Alors que tout le monde est peu ou prou convainc que l' »ancien » modèle d’entreprise a vécu, force est de reconnaitre que le nouveau modèle qui pourrait le remplacer n’a pas encore été trouvé ou qu’on a pas été capables de le faire fonctionner de manière durable dans un nombre significatif d’entreprises. Ce qui revient, ceci dit, au même.

L’organisation du futur ? Pas de modèle unique !

J’ai fini par me faire une religion sur le sujet : il n’y a pas de modèle unique qui fonctionnerait partout encore moins qu’il n’y a une manière unique de parvenir à le mettre en œuvre. Seule certitude : le dirigeant est la pierre angulaire de la démarche.

Parmi les concepts dont on parle, il y a l' »entreprise libérée« . Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la pertinence de l’idée : pour ce que j’en vois c’est un peu comme l’holacratie : séduisant sur le papier, ça soulève des questions, on a des exemples de succès, des exemples d’échecs et on a pas assez de recul pour savoir si les succès sont pérennes.

Mais là encore un facteur commun : rien ne marche sans un dirigeant inspiré, volontaire et exemplaire (quant à savoir s’il est visionnaire…l’avenir nous le dira).

Pour revenir, justement, au rôle du dirigeant dans la transformation, bien que je le considère comme essentiel dans tous les cas il faut distinguer deux hypothèses :

• Le changement mène à la mise en place d’un système qui ne fonctionne que tant qu’on y croit y adhère. On va surement perdre du monde en route et peu importe les règles mises en place elles peuvent exploser après le départ du dit dirigeant ou après un changement de gouvernance significatif lié, par exemple, à un rachat.

• Le changement mène à la mise en place d’un système autoporteur. Une fois que la machine tourne, elle tourne jusqu’à ce qu’on décide du contraire. Il faut l’énergie d’un homme pour tirer le changement mais ensuite sa présence n’est plus requise pour faire durer le système.

L’entreprise libérée ? Pour quoi faire ?

Je ne vais pas m’improviser expert en entreprise libérée ou en holacratie mais regardons en vitesse deux sujets.

A quels problème ces approches sont elles les réponses ?

• lourdeur et lenteur des chaines de décisions.

• poids du reporting et des process

• déresponsabilisation et sous utilisation des personnes de terrain, de leurs savoirs, expertises, expériences.

Avec quelle logique ?

• Enlever les éléments de structure, de process et de reporting inutiles.

• En mettant en place des structures d’auto-contrôle / auto-management au niveau des équipes avec un poids moindre du management.

• Pour redonner aux collaborateurs la latitude nécessaire pour utiliser leurs savoirs, compétences, capacité de jugement …

• Et, ce faisant, leur permettre de se développer, se réengager.

Donc si on prend un peu de recul :

• Laisser chacun régler les problèmes et prendre des décisions à son niveau, de son ressort sans escalade inutile.

• En supprimant le gaspillage de temps, d’énergie, de ressources voire de talent lié à un poids trop fort de la structure organisationnelle.

L’entreprise libérée, un avatar du lean ?

Je repensais à cela au calme après avoir écrit mon article sur le livre de Cécil Dijoux : si on y regarde bien les similarités entre Lean et entreprise libérée sont assez flagrantes, le second ayant su adopter un beau marketing humaniste en plus.

Pour ceux pour qui « Lean » est un gros mot, relisez plutôt ce vieil article. Même si le temps a passé et qu’aujourd’hui je le trouve largement imparfait, il me semble qu’on y retrouve bien quelques ingrédients et principes des nouvelles formes d’organisations que beaucoup appellent de leurs vœux.

De là à s’interroger sur le niveau d’intrication entre les deux concepts ?

• Peut-ont être libéré sans être lean ? A mon avis oui mais on commence à faire un peu de lean sans le savoir.

• Peut-on être lean sans être libéré ? Beaucoup moins facilement sauf à appliquer une vision dévoyée du lean qui se limite à la lutte contre le gaspillage et le cost-cutting et oubliant le rôle de l’humain dans l’approche.

• Peut-on attribuer à tort des succès à l’entreprise libérée qui ne sont due qu’à une approche lean du management et de la production ? Je vous laisse juges mais ça a bien du arriver.

Le Lean, une approche plus durable ?

Une différence, fondamentale à mon sens est aussi que lorsque lean est en place il est ancré dans la routine de l’entreprise alors que tout laisse penser qu’entreprise libérée, holacratie et même ce qu’on appelait entreprise 2.0 lorsqu’elle était mise en œuvre sans approche par les processus ne survivent que rarement au leader inspiré qui les a mis en place.

Mais si l’on y regarde bien, pleins de démarches qui visent à réinventer les organisations, notamment dans les services, suivent des principes dont le succès est avéré dans le monde industriel depuis plus de 30 ans.

En un mot comme en mille, donnez lui le nom que vous voulez mais il est quand même une tendance forte qui montre que l’organisation de demain sera avant tout une organisation allégée et simplifiée…peut être ce qu’il y a de plus difficile à faire.

Photo : Breaking chains De Gearstd via Shutterstock