Désolé pour l’absence…mais je ne voulais pas confier mon audience à n’importe qui

Ca n’est pas parce qu’on a pas le temps ou l’envie d’écrire qu’on peut se moquer éperdument de son audience en lui donnant n’importe quoi à lire à la place.

« Dis donc, ça fait longtemps que tu n’as rien écris, ça manque« . Combien de fois ai-je pu entendre cette remarque de la part d’amis ou de relations ces derniers temps et la raison est assez simple ?

Social fatigue et bullshit fatigue

Une première raison aussi simple qu’évidente est que ces deux dernières années j’ai été suffisamment occupé par mon travail pour ne pas avoir envie d’en remettre une couche pendant mon temps libre. Mais pas seulement…j’ai travaillé sur des sujets passionnants auxquels je ne pensais pas un jour être confrontés mais si c’était passionnant à faire je ne peux pas dire que c’était très passionnant à raconter.

Bien sur j’en ressors des expériences qui une fois mise en perspective alimenteront ce que j’écris ici mais il faudra, avant, prendre le temps du recul et de la mise en perspective.

Mais ça n’est pas tout.

Sans vouloir jouer les anciens combattants je n’aime plus trop le web qu’on nous offre.

Facebook… reste Facebook et à la limite c’est la plateforme qui me déçoit le moins car je n’en ai jamais rien attendu.

Twitter (heu…X) est devenu un espace de non droit et quand je repense à l’époque où c’était une source d’information et de d’échanges première qualité je me dis que le temps a vraiment passé depuis.

Quant à Linkedin, dont j’avais déjà pointé les errements il y a un certain temps, ça ne s’améliore pas. Entre ceux qui s’y comportent comme sur Facebook, tous ceux qui ont quelque chose à vendre et le font de la pire des manières qui soit et ceux qui tombent dans un discours nombriliste où il se mettent en avant en racontant comment toutes les épreuves qu’ils ont traversé en ont fait des personnes formidables (donc dont il faut acheter les produits et les services), c’est devenu puant. Là encore elle est bien loin l’époque où les gens y brillaient par leur capacité à nourrir la réflexion des autres plus que une l’autopromotion permanente et nombriliste mal ficelée agrémentée d’émojis qui transforment leurs posts en une guirlande de Noël qui me donne surtout l’impression d’une personnalité puérile.

D’ailleurs un jour j’écrirai plus longuement sur le sujet Linkedin, mais ça n’est pas mon propos ici.

Et puis il y a mon blog, un endroit dont j’ai le plein contrôle. Je ne remercierai jamais assez l’amie Michelle Blanc qui, il y a 20 ans déjà, ne cessait de répéter que malgré la prolifération des plateformes et des réseaux nous devions garder nos contenus (même si je n’aime pas ce terme) chez nous, dans un espace que nous contrôlons.

Mais voilà, comme je vous l’ai dit, il y a eu une période où je n’avais ni le temps ni l’envie d’écrire (ou plutôt je préférais écrire ailleurs sur d’autres sujets, comme une sorte de bouffée d’Air Frais).

L’IA comme remède au manque d’envie et à la paresse

Ce qu’il y a de bien quand on est entouré de gens bien intentionnés c’est qu’ils ont toujours une solution à vos problèmes (ce que je préfère à ceux qui trouvent des problèmes à chaque solution).

Donc la solution a été vite trouvé : l’IA !

« Tu trouves un sujet, Chat GPT va écrire l’article, et comme ça tu continues à occuper le terrain en publiant même si tu es occupé à autre chose« .

Non mais vous êtes sérieux ? Vous m’avez bien vu ?

Attention : ça n’est pas une diatribe anti-IA. Je suis conscient ce sa valeur, de ce qu’elle nous apporte aujourd’hui et de ce qu’elle peut nous apporter demain. Mais je suis également conscient de certaines de ses limites (en tout cas actuelles) et j’ai un minimum d’éthique par rapport à la relation de confiance qui doit exister entre un lecteur et l’auteur de ce qu’il lit, notamment en cette époque où entre fake news et contenus « putaclics » le web, initialement conçu comme un outil d’intelligence collective, devient la décharge à ciel ouvert où se déverse une sorte de médiocrité collective.

Une IA ne pense pas, elle apprend

Le raisonnement est assez simple. Une IA peut elle écrire un article didactique sur un sujet ? Bien sur que oui, vu qu’elle se nourrit de ce qu’on a bien voulu lui donner à apprendre. Donc elle le peut pourvu qu’on lui ait donné des sources de qualité.

Mais les choses se compliquent dès lors qu’on ne se contente pas d’expliquer mais qu’on veut apporter un angle de réflexion et donner un point de vue.

Une IA peut elle déduire de ce que j’ai écrit par le passé sur certains sujets ce que j’écrirai un jour sur d’autres et ce que j’en penserai ? Permettez moi d’en douter. Là on rentre dans quelque chose qui relève sinon de l’intime en tout cas du personnel.

Parfois lorsque je m’attaque à un sujet je ne sais pas moi même où me mènera ma réflexion une fois que je l’aurai regardé sous tous les angles et j’ai du mal de penser qu’une IA le sache avant moi.

Alors oui, une IA peut occuper l’espace à ma place. Raison pour laquelle je déteste la notion de contenu à la quelle je préfère celles d’information ou de réflexion.

Un contenu se définit, en effet, par rapport à un contenant. Or avec le web, comparé aux anciens modes de transmission de l’information, le contenant est infini donc le remplir suppose de la quantité qui remplace peu à la qualité, transforme les producteurs d’information en producteurs de contenus, en Sisyphe du remplissage du web.

Par contre une IA peut elle réfléchir à ma place de la même manière que je le ferais ? Non. Elle peut remplir l’espace, pas contribuer à faire avancer une réflexion.

Les humains parlent aux humains

Autre argument pro IA : « Ca va te générer des textes super, super pour le référencement« .

Ah oui c’est vrai…

J’ai toujours regardé avec un oeil bizarre cette injonction d’apprendre à « écrire pour le web ». Bien sur il y a des choses à savoir pour adopter son format aux attentes des l’audience qui n’est pas la même que sur un magasine papier par exemple, mais il ne m’a jamais semblé que les gens qui écrivaient des billets extrêmement longs étaient moins intéressants et y gagnaient moins de reconnaissance que les autres.

Tout au plus ils permettaient à d’autres de briller, ceux qui font l’exégèse de leurs articles pour rendre leur réflexion digeste par d’autres.

Mais écrire pour le Web c’est aussi penser à son référencement, donc aux robots qui vont vous lire et décider de la manière dont votre prose apparaitra dans les moteurs de recherche.

Mais n’appelions nous pas cette évolution du web le « web social » ? Un internet qui rapproche et connecte les gens sur la base de ce que chacun laisse à connaitre de lui donc de ce qu’il pense ? Un internet fondé sur la confiance ?

Donc pour rapprocher les humains, demandons leur d’écrire pour des robots. Pour créer la confiance demandons leur de normaliser leurs écrits, de rentrer dans un moule, de tous se ressembler sur la forme voire le fonds.

Le résultat du mélange de tout cela on le connait tous : des titres accrocheurs qui n’apprennent rien et amènent sur des contenus écrits pour être référencé et sans autre ambition que de générer des vues et des clics, pas d’informer leur lecteur car il n’y a aucune information, des articles qui arrivent à ne rien dire car ils ne brassent que du vent. Et bien sûr un style d’écriture que l’on reconnait partout…vous devinez pourquoi facilement.

Je sais que par le passé ça a été un sujet de discussion parfois animé mais, quitte à payer un certain prix en termes d’audience et de référencement, j’ai toujours écrit ce que voulais écrire, de la manière dont je voulais l’écrire, pour des humains qui avaient envie de le lire. Pas pour des robots qui le parcouraient pour le référencer.

Bref, j’aurais pu confier mon audience à une IA, j’ai préféré prendre le risque de la perdre plutôt que m’engager dans une ligne qui, pour moi, relève du manque de respect.

Le collectif Humansubstance

Si l’IA ne m’a pas convaincu de maintenir ce blog artificiellement en vie durant ce break, elle a été l’étincelle qui m’a fait y revenir plus vite que prévu.

La réflexion était en cours, il me manquait une étincelle et c’est grâce à l’IA qu’elle est donc arrivée. Grâce et non par : elle a été le sujet qui a amené certaines personnes à prendre conscience du sujet et c’est un humain qui m’a réveillé.

En l’occurence un de mes « compagnons de blogging » de la première heure en la personne d’Hervé Kabla.

« Dis, ca te dirait de rejoindre l’initiative 100% humain lancée par Yann (Gourvenec) et David Fayon ?« 

De quoi s’agit il ? Le collectif Humansubstance regroupe des personnes, blogueurs, qui s’engagent dans une production de contenus rédigés par des humains, pour des humains, et adhèrent à une charte :

« Cette charte n’est pas un réquisitoire contre l’Intelligence Artificielle, dont certains des membres de ce collectif ont été ou sont encore des acteurs, mais un guide de bonne conduite en vue d’une utilisation raisonnée de ces outils. Les adhérents de la charte s’engagent à apposer le logo du collectif sur leurs sites ou blogs respectifs et à en respecter les articles suivants.Suite à certaines remarques qui nous ont été faites, précisons aussi que cette charte ne signifie pas non plus que les humains sont toujours “intelligents”, un terme qu’il conviendrait de définir, ce qui est plus difficile qu’il paraît, ni qu’ils sont supérieurs aux autres espèces, mais qu’ils doivent maîtriser les machines qu’ils créent ou qu’ils utilisent et qu’ils évitent tout anthropomorphisme à leur égard, ce qui est une porte ouverte vers la perte de la raison. »

Elle commence par un manifeste :

Les outils d’IA génératives ont des limites
  • Ce ne sont que des programmes : Les outils d’IA ne sont pas des personnes, on ne peut dire “lui/elle” en parlant de ces outils ;
  • Le corpus de départ : Ces outils exploitent de multiples données (textes, images, contenus scrappés) et bases de données traitées par des méthodes statistiques ;
  • L’absence de réflexion : Ces programmes fonctionnent en associant les mots selon des règles probabilistes. Il n’y a aucun raisonnement logique sous-jacent aux résultats fournis par ces outils. Les IA génératives produisent des textes automatiques, des sortes de cadavres exquis, sans suite réfléchie, en se basant sur des probabilités. Ces contenus n’ont que l’apparence d’un fond ;
  • L’absence de sensibilité et d’émotionspropres aux humains
  • L’absence d’éthique : certains de ces outils ne respectent pas l’éthique, ont fait appel à des apprentissages dans des pays où on pratique l’esclavage moderne*, ne respectent pas les droits en vigueur. Quand ils respectent une éthique, celle-ci n’est ni transparente ni explicite.

Les membres de ce collectif 

  • sont responsables de leurs choix, de leurs réflexions et de leurs écrits.

Les outils d’IA ne sont responsables

  • de rien, les éditeurs de contenu sont responsables de tout.

S’en suit la charte.

La charte pour des contenus 100% humains

Nos contenus sont créés pour des humains

  • non pour des machines
  • ils ne sont pas pensés au premier chef pour faire plaisir aux moteurs de recherche (SEO)
  • nous distinguons les textes des images. Cette charte s’applique essentiellement aux contenus textuels (articles de blogs, sites, livres blancs, newsletters…)

Les articles de nos sites sont écrits par des intelligences 100 % humaines

  • clairement identifiés par leurs biographies

Lorsque nous utilisons les outils d’IA générative pour produire des images

  • nous l’indiquons en toute transparence

Toutes les informations que nous produisons sont vérifiées

  • croisées, contrôlées, référencées, sourcées.

Cette charte ne doit absolument rien à ChatGPT sinon son inspiration à faire tout le contraire.

Vous retrouverez également la liste de tous les auteurs ayant adhéré à la charte. Si vous cherchez une liste de sites où vous trouverez des pensées fraiches et originales c’est un bon point de départ.

Et vous pouvez bien sûr nous rejoindre !

Quand c’est fait maison c’est bon

Ceux qui mangent avec moi savent que lorsqu’il s’agit de choisir un restaurant je suis intransigeant sur le label « fait maison » qui est très restrictif en France. Si c’est pour manger des plats en boites réchauffés je préfère cuisiner chez moi car je ne vois pas la valeur du cuisinier et je trouve qu’en procédant ainsi il manque de respect à ses clients.

C’est pareil pour la nourriture supposée nourrir mes pensées et mes réflexions : je préférerai toujours lire un humain, même imparfait, que de me nourrir d’information en boite.

Je ne sais pas si ce collectif deviendra à l’écriture et la publication sur le web ce que les Maitres Restaurateurs sont, en France, au fait maison mais on va essayer à notre échelle à contribuer à un web de qualité, écrit par des humains pour des humains. Des gens qui respectent leurs lecteurs.

Et après un break salutaire ce blog redémarre donc. Merci Hervé pour l’étincelle.

En attendant j’espère que vous m’excuserez pour cette absence, je ne voulais pas vous confier à n’importe qui ou n’importe quoi.

Image : robot écrivain de kung_tom via Shuttertsock

Bertrand DUPERRIN
Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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