Un entrepreneur ou un start-upper sont ils la solution pour gouverner un pays ?

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Envisager qu’un entreteneur et a fortiori un entrepreneur de la tech aurait le profil idéal aujourd’hui pour remettre un pays sur de bons rails n’a rien de nouveau mais c’est une idée qui revient de plus en plus et de plus en plus fort et, d’ailleurs, certains pays sont déjà passés à l’acte comme les Etats-Unis avec Musk sans qu’on puisse dire qu’il s’agisse d’un succès retentissant.

Mais faut-il partir de cet échec pour en tirer une généralité ?

En bref :

  • L’idée que des entrepreneurs, notamment dans la tech, puissent diriger un pays revient régulièrement, mais leurs compétences ne sont pas forcément transposables à la politique.
  • L’État et l’entreprise partagent certaines similitudes (budget, services, employés), mais leur logique de fonctionnement et leurs finalités sont fondamentalement différentes.
  • Le chef d’entreprise agit dans un environnement concurrentiel avec des salariés volontaires et des clients ciblés, alors que le politique doit gouverner pour l’ensemble des citoyens, y compris ceux qui ne l’ont pas soutenu.
  • Le pouvoir politique est limité par des contre-pouvoirs institutionnels, administratifs et démocratiques, ce qui contraint fortement l’action d’un entrepreneur devenu responsable politique.
  • Un entrepreneur peut apporter des idées nouvelles en politique, mais ses méthodes managériales doivent être adaptées à un cadre institutionnel et démocratique qui vise le bien commun plutôt que l’intérêt particulier.

L’Etat, une entreprise comme une autre ?

C’est en tout cas ce qu’affirme un courant de pensée. Après tout il y a un budget, des services à délivrer, des employés pour le faire et s’il existe un domaine où on sait optimiser le rapport entre dépenses de fonctionnement et valeur crée pour les parties prenantes c’est bien l’entreprise et cela tombe bien car c’est tout ce qu’on reproche à nombre d’états modernes.

De la à dire qu’après la nation des startups il faut passer à la nation startup avec les logiques d’agilité, d’efficacité et d’agilité qui vont avec il n’y a qu’un pas que certains franchissent allègrement.

La politique est elle faite pour les entrepreneurs ?

J’en parlais dernièrement avec un ami multi-entrepreneur qui verrait d’un bon oeil, comme beaucoup, une personne comme Xavier Niel rentrer en politique à l’horizon de la prochaine présidentielle.

Cela nous a amené à parler des motivations d’un entrepreneur. Contrairement aux idées reçues il m’a confirmé que le moteur d’un entrepreneur n’était pas l’argent qui n’est que la conséquence de sa réussite. Ce qui le motive est davantage la reconnaissance.

Ce a quoi je lui ai répondu que dans un cas comme dans l’autre il n’avait rien à y gagner : président c’est un métier très mal payé au vu des responsabilités et on n’y récole rien que des critiques, des coups bas et une forme de mépris et d’animosité générale.

Pour avoir des amis qui sont ou ont été dans le milieu je me suis forgé la conviction que contrairement à ce que beaucoup pensent le monde des affaires n’est pas la pire des arènes au contraire de la politique où tous les coups sont permis et utilisés et où ne récolte qu’ingratitude.

On ne m’enlèvera pas de l’idée que si l’entrepreneuriat est une ambition, la politique est une vocation.

Diriger pour peu, gouverner pour tous

Mais quand bien même un entrepreneur serait assez fou pour se jeter dans l’arène politique, quand bien même il serait élu, les méthodes qui ont fait son succès dans le monde de l’entreprise seront elles aussi efficaces à la tête d’un état ?

Je m’étais posé la question pour Musk (Elon Musk Ministre de l’efficacité gouvernementale : une blague plus sérieuse qu’il ne semble) avec quelques doutes mais en me disant qu’il fallait laisser sa chance au produit. Mes doutes ont été confirmés et si avec les pleins pouvoirs, une méthode choc un focus énorme Musk a totalement échoué cela montre bien les limites de l’idée.

Mais plutôt que se borner à dire que cela ne peut pas fonctionner il faut se demander pourquoi.

Finalement le travail d’un chef d’entreprise à défaut d’être simple est toutefois très clair. Il fait face à la concurrence et à un environnement externe qui peut être porteur ou au contraire négatif, il essaie de satisfaire un maximum de clients tout en sachant qu’il n’aura jamais 100% du marché et pour cela compte sur des salariés qui a priori ont décidé de travailler pour lui. Et ces deux points méritent qu’on s’y attarde.

Oui il y a des clients qui n’aimeront pas son entreprise et ses produits, oui il n’aura jamais 100% du marché mais ceux qui préfèrent les produits de la concurrence ne vont pas manifester contre lui, saboter ses usines ou faire bruler ses magasins. Les clients qui ne sont pas pour lui ne sont pas contre lui, ils sont simplement indifférents ou aimeraient bien être clients mais n’en ont pas les moyens.

Quant aux salariés a priori ils sont là pour accomplir son projet et travailler dans l’intérêt de l’entreprise. Bien sur certains sont plus engagés et motivés que d’autres mais au final cela relève de questions de management et de recrutement mais ne change rien à l’idée générale. Et s’ils tirent contre leur camp ils finiront par être invités à aller travailler ailleurs.

Un chef d’entreprise dirige des salariés qui ont choisi de travaille pour lui pour servir des clients. C’est finalement assez sélectif.

Pour le politique c’est totalement différent.

Il est élu par 50,52%, 55% des gens dans le meilleur des cas mais une foi élu il doit oeuvrer pour 100% des électeurs. Il doit penser et satisfaire, dans une certaine mesure, non seulement à ses « clients » mais également à ceux des autres qui pourtant ne lui rapportent rien.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il ne récolte qu’ingratitude. Elu pour un programme il déçoit ceux qui ont voté pour lui car il ne l’applique pas entièrement car il doit penser à ceux qui n’ont pas voté pour lui mais restent des citoyens dont il doit s’occuper et ceux là seront de toute manière déçus car quoi qu’il fasse il n’infléchira jamais assez sa politique pour les satisfaire. A la différence du monde des affaires, en politique le gagnant doit prendre soin des perdants autant que des siens.

Quant aux salariés, le politique, une fois au pouvoir, découvrira qu’il n’a pas autant de pouvoir que cela. Il doit donner des gages à l’opposition, satisfaire aux principes constitutionnels, et composer avec une administration qui peut mettre une réelle mauvaise volonté à ralentir voire empêcher la mise en œuvre de sa politique. Le Deep State n’est pas un mythe et Musk l’a appris à ces dépens.

Le politique n’est donc pas omnipotent et un entrepreneur qui accèderait à la fonction suprême apprendra que ça n’est pas parce qu’il veut qu’il peut et que ça n’est pas parce qu’il décide que cela aura lieu.

Un pays n’est pas une entreprise

On peut se dire que cela serait bien qu’on applique à un état les principes de fonctionnement et de gestion d’une entreprise, c’est une chose, mais il faut également admettre que les principes de fonctionnement et d’exercice du pouvoir ne sont absolument pas les mêmes (Les méthodes d’innovation de l’entreprise fonctionnent elles dans le secteur public ? Ou : les états sont ils réformables ?).

Dès lors croire que quelqu’un qui a réussi en entreprise a démontré les qualités qui lui permettront de réformer un état est totalement illusoire car les méthodes ne sont pas transposables. Et s’il emploie les méthodes qui sont acceptables dans le cadre du fonctionnement d’un état dans un système démocratique il pourra effectivement changer des choses de par sa vision et ses idées, mais seulement à la marge.

Conclusion

Je ne dis pas qu’un entrepreneur ne ferait pas un bon président mais que croire que les méthodes qui ont fait son succès sont transposables serait une erreur car le contexte de leur exercice est radicalement différent.

Sur le fond il pourra amener des idées nouvelles, une connaissance du monde des affaire et de l’économie mais sur la forme il devra remiser ses méthodes d’entrepreneur au placard pour se conformer aux règles écrites et non écrites de la politique et du fonctionnement d’un Etat ce qui est une vraie limite en termes d’efficacité.

Tout cela peut être parce que les constitutions des Etats ont justement été écrites pour qu’ils ne fonctionnent pas comme une entreprise car chercher le bien commun et le bien de quelques uns n’est pas la même chose.

Crédit visuel : Image générée par intelligence artificielle via ChatGPT (OpenAI)

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Bertrand DUPERRIN
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Directeur People & Operations / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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