Coach de football américain parachuté à la tête d’un club de football anglais, sans rien connaître au ballon rond, Ted Lasso est une anomalie managériale devenue une sorte de modèle. Son approche est naïve en apparence mais s’avère en fait profondément humaine et efficace. Il bouscule les normes en manageant par le sens, la confiance et l’attention portée aux autres. En temps de doute, il ne cherche pas à tout maîtriser, mais à créer les conditions pour que les autres s’élèvent et réussissent.
Mais avant toute chose je voudrais rendre à César ce qui appartient à César. Il m’arrive d’avoir d’excellentes idées d’articles mais j’ai totalement volée celle-ci à mon ami Alexandre Pachulski. On s’était croisé lors d’un événement autour du rôle du manager (Manager est-il encore un métier ?) et il m’avait parlé de Ted Lasso à ce moment. En tant que fan de séries je dois avouer que j’avais fait totalement l’impasse sur celle-ci : un peu trop niais et positif à mon goût pour ce que j’en avais vu. Mais il m’a convaincu de m’y mettre et après avoir regardé les 3 saisons (la 4e est en cours de préparation) j’y ai trouve, comme Alexandre (Amis managers, jouez-la comme Ted Lasso !), une source d’inspiration que je ne pouvais pas ne pas exploiter.
Moi : « Ted, vous avez pris la tête d’une équipe de football sans connaître le sport. Comment manage-t-on quand on n’est pas du tout expert du métier ? »
Ted Lasso. Ah ça… J’étais aussi perdu qu’un cowboy dans une rame de métro. J’ai débarqué en Angleterre avec mes baskets, mon accent et zéro idée de ce qu’était un hors-jeu. Mais j’avais quelque chose d’autre : la conviction que les gens ne donnent le meilleur d’eux-mêmes que quand on croit en eux. Alors, j’ai passé moins de temps à apprendre les règles qu’à apprendre à connaître les gars. Je les ai écoutés, observés, soutenus. Et surtout, j’ai arrêté de faire semblant de tout comprendre. Les joueurs ont vu que je n’étais pas là pour leur faire la leçon mais pour leur permettre de briller.
Y’a un moment qui m’a marqué : Jamie Tartt, notre attaquant vedette, hyper talentueux mais individualiste. Si j’avais essayé de lui donner des conseils techniques, il m’aurait ri au nez. Mais en le responsabilisant, en l’aidant à comprendre qu’il pouvait être un leader et pas juste une star, il a changé. Il a grandi. Et moi j’ai compris que mon boulot, c’était pas de savoir tirer un coup franc, mais de créer les conditions pour qu’ils veuillent en tirer un pour l’équipe, pas juste pour leur ego.
Moi : « vous incarnez une forme de bienveillance qui surprend. Pas molle, pas naïve. C’est quoi, pour vous, être un manager bienveillant ? »
Ted Lasso. Beaucoup de gens confondent gentillesse et faiblesse. Mais croyez-moi, être bienveillant, c’est pas dire à tout le monde qu’il fait du bon boulot quand c’est pas le cas. C’est croire que même quand quelqu’un rate, ça vaut le coup de le faire progresser plutôt que de le casser. C’est tendre la main… mais en tenant bon la corde.
J’ai dû avoir des conversations très franches avec certains joueurs ou membres du staff. Avec Nate, par exemple, quand il a commencé à prendre la grosse tête, je l’ai pas humilié mais je lui ai parlé. Calmement. Je lui ai dit ce que je voyais, ce que je ressentais, ce que ça faisait aux autres. Et je lui ai laissé de l’espace pour se remettre en question. Ça a pris du temps, mais il a fini par revenir parce qu’on n’avait jamais coupé le lien.
Être bienveillant, c’est croire aux secondes chances. Mais c’est aussi savoir dire « non » quand c’est nécessaire. Juste… sans écraser l’autre parce qu’on ne grandit pas dans la peur. On grandit dans la confiance, même quand ça pique un peu.
Moi : « dans votre équipe, on a parfois l’impression que vous n’êtes pas “au centre” des décisions. C’est volontaire ? »
Ted Lasso. Oh, totalement. J’ai jamais eu besoin d’être le mec qui parle le plus fort. J’ai toujours pensé qu’un bon manager, c’est un peu comme un bon jardinier : il ne fait pas pousser les plantes, mais il crée le bon sol, la bonne lumière, le bon arrosage pour que ça pousse tout seul. Si tout dépend de moi, c’est que j’ai raté un truc.
Prenez Roy Kent, ancien joueur devenu coach. Il avait du mal à se sentir légitime. Je ne lui ai pas dit comment faire son boulot. Je lui ai juste donné la confiance et la liberté d’y aller à sa manière et quand il a commencé à faire ses propres choix, même si je n’étais pas toujours d’accord, je me suis effacé. Parce que mon boulot, c’était pas d’avoir raison. C’était de faire en sorte qu’il prenne sa place. Quand chacun se sent responsable, aligné et respecté, les décisions se prennent là où elles doivent se prendre, pas à mon bureau.
Moi : « est-ce que l’optimisme, dans le monde de l’entreprise aujourd’hui, c’est pas devenu un peu ridicule ? »
Ted Lasso. Je comprends la question. C’est vrai que l’optimisme, mal compris, ça peut ressembler à un gars qui sourit pendant que le bateau coule. Mais moi je parle pas d’optimisme béat. Je parle de celui qui vous fait lever le matin pour essayer encore une fois. De celui qui vous fait croire qu’un gars en échec peut rebondir. De celui qui fait qu’on construit même quand on doute.
Quand j’ai commencé à Richmond, tout le monde pensait qu’on allait couler. Même mes propres joueurs. Mon rôle, ça a pas été de leur dire « tout va bien ». Ça a été de leur dire « on va trouver un chemin, ensemble ». Et jour après jour, c’est cet optimisme-là qui nous a tenus debout. Dans une boîte, si vous avez pas au moins une personne qui croit que ça peut marcher, qui va rallumer la lumière quand tout le monde baisse les bras ?
Moi : « dernière question : quel conseil donneriez-vous à un manager qui prend un poste difficile, dans un univers qu’il ne connaît pas ? »
Ted Lasso. Je lui dirais : « sois curieux, pose des questions, ne prétends pas savoir ». Les gens sentent très vite si vous êtes sincère ou si vous jouez un rôle. Et surtout, « intéresse-toi aux personnes, pas juste aux postes. Apprends leurs prénoms, écoute leurs histoires. Ce sont elles qui vont t’aider à comprendre la culture, les codes, les vraies règles du jeu ».
Et n’essaie pas de « t’imposer ». T’as rien à prouver. Ce que tu veux c’est construire de la confiance et ça prend du temps. Parfois, tu vas faire des erreurs mais si les gens voient que tu es là pour eux, pas pour ton ego, ils te le rendront un jour ou l’autre.
Crédit visuel : Image générée par intelligence artificielle via ChatGPT (OpenAI)







