A qui les poncifs sur les jeunes générations sont il destinés ?

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Les nouvelles générations sont des extra-terrestres. Ils ne respectent plus rien, ont des attentes totalement différentes de ceux qui les ont précédés et vont révolutionner le monde de la consommation et l’entreprise.

Ceci dit, lorsqu’on aborde le sujet avec des personnes de terrain il s’avère souvent que la montagne a accouché d’une souris. Comprenez par là : finalement ils ne sont pas si terribles et se calment vite. Lors d’une table ronde à laquelle j’assistais cette année, managers, professionnels RH et experts s’entendaient clairement sur ce point : il ne faut pas 6 mois aux si terribles « Y », Millenials et surement bientôt aux « Z » pour rentrer dans le rang. Sans dire pour autant, enfin c’est mon opinion, que c’est une bonne chose : perdre le bénéfice de l’appel d’air qu’ils apportent et de la capacité de changement de ces nouvelles génération est tout de même dommageable. Sans compter que sous une forme de normalisation externe peut souvent se cacher une frustration interne qui tourne vite au désengagement.

Les nouvelles générations ne sont pas si terribles et s’acculturent vite

Comme je l’ai déjà écrit, ces générations ne sont pas différentes de celles qui les ont précédé. Bien sur il y a des différences mais, que je me souvienne, il est logique que chaque génération nouvelle amène avec elle ce qu’elle a développé de spécifique au regard du moment où elle a grandi. Les X sont arrivés avec leurs spécificités et avant eux les baby-boomers, chacun ayant grandi dans un monde qui ne ressemblait guère à celui de la génération précédente.

Par contre les « jeunes » sont un excellent prétexte pour les plus âgés qui réclament le changement sans vouloir l’assumer. On leur fait ainsi porter de nombreux chapeaux qui en fait ne sont que ceux de leurs ainés.

D’ailleurs lorsque vous parlez avec eux, et c’est plus particulièrement mon point aujourd’hui, eux-mêmes disent ne pas se reconnaitre dans le portrait qui est fait d’eux.

Les jeunes générations sont un argument à tout faire bien pratique

Alors pourquoi continuer encore et encore à « vendre » l’idée que chaque génération qui arrive sera plus monstrueuse que l’autre ?

Déjà, à mon avis, pour vendre du changement. C’est un business florissant, nécessaire, indispensable, mais de temps en temps il faut remettre du carburant pour créer le sentiment d’urgence ou trouver une justification pour pousser incidemment un autre sujet. Y, millenials et Z ont parfaitement tenu leur rôle dans ce contexte.

Ensuite pour justifier un projet interne. Les nouvelles générations veulent ça, ça et ça, et ça permet de pousser des projets RH, IT, marketing qui ont du sens, doivent être réalisés mais pour lesquels il faut construire un argumentaire solide. Vu que les nouvelles générations vont bientôt constituer la moitié de la population active, c’est un argument de choix.

Le mythe du jeune qui travaille pour des clopinettes pour changer le monde

Et puis comme me l’a récemment fait remarquer un d’entre eux, à les convaincre eux-mêmes qu’ils sont différents. Je n’aurais peut être pas prêté plus d’attention à ce que me disait ce jeune étudiant si je n’avais pas déjà entendu à quelques reprises le même discours de la part d’amis RH ou recruteurs.

Je vous synthétise son discours en quelques lignes.

Mais vous êtes bien sympas les gars de ta génération à raconter tous ces trucs sur nous. Mais ça n’est pas nous, ou pas totalement. C’est quoi votre objectif ? Nous laver le cerveau pour qu’on arrive en entretien d’embauche convaincus que l’argent ne compte pas et prêts à travailler pour des clopinettes ?

Je ne sais pas s’il faut parler de pensée unique mais une chose est sure : il y a un discours dominant sur le sujet des jeunes générations et tout ce qui ne va pas dans son sens n’est pas ou peu médiatisé.

J’ai déjà détaillé les résultats d’une étude IBM sur les millenials. Je  voudrais déjà revenir sur certains points.

Ce sont les boomers qui sont le plus préoccupés par la résolution de questions environnementales/sociales.

Les millenials sont ceux qui ont le moins envie de faire quelque chose qui les passionne.

La sécurité financière est moins importante pour eux que pour les Boomers, mais plus que pour les X.

Mais ce qu’on remarque le plus c’est surtout que les chiffres diffèrent très peu entre les différentes générations.

carreergoalsQuant à la raison pour laquelle ils changent de travail…ça n’est visiblement pas pour changer le monde ! Et ni plus ni moins que les autres. La principale motiviation des millenials est…carriériste. La raison d’abord, la passion ensuite.

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Une fois ceci rappelé, je voudrais dire deux mots d’une étude menée par SAP et Oxford Economics. J’avais eu la chance d’en parler avec les auteurs au moment de sa publication mais n’avais pas trouvé le temps d’écrire sur le sujet, c’est donc l’occasion d’y revenir.

Changer le monde importe peu les millenials et en tout cas pas plus que pour les autres. L’équilibre travail/vie privée compte moins pour eux que pour les autres, de même que la quête du sens au travail.

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Quant à ce qui les motive…critère numéro un l’argent, critère numéro deux…l’argent.

millennial-priorities-october-27Peut être qu’ils accordent de l’importance à des choses différentes mais ça n’est pas à la place des fondamentaux de la pyramide de Maslow mais en plus !

Donc pour en revenir au questionnement du jeune étudiant je ne peux qu’abonder dans son sens. Peut être que cela intéresse beaucoup de monde de se convaincre et de les convaincre qu’ils sont prêts à tout accepter pour peu qu’on leur promette de contribuer à rendre le monde meilleur mais il n’en est rien.  Quant à se demander si on n’essaie pas de les manipuler par rapport à leurs propres d’attentes parce que cela arrangerait beaucoup de monde…

Il serait peut être temps de commencer à les voir comme ils sont et pas comme on aimerait qu’ils soient, arrêter de vivre nos envies par procuration au travers d’eux et d’envoyer entreprises et recruteurs sur de fausses pistes.

Après ça il ne faut pas s’étonner si jeunes et entreprises ne parlent pas le même langage.

 

Crédit Image : angry child by Ollyy via Shutterstock

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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