Le difficile art des prédictions business

Le monde du business raffole des prédictions. Futur du travail, futur des RH, tendances marketing de l’année, les technologies émergentes à surveiller…On croule sur les prédictions en tout genre et on en raffole. La question que je me pose souvent à leur lecture est « que puis-je tirer de tout cela ? »

Des prédictions ? Pour qui ? Pour quoi ?

Commençons par le commencement : pourquoi certains sont ils fans de ce type de publication et d’autres aiment les écrire voire y excellent.

Les prédictions :

  • Donnent l’esquisse d’une vision et d’idées à ceux qui n’en n’ont pas.
  • Aident ceux qui ont une vision et des idées à les benchmarker, les compléter.
  • Poussent à réfléchir plus loin que ses propres certitudes et c’est déjà bien.

Pour leur auteur elles servent à :

  • A partager des convictions
  • A établir leur réputation
  • A challenger leurs idées avec les retours des lecteurs
  • A vendre autre chose grâce à ce produit d’appel.

Suivant les personnes le but recherché varie, ainsi que la méthode utilisée pour établir ces prédictions et, par conséquent, la valeur qu’on va y trouver.

Qu’attendre de prédictions ?

« La prédiction est un art difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir« . De Groucho Marx à Pierre Dac on ne sait à qui attribuer cette citations avec certitude mais elle est on ne peut plus juste.

« Nous avons confiance en Dieu, tous les autres doivent fournir des données«  disait Deming. Cela tombe bien nous sommes das l’ère de la data mais ici les données sont d’une aide limitée. On parle en effet de choses peu quantifiables. Oui il a des tendances chiffrées, elles sont connues, mais ça n’est pas ce qu’on attend de ce type d’exercice. On attend de prédictions business une analyse de ces tendances, savoir si elles vont s’accélérer ou au contraire s’essouffler. On en attend des choses qui vont à l’encontre des évidences ou de la croyance populaire. On en attend des choses indétectables.

Comprendre ce qui va changer dans un métier ou un domaine précis demande donc plus que le la donnée mais également l’interprétation de facteurs externes aussi variés que non quantifiables.

« il y a le connu connu, c’est à dire les choses que nous savons que nous savons ; nous savons aussi qu’il y a l’inconnu connu, c’est à dire les choses que nous savons que nous ne savons pas ; mais il y a aussi l’inconnu inconnu — les choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas. » disait Donald Rumsfeld et de bonnes prédictions sont celles qui font mouche sur l’inconnu connu et surtout l’inconnu inconnu.

Autant dire que l’art de la prédiction laisse la part belle à l’interprétation personnelle donc n’est jamais exempte de biais, ce qui est un début de réponse à la question « que faut il en retenir ? ».

Convictions ou prédictions ?

Je disais plus haut que des prédictions pouvaient servir à asseoir et partager des convictions. Lorsqu’on se livre à l’exercice la frontière entre le « qu’est ce qui va se passer ?  » et « qu’est ce que j’aimerais voir se passer ?  » est très fine. Nos propres désirs, nos rêves, nos envies sont un biais réel.

L’expert qui partage sa vision du futur d’un sujet a forcément un parti-pris, des convictions et elles influent largement sur ce qu’il va écrire, ce qui me fait dire qu’un expert ou un leader d’opinion sur un sujet est loin d’être le prospectiviste le plus fiable (et je m’inclue dedans), justement parce qu’on a des opinions. Un bon prospectiviste est souvent moins engagé, a plus de recul et s’appuie davantage sur une méthodologie que sur ses convictions ou son instinct.

Dis moi qui écrit ou sponsorise je te dirais ce qu’il prédit

Et puis il en est des prédictions comme de la plupart des études publiées à longueur d’années : lorsqu’elles sont écrités, co-écrites ou sponsorisées par un acteur du marché on sait ce qu’on va y trouver avant même de les lire.

On se sera pas surpris que les prédictions sur le futur du travail publiées ou sponsorisées par un acteur du co-working nous annonce l’explosion du travail hybride et des tiers lieux ou la montée en puissance du freelancing s’il s’agit d’une plateforme d’intermédiation entre les entreprises et les freelances. S’il s’agit d’un éditeur de logiciel, ses prédictions sur un domaine donné seront bien entendu en ligne avec ses choix et partis pris dans la roadmap de ses produits.

Un peu de méthode

Alors comment débiaiser cet exercice lorsqu’on est pas un professionnel de la prospective ? C’est la question que je me posais avant d’écrire une série d’articles sur un sujet donné dans lequel je comptais bien sûr partager quelques convictions mais sans me laisser aveugler par elles ni oublier en route des éléments que je pourrais ne pas voir ou ne pas avoir envie de voir.

J’en suis arrivé à une méthode assez simple mais qui me semble à la fois exhaustive et objective. En tout cas suffisant pour un non-professionnel de la prospective.

1°) Prendre un sujet.

2°) Identifier 5 ou 5 « forces extérieures » qui ont un impact sur lui (ex: la technologie, l’évolution sociétale, la protection des données…).

3°) Découper le sujet en une dizaine de sous sujets.

4°) Pour chaque sous sujet regarder l’impact de chacune de ces forces, voire élaborer plusieurs scénarios et estimer la probabilité de chacun.

5°) Faire la synthèse.

Plus compliqué et peut être moins agréable à écrire qu’en partant juste sur sa propre inspiration et ses convictions mais certainement plus « solide » et objectif.

Et vous d’ailleurs lorsque vous lisez un article sur des tendances vous en attendez quoi ? Etes vous vigilants sur les biais possibles ou les intentions de l’auteur ou pas ?

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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