Pourquoi il faut parfois refuser de s’attaquer à un problème

Gérer les autres c’est bien mais avant toute chose commencer par se gérer soi-même c’est mieux. Certaines anecdotes vécues pendant le confinement on rappelé à mon souvenir un sujet de “self management” dont je voulais parler depuis un bout de temps : apprendre à ne pas s’entêter face à un problème, ne pas être concerné et littéralement parlant “apprendre à laisser tomber”.

Je pars du principe qu’il y a deux choses qui existent de manière vraiment limitées : le temps et l’attention à laquelle j’assimile la capacité à se concentrer sur un sujet à un moment donné. Tout le reste peut se perdre et se retrouver ou alors on peut y trouver un substitut.

Dans la vie et a fortiori au travail tout ne se passe jamais comme prévu et une foule de choses viennent se mettre entre nous et nos objectifs. En général on appelle ça des problèmes et on essaie de les résoudre pour avancer. D’ailleurs dans notre monde complexe et informationnel j’ai coutume de dire que le travail de la plupart des gens consiste à résoudre des problèmes. Cela justifie par ailleurs un grand changement d’approche par rapport au travail si on compare un à une époque passé ou pour la plupart des gens le travail consistait à faire des choses.

Par contre il y a une chose qui m’insupporte au possible dans de nombreux cas : voir des gens s’énerver contre un problème, pester, gesticuler, bouger dans tous les sens et, pire encore, en faire profiter tout le monde et stresser les autres.

Un avion annulé, un bus qui ne passe pas, un client qui fait faux bon, une catastrophe naturelle qui impacte le business…la liste est longue, voire infinie. Et en période de confinement elle s’est même allongée car “on ne peut pas sortir”, “le business est arrêté”, “j’ai du annuler mes vacances”, “on ne réouvre que les terrasses des restaurants alors qu’il pleut”….

Alors ça crie, ça peste, ça rumine, ça tourne comme un lion en cage, ça piaffe…et ça me tape sur les nerfs.

Pourquoi est-ce que cela me fatigue rapidement pour ne pas dire plus ? Parce qu’on parle de choses sur lesquelles nous n’avons absolument aucun pouvoir.

On connait tous la matrice d’Eisenhower qui nous demande de prioriser les choses en fonction de leur urgence et de leur importance et elle a fait ses preuves.

Alors vous me direz que ce dont on parle sont des choses qui sont à la fois importantes et urgentes et qu’elles méritent donc d’être traitées de manière prioritaires. Effectivement et c’est là qu’il manque quelque chose à la matrice ou en tout cas à son mode d’emploi qui est de savoir si on a un pouvoir sur les choses ou pas !

Alors bien sûr la notion de pouvoir peut être relative : parfois nous ne pouvons rien changer aux choses mais d’autres peuvent, alors il s’agit de savoir si on a accès à ces personnes et si on peut les convaincre d’agir dans notre sens. Mais dans beaucoup de cas personne n’y peut rien et c’est comme ça.

Cela s’applique aussi bien dans la vie privée qu’au travail. L’avion qui vous emmène en vacances a 4h de retards ? Vous pourrez gesticuler autant que vous voulez vous ne le ferez pas arriver plus tôt. Vos boutiques sont fermées à cause du confinement ? A moins que vous n’ayez les faveurs du président de la république (et même dans ce cas) c’est cause perdue. Le mauvais temps est mauvais pour votre business ? Certains ont essayé de contrôler la météo, ça n’a pas encore été couronné de succès.

De manière générale une phrase illustre bien la situation : klaxonner comme un forcené n’a jamais aidé à résorber un embouteillage.

En fait entre rentrer tête baissée dans un problème et laisser totalement tomber il y a un certain nombre d’étapes qui ont pour seul et unique but de faire en sorte qu’on ne consacre son énergie qu’à des choses sur lesquelles on peut avoir un impact. S’attaquer à des causes perdues d’avance c’est comme le présentéisme ou encore l’art de faire croire qu’on est toujours super occupés alors qu’on ne fait rien d’utile (busyness vs business…..) : ça amuse la galerie un temps, ça trompe un manager, ça donne une image de gros bosseur mais à la fin ça ne produit rien et pire, ça peut même être contreproductif.

Votre problème n’est pas votre problème

Quand on a un problème qui nous empêche d’atteindre un objectif, un résultat, on ne regarde que lui et on oublie l’essentiel : l’objectif de départ. Le problème devient l’objectif et on oublie tout le reste. Si on a aucune prise sur lui les choses sont mal engagées.

La première chose à faire est donc de se désintéresser du problème pour en revenir à l’objectif et voir si on peut l’atteindre par un autre moyen.

Exemples :

  • Mon avion est annulé je prends le train. Le but n’est pas de prendre l’avion mais d’arriver sur place.
  • Je ne pourrai arriver à temps à la réunion, j’y participe par téléphone. Le but n’est pas d’arriver sur place mais de parler aux gens.
  • Mes boutiques sont fermées pour cause de confinement je me lance dans le e-commerce. Le but n’est pas d’ouvrir des boutiques mais de vendre !
  • Mon fournisseur n’est plus en mesure de fournir les quantités demandées. Et bien regardons la concurrence ! Le but n’est pas de faire travailler ce fournisseur mais d’avoir les produits.

Plus on reformule vite le vrai problème moins on y passe de temps, moins on gaspille d’énergie et d’influx nerveux, plus vite on passe à autre chose. D’ailleurs passer d’un problème insoluble à des options réalistes fait de suite retomber la tension.

L’idée ici est de remettre l’église au centre du village et de revenir à l’objectif premier sans se laisser distraire par un objectif secondaire (régler le problème) qui n’est qu’une fabrication de notre esprit.

Un objectif en vaut bien un autre

Autre approche, changer d’objectif si malgré tout il n’y a pas de plan B. Cela revient à substituer un résultat à un autre en y perdant le moins possible au change. Ou dit d’une autre manière, à défaut d’avoir ce qu’on aime il faut apprendre à aimer ce qu’on a.

Exemples

  • Impossible d’aller en vacances en Italie pour raisons sanitaires, tant pis j’irai en Grèce
  • Mon fournisseur ne peut me livrer les 10 000 pièces attendues. 7 000 c’est mieux que rien, faute de mieux.
  • Je décide de me lancer dans le e-commerce dans l’urgence mais un projet digne de ce nom prend au moins 6 mois et les soldes sont dans un mois. Et bien lançons quelque chose de mois ambitieux, un peu plus “quick and dirty” mais qui fonctionnera dans un mois. Pour quelque chose de plus élaboré on verra plus tard.

L’idée ici est de garder en tête que selon l’expression consacrée “1 est toujours supérieur à 0” et que faute de mieux mieux vaut changer voire abaisser l’ambition que ne rien faire du tout.

Prendre un coup d’avance en assumant que ça va mal se passer

Il n’y a pas d’autres moyens d’atteindre l’objectif et on ne peut pas lui substituer un objectif qui produirait un résultat équivalent ou acceptable. La cause est telle perdue ? Pas toujours.

Le pire va arriver et il aura des conséquences. Soit. Et bien laissez tomber la résolution du problème, le pire arrivera de toute manière et pensez déjà à anticiper et gérer les conséquences. Cela vous permettra parfois de prendre de l’avance sur vos concurrents qui sont confrontés au même problème mais continuent à s’échiner en vain dessus, ou d’apporter une bonne nouvelle à vos clients qui s’attendent à ce que vous n’y arriviez pas et qui plutôt qu’une mauvaise nouvelle vont vous voir arriver avec un dispositif proactif

L’objectif en vaut il la peine ?

Et j’aurais même du commencer par là. D’accord un problème m’empêche d’atteindre mon objectif mais est-ce si important ? Est-ce un objectif majeur ? Un retard est il rédhibitoire ? Est-ce que le bénéfice de régler ce problème par rapport au temps et à l’énergie que cela va me prendre n’est pas dérisoire par rapport à mettre le sujet de côté et m’occuper d’autre chose de plus important ?

Savoir bien utiliser son temps est important mais il faut y associer la gestion du carburant que sont notre attention et notre énergie ce qui signifie encore une fois arbitrer et faire des choix. Cela veut également dire savoir reconnaitre son impuissance, admettre que le plan initial ne va pas fonctionner, ce que d’aucuns voient comme un signe de faiblesse ou d’incompétence alors que c’est une qualité quand on agit sous stress car il faut se concentrer sur les options vraiment opérationnelles.

Rien se sert de s’agiter pour montrer aux autres et à soi-même qu’on fait quelque chose même si ça ne sert à rien. Ce qui faut c’est faire des choses utiles, qui ont un impact. Et si on ne peut avoir d’impact autant ne rien faire.

A titre personnel devant l’imprévu j’évite de partir bille en tête et devant ce qui ressemble à un mur que je sais ne pas avoir les moyens de franchir ou briser :

  • Je me demande si passer de l’autre côté est si important
  • J’essaie ensuite de faire le tour
  • Je me demande si je ne peux pas remplacer ce que je devais trouver de l’autre côté par autre chose.

Et faute d’option viable je passe à autre chose car il y a pire que de ne pas résoudre un problème sur lequel on n’a aucun pouvoir, c‘est de passer assez de temps dans le déni pour ne pas s’occuper à la place de choses sur lesquelles on un pouvoir et ainsi de créer soi-même d’autres problèmes en cascade.

Et en tout état de cause cela me permet de garder la tête froide, rester zen et ne pas diffuser de stress inutile autour de moi. Et surtout de garder mon attention, mon temps, mon énergie pour des choses que je peux changer et pas tel Don Quichotte pour aller me battre contre des moulins à vent.

Photo : Pas mon problème de rogistok via Shutterstock

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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