents métiers, de ne pas penser et raisonner en silo mais en intégrant différentes disciplines.

Au même titre, et le succès du couple iPhone-iTunes n’en est que l’exemple le plus frappant, les réussites d’aujourd’hui ne proviennent pas d’entreprises qui maitrisent un sujet parfaitement ou qui travaillent – même brillamment – sur les différents aspects d’un produit en silo mais conjointement. Un profil IT capable de comprendre les enjeux RH et managériaux et de parler au marketing. Un RH techno-curieux. Un marketeur un peu Geek….

Bien sur cela ne suffit pas. Encore faut il que l’entreprise laisse ces qualités s’exprimer. Alors si votre entreprise pense que ….

• l’informatique est le problème des informaticiens

• Gérer l’information et communiquer c’est le boulot de gens payés pour ça.

• La curiosité est un vilain défaut

• On respecte les choses en place et on ne se permet pas de les remettre en cause

• Une compétence s’exerce en silo et est nécessairement exclusive d’une autre

• On travaille pour soi et ses objectifs personnels, les autres c’est les autres…

….il y a de fortes chances que vous n’arriviez jamais à les recruter voire que vous ayez déjà mis vos talents de demain à la porte.

 

Crédit image : social skills via Shutterstock