Le syndrome de Stockholm digital

« Promis demain j’arrête » ! Arrêter quoi ? Au choix : Whatsapp, Facebook, Twitter, Instagram et même parfois Linkedin. Qui ne l’a jamais entendu de la part de proches voire dit soi-même. Et à la fin ? Rarement suivi d’effet.

Il y a une foule de raisons rationnelles ou non de quitter les grands réseaux sociaux et des années que les oracles nous annoncent que leur courbe d’adoption deviendra un jour ou l’autre une courbe de désaffection. Et pourtant, alors qu’un clic suffit pour s’échapper, on prend un malin plaisir à rester avec des ravisseurs numériques qu’on se plait à critiquer par ailleurs.

De plus en plus de raisons de fuir les grandes plateformes

Les critiques faites à Facebook et consorts sont nombreuses, parfois légitimes, parfois dues nos propres usages.

1°) Un mépris évident des données personnelles des utilisateurs

2°) Des conditions d’utilisation pas vraiment équitables.

3°) Un rapport signal/bruit qui ne cesse de se dégrader (de moins en moins de contenus de qualité, intéressants)

4°) Des comportements de plus en plus agressifs et intolérants

5°) Des comportements de plus en plus inappropriés (approches commerciales sur linkedin)

6°) Une éthique globale plus que questionnable

7°) Ajoutez vos propres motifs…

Beaucoup de fausses excuses

Ceci dit si l’éthique et les pratiques de certaines plateformes de quoi donner la nausée, il y a une excellente manière de filtrer les contenus et personnes indésirables :

1°) Adapter ce qu’on dit au réseau, à son ADN, à l’audience qui s’y trouve

2°) Bien régler la « privacy » de son compte et de ses contenus

3°) Exclure / bloquer les personnes qui posent problème

Cela ne tient qu’à nous de le faire ou non. La plateforme n’est qu’un intermédiaire, aux gens d’assumer ce qu’ils disent et surveiller qui ils fréquentent. Et il faut bien garder en tête que, selon l’expression consacrée, si c’est gratuit c’est que le produit c’est vous.

Après il reste les questions liées aux données et à l’éthique en général qui justifient à elles seules de claquer la porte de certains réseaux sociaux.

Mais, encore une fois, si certains le font cela reste minoritaire, comme une goutte d’eau dans l’océan.

Le syndrome de Stockholm digital

Alors qu’on est tous à un clic de dire définitivement au revoir à Facebook, Twitter ou autres, qu’est ce qui nous retient de le faire malgré nos bonnes intentions ?

Il n’y a aucun motif obligatoire qui nous oblige à rester. Je veux dire aucune close de sortie qui nous oblige à rester membre x années ou à ne partir qu’à une certaine date après avoir informé de notre volonté un certains temps avant.

Il y a par contre ce que j’appelle des motifs utilitaires. Par exemple pour gérer une page Facebook il faut avoir un compte personnel. Bien sûr personne ne vous oblige à vous en servir mais…

Quitter Linkedin alors qu’on cherche un job ? Moyen.

Mais qu’est-ce qui retient tout le monde alors ? Je disais à une époque que les gens n’étaient pas addict aux réseaux sociaux mais…aux gens. Et mon opinion n’a pas changé même si toute forme d’angélisme qu’on pouvait avoir il y a 15 ans à totalement disparu.

Pour beaucoup de gens :

1°) Quitter Facebook c’est perdre le contact avec les autres car il on a pris l’habitude de partager ce qu’on veut que les autres sachent, l’habitude de se tenir informés individuellement a disparu..

2°) Il y a des gens avec qui on tchatte sur Linkedin ou messenger…sans avoir leur numéro pour les contacter directement si besoin

3°) Il y a le fameux « Fear of Missing Out »

4°) Mais il y également la peur de disparaitre du radar des autres.

Au delà des outils les réseaux sociaux ce sont des gens. Quitter les outils sans avoir un autre endroit où retrouver les gens fait peur. On en a eu un très bon exemple avec Whatsapp et l’évolution controversée de ses conditions d’utilisation. Tout le monde (ou presque) s’est créé un compte sur Signal, et ensuite. L’essai n’a pas été transformé car le centre de gravité des échanges est resté sur whatsapp. Si plusieurs millions d’utilisateurs très connectés avaient dit « c’est fini je bouge » peut être que quelque chose se serait passé. Mais tout le monde a voulu garder un pied dans Whatsapp au cas où…et finalement rien n’a changé.

C’est pour cela que je ne crois pas à un abandon massif qui ferait, par exemple, de Facebook un nouvel MySpace. Cela nécessiterait

1°) Une plateforme de destination comparable

2°) Une décision massive et coordonnée des utilisateurs les plus connectés qui forceront de facto leurs contacts à les suivre.

Pour tuer un MySpace ou un Friendster il a fallu faire bouger quelques millions d’utilisateurs au plus. Pour Facebook il en faudrait peut être un milliard. Plus compliqué.

Au final lorsque deux personnes se parlent et se demandent l’une l’autre « pourquoi tu y es encore »…la réponse la plus honnête serait… »parce que tu y es encore ». Dans cette histoire le preneur d’otage n’est ni Facebook ni un autre : ce sont nos amis et contacts.

A moins qu’on se rende compte que dans nos 450 amis seuls 10 comptent et que ceux là c’est facile de rester autrement en contact avec eux ?

Image : Syndrome de Stockholm de GoodIdeas via Shutterstock

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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