Le monde d’après n’existe pas

Cela fait plus d’un an qu’on ne cesse de parler du « monde d’après ». D’après quoi ? Apparemment d’après la pandémie. Et comme on commence à voir le bout de celle-ci, même laborieusement, il est temps de tirer un trait sur cette expression qui a vraiment le don de m’irriter.

Le monde d’après existe…dans nos rêves

On a tous des rêves et des idéaux. Certains y croient, pensent qu’ils se réaliseront, même difficilement, et parfois même qu’ils peuvent y contribuer. D’autres se disent que rêver entretient l’espoir et que ça fait du bien.

Le monde d’après c’est une manière facile de projeter ses rêves. Une manière d’inventer un monde où seraient possible des choses qui ne le sont pas dans le monde aujourd’hui. On sait, sauf pour quelques idéalistes, que ça n’arrivera jamais mais, encore une fois, rêver ne fait jamais de mal.

Ca c’est en temps normaux. Car il arrive que même les plus rationnels finissent par croire que l’impossible peut quand même se produire. Par exemple en cas de crise.

Par définition la crise était imprévisible, elle ne pouvait pas arriver diront certains, et pourtant elle s’est produite. Donc pourquoi d’autres choses impossibles ne se produiraient pas également ? Et si on ne profite pas du moment où tout est cassé pour reconstruire autrement on ne risque pas de le faire à d’autres moments.

Oui mais voilà…

A la fin tout finit par retomber

Il y a des choses qui ne changent pas. A un moment donné tout peut se retrouver projeté en l’air, si on prend une photo à ce moment on aura l’impression que tout est comme en lévitation mais à la fin tout finit par retomber. Ca s’appelle la loi de la gravité et personne n’y changera rien.

Alors oui les choses retombent, parfois cassées, parfois à des endroits différents mais elles retombent.

Il y a un an les géants de la tech ont par leur annonces laissé entendre que le télétravail sans limites allait devenir la norme. Ils ont été les premiers à rappeler les salariés au bureau.

Le « Quoi qu’il en coute » pour soutenir l’économie ? Indispensable. Mais il faudra bien le rembourser.

Une entreprise plus humaine ? Les dirigeants ne comptent pas du tout sur les RH pour construire la soit disant entreprise de demain. Merci quand même d’avoir joué les pompiers pendant la crise.

La fin du transport aérien ? La mise au rencard de certains très gros porteurs va mécaniquement augmenter les fréquences de vol lors de la reprise. Et Airbus fabriquera plus d’avions en 2023 qu’en 2019 ! Et quant à la fin des voyages d’affaires la prédiction selon laquelle ils reprendront dès qu’une entreprise aura perdu un client ou un prospect faute de s’être déplacée pour le rencontrer en face à face est déjà en train de se réaliser.

Relocaliser ? Toute production peut être relocalisée. Par contre certains biens ne trouverons jamais de débouchés s’ils sont produits à des coûts « occidentaux ».

La pandémie nous a appris les limites d’un monde qui voulait aller trop vite ? C’est d’aller encore plus vite pour s’adapter qui a permis aux entreprises, aux pays, aux gens, de lutter contre elle.

Comme la gravité il y a des lois auxquelles on ne peut se soustraire. La nature humaine et dans une large mesure les fondamentaux de l’économie en font partie.

Alors oui les choses seront différentes demain de ce qu’elles étaient il y a deux ans mais elles ne pourront jamais s’affranchir de certaines règles. Comme lorsqu’il y a des turbulences en avion : le contenu de votre verre peut retomber dans le verre en question, sur votre plateau, sur vos genoux ou ceux de votre voisin mais il retombera.

Demain est toujours différent

Le monde sera différent mais est-ce une nouveauté ? Que la crise ait joué un rôle d’accélérateur de certaines dynamiques est indéniable quoique, on l’a vu pour le télétravail, rien ne dit qu’après avoir fait de grands pas en avant on n’en fasse pas beaucoup de petits en arrière.

A chaque seconde qui passe le monde est différent. A chaque seconde nous même sommes différents. C’est tellement imperceptible qu’on ne s’en rend pas compte. On ne voit rien changer mais les secondes s’accumulent, deviennent des minutes, des heures, des jours, des années et un jour et on doit bien reconnaitre que physiquement, intellectuellement, morallement, nous ne sommes pas les mêmes qu’il y a 10 ans et que le monde a changé en 10 ans. Crise ou pas.

Rien ne m’énerve plus que d’entendre « rien ne sera plus jamais comme avant » : non seulement parce que c’est un peu comme espérer que les rêves deviennent réalité comme par magie mais surtout parce qu’à un moment donné rien n’est jamais comme avant. Entre le début et la fin de l’écriture de cet article des gens sont nés, d’autre nous ont quitté, quelque part quelqu’un a peut être fait une invention qui changera le monde ou créé une entreprise, un lycéen a arbitré entre deux filières d’études et peut être que ce choix fera qu’il aura ou pas un impact sur nos vies demain. Tout cela s’est passé sans qu’on s’en rende compte.

Dire que rien ne sera jamais comme avant c’est soit croire au Père Noël soit énoncer une évidence. Dans les deux cas c’est sans grand intérêt.

Le monde d’après c’est tout de suite

Mais pour en revenir au monde d’après il est illusoire de s’imaginer qu’à un certain horizon les choses vont changer d’un coup comme par magie. Il n’est que la résultante de ce qu’on vit, décide et fait seconde après seconde. Ca n’est pas quelque chose qui émergera un jour, c’est ce qu’on fait à chaque seconde et chaque minute. Il n’y a pas de monde d’après, il n’y a que des choses qu’on décide de faire maintenant.

Et puis pour finir, preuve qu’il ne s’agit que d’un rêve, il est inconcevable d’imaginer un monde d’après qui ne serait pas meilleur que celui d’avant. En est-on sûrs ? Beaucoup le voyaient plus lent, plus humain, plus… mais tout porte à croire que le monde et l’entreprise de l’après pandémie seront encore plus rapides, compétitifs, exigeants, flexibles. Car c’est ce qu’ils ont appris à être pour lui survivre. Mais déjà est on tous d’accords sur ce que « meilleur » ou « mieux » signifient ? Je suis loin de le penser.

Mais c’est vrai, rêver fait toujours du bien à défaut de faire avancer les choses.

Image : déception de Krakenimages.com via shutterstock

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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