Simplifier le travail ne revient pas à sous-exploiter les talents

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Un de mes crédos en termes d’expérience employé, qui s’inscrit d’ailleurs également dans des logiques d’expérience opérationnelle, est que la simplification est à la base de tout. Le travail et son organisation doivent être fluides, lisibles, logiques afin de permettre aux collaborateurs de se concentrer sur leur mission sans être constamment freinés par la complexité inutile du quotidien.

Mais, à ma grande surprise, mon idée est souvent mal comprise. On m’a déjà répondu plusieurs fois « On ne va tout de même pas payer des gens à faire des choses simples, si on les paie c’est justement parce que c’est compliqué« .

Comme si simplifier les conditions de travail revenait à appauvrir le travail lui-même ou à gâcher les talents.

Remarquez que c’est une piste qui mériterait peut être d’être explorée : et si la raison pour laquelle on recrutait des gens hyper expérimentés et qualifiés n’était que pour faire face à une complication (La complication organisationnelle : irritant #1 de l’expérience employé ) et une dette organisationnelle (How to Tackle the Biggest Threat to Your Team’s Growth ) qu’on a pas la volonté ou le courage de régler ?

Mais en fait le sens original de mon propos est tout autre.

En bref :

  • La simplification doit être conçue comme un levier d’efficacité permettant aux collaborateurs de se concentrer sur des missions à forte valeur ajoutée, en supprimant les obstacles inutiles et non comme un appauvrissement du travail.
  • La complexité inutile dans les organisations découle souvent d’une dette organisationnelle : processus obsolètes, outils inadaptés, contrôles excessifs et routines sans finalité réelle.
  • Cette complication parasite la motivation, dilue l’énergie des équipes et empêche l’expression des compétences pour lesquelles les collaborateurs ont été recrutés.
  • Simplifier, c’est renforcer la qualité et l’exigence du travail en libérant les équipes des frictions structurelles, et non réduire les attentes ou les transformer en exécutants de tâches triviales.
  • Cela nécessite une alliance entre RH et opérations, une culture de l’amélioration continue et surtout du courage managérial pour rendre le travail plus intelligent, plus utile.

Ce que les gens veulent, ce n’est pas faire des choses simples

Ce qu’ils veulent c’est qu’on simplifie ce qui n’a aucune raison d’être compliqué !

Il ne s’agit pas de transformer les métiers en tâches triviales mais de supprimer les obstacles inutiles, ceux qui parasitent l’attention, usent la motivation et consomment l’énergie sans créer de valeur.

La complication inutile est partout dans les entreprises :

  • des process conçus à une autre époque que personne n’ose remettre en question,
  • des outils mal intégrés, qui transforment chaque tâche en parcours du combattant (Une expérience IT compliquée. Irritant #7 de l’expérience employé),
  • des circuits de validation interminables qui multiplient les points de friction et retardent les décisions,
  • des réunions, des emails, des reportings qui mobilisent du temps, mais ont rarement du sens.

Elle est le fruit de la dette organisationnelle dont je parlais plus haut mais aussi du travail des managers dont l’appétence pour le contrôle n’a d’égal que leur peu d’intérêt pour l’amélioration du travail.

Tout cela finit par détourner les collaborateurs de l’essentiel. On les recrute pour leur intelligence, leur capacité d’analyse, leur créativité et on les enferme dans des systèmes qui les empêchent de les mettre en œuvre.

Simplifier, ce n’est pas abaisser le niveau d’exigence.

Simplifier c’est, au contraire, augmenter le niveau de concentration, de qualité et donc de qualité sur les sujets qui comptent vraiment.

Il faut en effet permettre aux équipes de se consacrer à des problèmes complexes, à forte valeur ajoutée, en les libérant de la pagaille organisationnelle. Déjà parce cette pagaille ne devrait pas exister et que les collaborateurs n’ont pas à en payer le prix mais également parce qu’avec l’essor de l’IA ce c’est de plus en plus pour gérer la complexité (et non la complication !) qu’on va embaucher des gens.

Et non, l’IA ne va pas régler le problème seule sans qu’on s’en occupe (AI Reasoning Is Cool, But First How Can We Tackle Organisational Debt?).


C’est ce qu’on attendrait naturellement d’un bon designer d’expérience utilisateur : faire en sorte que l’interface disparaisse, pour que l’usager se concentre sur son objectif


Mais pourquoi ce principe serait-il réservé aux clients, et pas aux collaborateurs ?

La simplification c’est de l’excellence opérationnelle…mais pas seulement

La simplification en effet est au croisement des opérations, de l’expérience employé et des RH (RH et Opérations : le seul duo viable pour mener l’expérience employé
et L’humain est partout dans l’entreprise mais, dans le travail, les RH ne sont nulle part).

On l’a oublié, ou on n’a jamais voulu le comprendre, mais l’expérience employé n’est pas une affaire de bien-être cosmétique ou de programme RH déconnecté du rée (Baromètre 2023 de l’expérience collaborateur : l’expérience employé face à ses contradictions). C’est un levier de performance (L’expérience collaborateur : un levier de transformation au service de la performance), au même titre que la qualité, la satisfaction client ou la maîtrise des coûts.


Et comme tout levier de performance, il exige une approche rigoureuse : observer, comprendre les irritants, supprimer les frictions, alléger ce qui peut l’être.

Cela demande une vraie culture de l’amélioration continue (Ca n’est pas parce que le travail est invisible qu’on ne peut l’améliorer) mais avant tout et surtout du courage managérial.


Pas pour rendre le travail « plus agréable » , mais pour le rendre plus efficace, plus intelligent, parfois digne. Le reste n’est qu’une conséquence.

Conclusion

Simplifier, ce n’est pas simplifier les missions mais simplifier l’environnement et le contexte du travail pour que chacun puisse utiliser tout son potentiel là où il est réellement utile.


C’est créer les conditions d’un travail exigeant, stimulant, valorisant mais sans surcharges inutiles ni complexité gratuite.

On ne paie en effet pas les gens pour faire des choses simples mais pour résoudre des problèmes complexes, prendre des décisions, faire avancer les choses.

Cela fonctionne très bien mais encore faut-il leur en laisser le temps, l’espace et l’énergie.

Et pour cela les organisation n’ont qu’un et un seul problème à régler : la complication.

Illustration : générée par IA avec ChatGPT, OpenAI, 2025.

Bertrand DUPERRIN
Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Directeur People & Operations / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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