La transformation est le mot du moment et il est aussi populaire qu’il fait peur. Nous sommes dans un monde où les transformations en cours ou à venir sont à tous les coins de rue.

Transformation digitale pour les entreprises et leurs collaborateurs sous la pression de la technologie, de l’innovation et des nouveaux comportements et attentes de leurs salariés et de leurs clients. Transformation de l’état. Transformation des politiques publiques. Transformation de la société pour s’adapter au monde d’aujourd’hui. Transformation écologique. Ceci n’est qu’un extrait des sujets du moment, qu’on les trouve pertinents ou pas, anxiogènes ou pas.

Mais se transformer est compliqué et logiquement avant de se lancer on se demande ce qu’on a à y gagner.

Pour quoi se transformer ?

C’est la première question inévitable. On se transforme parce qu’on a quelque chose à y gagner, bien évidemment. D’où l’éternel questionnement sur les bénéfices voire le retour sur investissement de la transformation. Car si on a rien à y gagner, pourquoi investir du temps, de l’énergie, de l’argent et sortir de sa zone de confort ?

Pourquoi se transformer ?

En fait la question du « pourquoi » est ambivalente car on confond souvent « pourquoi » (pour quelles raisons) et « pour quoi ? » (pour quels bénéfices). Chacun voit midi à sa porte et plutôt que de regarder des facteurs externes au sujet desquels on ne peut rien, on regarde sa situation personnelle qui est finalement la chose sur laquelle on a (un peu) de pouvoir et qui est la seule à nous importer.

Et ici le « pourquoi » à toute son importance pour porter un regard lucide sur le « pour quoi ».

En effet…

Se transformer n’est pas changer

Dans une entreprise ou toute forme de structure confrontée à un enjeu de transformation j’entends systématiquement parler de conduite du changement et, avec le temps, j’ai fini par comprendre que c’était totalement inapproprié.

Qu’est ce que le changement ? C’est s’adapter à une évolution du contexte, de l’écosystème. On reste dans un paradigme connu dans lequel les règles du jeu évoluent. Le cadre reste, la manière dont on évolue dedans change. On doit trouver de nouveau système de jeu pour s’adapter aux règles.

Qu’est ce que la transformation ? C’est faire face à un changement de paradigme. Ca n’est même pas comprendre les règles du jeu pour trouver les systèmes appropriés, c’est se mettre en capacité de découvrir ces règles. C’est lutter contre ses reflèxes et ses systèmes mentaux. Et une fois qu’on s’est fait au nouveau paradigme alors seulement on peut comprendre comment y évoluer.

Quitte à être caricatural jouer au football et voir une règle changer…et bien c’est du changement. On adapte, par exemple, son jeu à la suppression de règle du hors jeu. Aller jouer au foot sur la lune ou en apesanteur c’est d’abord comprendre que toutes les règles de la physique sur lesquelles on a fondé la manière dont on jouait n’existent plus. Il faut d’abord appréhender l’apesanteur avant de se demander comment on va jouer.

Le changement, une question de performance

On peut donc voir le changement comme un enjeu de performance. S’adapter pour rester ou passer devant ses concurrents, tirer le mieux profit des nouvelles règles pour créer ou conserver un avantage compétitif. Donc logiquement la question des bénéfices ou du ROI est pertinente pour peu qu’on ne se mente pas sur les chiffres, les projections, les attentes.

Et la transformation c’est une question de quoi alors ?

Si le changement est une question de performance, alors à quoi correspond la transformation ?

C’est une question de survie. C’est simplement opérer le changement de paradigme, le changement de monde, qui va permettre, ensuite seulement, de se poser la question de savoir comment y être performant

Bon alors le ROI de la transformation c’est quoi ?

Au fil du temps j’ai fini par adopter une réponse simple pour tous ceux qui me demandaient ce qu’ils devaient attendre comme bénéfices de leur transformation. On parlait de digital mais cela s’applique à mon avis très bien à des choses plus sociétales.

« Rien. N’attendez aucun autre bénéfice de votre transformation que votre survie. Vous transformer ne vous rendra pas meilleurs ou plus performants que vos concurrents, cela vous donnera juste le droit de continuer à jouer contre eux. Au mieux vous passerez devant ceux qui ne changeront pas, mais avec tous ceux qui auront changé, vous vous retrouverez au même point. A vous ensuite de vous recréer un avantage compétitif dans ce nouveau paradigme ».

C’est bel et bien un mécanisme en deux temps : d’abord changer de paradigme et ensuite seulement comprendre les facteurs de performance qui lui sont propres. Penser performance en premier amène à appliquer à un monde nouveau un système de pensée adapté à l’ancien : le plus souvent il est obsolète et ne mène qu’à l’échec car tout est construit sur des hypothèses erronées et donc des logiques non pertinentes.

De la difficulté de se transformer

Vendre la transformation est encore plus compliqué que vendre le changement. Demander des effort avec, en contrepartie, le maintient du status quo voire une légère régression est tout sauf aisé. Peu de personnes sont prêtes à entendre des choses comme « ça va être dur mais soit heureux, à la fin tu n’auras rien gagné mais tu seras encore vivant ».

C’est la logique de toutes les transformations auxquelles nous devons faire face en tant qu professionnel, individus, citoyens ou humains. Et certainement la raison pour laquelle peu s’engagent vraiment et/ou on trouve les résultats décevants.

 

Crédit photo : une vérité qui dérange par rangizzz via Shutterstock