A leur sortie tout ne monde ne parlait que des Google Glass, tout le monde voulait les essayer et les happy few auxquels Google les a proposé n’hésitaient pas débourser $1500 pour se les offrir. Aujourd’hui, on en croit de nombreux sites spécialisés, le soufflé est en train de retomber et mêmes les convaincus de la première heure ont commencé à les laisser au fond des tiroirs.

Ce qui amène à quelques question légitimes. Sommes nous ni aveugles que nous n’avons pas compris l’intérêt du produit ? Est-ce la preuve qu’on s’est emballé trop tôt pour ces lunettes et sur les objets connectés en général alors qu’il ne s’est agi que d’un feu de paille ? Faut il persévérer ou tourner la page ?

Il n’y a pas de problème avec les Google Glass, simplement une envie de buzz

Une première (saine) attitude serait de relativiser ce qu’on lit. Le monde du web et du digital a cette manie énervante de ne savoir faire dans la demi-mesure. La nouveauté doit irrémédiablement signifier la fin de ce qui existait avant et quand ça ne prend pas dans les 2 ans on se doit d’annoncer la mort irrémédiable du produit. C’est un monde qui aime aussi la nouveauté : il s’enflamme pour une sortie de produit qu’il porte aux nues et l’oublie dans les 6 mois. La vérité est que nous vivons dans un monde gris et que le web n’aime pas le gris, il aime buzzer sur le blanc ou le noir.

Premier conseil donc : ne prenez rien au pied de la lettre. Peut-être n’y a-t-il aucun problème, juste un produit expérimental qui a besoin de temps pour s’installer et évoluer, peut être juste un produit sorti trop trop avec trop d’attentes, ce qui ne remet pas en cause son potentiel.

Le problème des Google Glass c’est Google

Autre explication : le problème du produit n’est autre que son inventeur. Comme je le disais, on aime brûler ce qu’on a adoré. On aime voir les leaders s’effondrer et laisser la place aux jeunes (comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde). Il fallait bien s’attendre à ce que ce qui est arrivé à IBM, Microsoft et même Apple finisse par arriver à Google et Facebook. On aime détester Google parce qu’ils ne sont plus la startup sympa des années 2000, parce qu’ils font peur et que leur slogan « Don’t Be Evil » fait aujourd’hui davantage plus rire qu’il n’inspire.

Si les Google Glass avaient été sorties par une petite startup je suis certain que le soutient resterait fort. Mais c’est Google et on ne rate pas une occasion de taper sur Google (souvent à juste titre, je l’admet).

$1500 pour des lunettes connectées c’est trop cher

Vient ensuite l’argument du prix mais je n’y crois pas. Les Google Glass n’avaient pas encore vocation à devenir un produit de masse et les fameux happy few qui ont eu accès au produit avaient les moyens de se les offrir (je vous rappelle les prix des derniers smarphones ?). L’argument aurait valu pour un lancement massif, pas pour une distribution au compte goutte auprès d’une clientèle ciblée en attendant une production de masse qui aurait ramené les prix à quelque chose de plus acceptable pour le plus grand nombre.

Les Google Glass ne sont pas socialement acceptables

Là j’y crois beaucoup plus et c’est d’ailleurs le premier point de vigilance que j’avais soulevé lors de leur sortie. Socialement parlant on ne fait pas n’importe quoi n’importe où, à n’importe quel moment. Il y a des endroits et des moments où on ne téléphone pas, où on s’interesse aux autres et pas à son smartphone (quoique…), où on ne prend pas de photos. Il y a donc un problème de comportement vis à vis de l’autre (on lui parle en faisant autre chose en même temps) mais aussi  un problème de respect de la vie privée qui intervient ici : en effet personne ne sait si vous filmez, prenez des photos etc.

Dites que c’est vieux jeu, que de toute manière quand on est en public on est en public…et bien c’est faux. On ne fait pas ce qu’on veut comme photo dans un espace public (et encore moins dans l’optique de partager) et encore moins dans un lieu privé (oui…un restaurant est un lieu privé). Les Google Glass créent un problème de confiance entre les personnes qui partagent le même espace, déjà lorsqu’elles ne se connaissent pas mais même parfois lorsqu’elles se connaissent.

Peut être qu’avec le temps cela peut devenir plus socialement acceptable. Peut être mais je ne crois pas. Aujourd’hui tout le monde a un téléphone mobile, certaines barrières sont tombées mais d’autres restent simplement pour des raisons de bienséance.

Les Google Glass ne sont pas esthétiquement acceptables

Bon disons le tout de suite : se balader toute la journée avec ses Google Glass sur le nez… Pour le dire poliment, ça n’est vraiment pas joli. Alors, pour le coup, s’il y avait des millions d’utilisateurs ça ne jouerait pas car ce serait une mode devenue une norme. Faute de masse critique on a pas une mode mais une lubie d’originaux. Et à la fin même les lanceurs de tendance se lassent.

Sans même ajouter les comportements liés au produit. Quand Eric Schmidt lui même dit que « parler à ses lunettes c’est quand même birarre » vous imaginez ce que ressent le quidam.

Alors on est bien d’accord. Les Google Glass c’était une expérimentation intéressante, un truc sympa mais inabouti. On le jette mais on en aura bien appris quelque chose pour d’autres produits plus « acceptables », plus tard. Et bien non.

Les Google Glass ont un potentiel énorme…dans la vie professionnelle

Là encore j’en reviens aux premiers commentaires que j’ai fait à l’époque et qui se sont retrouvé confirmés. Les Google Glass posent de gros problèmes dans la vie personnelle et je ne vois pas cela changer un jour, encore moins quand la question de la vie privée devient de plus en plus sensible même pour ceux qui s’en moquaient avant. Par contre dans un cadre professionnel…

Virgin Atlantic lancer un pilote pour ses ses agents avec des Google Glass. Idem pour la SNCF avec ses contôleurs. Idem pour la Police de Dubai et peut être un jour celle de New York. Je pense que pour les personnes et entreprises concernées, le « business case » ne pose pas trop de question. Voilà pour la rationalité économique. Quant à l’acceptabilité… cela ne me gêne en rien de voir une hôtesse de l’air, un agent SNCF, un policier, un médecin ou je ne sais qui avec des Google Glass dans l’exercice de leur fonction. Ce qui ne serait pas le cas si c’était un passager de l’avion, du train, ou un visiteur dans les couloirs d’un hôpital.

Oui les Google Glass ont le potentiel pour changer les choses demain, soutenir de nouvelles pratiques, de nouveaux modèles. Mais pour les professionnels, pas pour les particuliers.

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