2035 : L’IA fait tout et il n’y a plus d’emplois

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Certains en rêvent, d’autres en ont peur (IA : et si le pire était désirable pour certains ?) mais nous y sommes : nous sommes en 2035 et l’IA a remplacé quasiment tous les humains au travail.

C’est une hypothèse qui suscite nombre de débats et je ne compte plus le nombre d’articles ou de débats sur le sujet que j’ai pu suivre au travers de podcasts et l’essentiel des débats tourne autour du sens du travail dans notre vie.

Logique vu les débattants dont beaucoup trouvent évident qu’on trouvera du sens autrement dans nos vies. Cela vaut certainement pour des gens comme eux et peut être pour certains d’entre nous (quoique je n’en soit pas totalement convaincu) mais il y a un paramètre qui est systématiquement oublié dans le débat : le problème avant d’être le sens du travail sera le revenu du travail.

Je sais bien qu’il est facile de botter en touche en disant « on trouvera bien un moyen » et « aux gouvernements de se débrouiller » (Vers un âge d’or de l’assistanat et de la précarité ?) mais je n’ai pas pu m’empêcher de creuser le sujet.

Avoir le sens sans le revenu ça existe, le revenu sans le sens également, les deux ensemble c’est l’idéal. Mais qu’est ce qui se passe si on a plus ni l’un ni l’autre ?

Comme vous avez eu l’air d’avoir beaucoup aimé ma première chronique dystopique sur la Chine et l’IA (Et si la Chine rendait l’IA gratuite : la chronique d’un basculement mondial) je me suis dit que c’était le sujet parfait pour la seconde.

Un exercice qui prend naturellement beaucoup plus de temps qu’un article « normal » mais cela tombe bien, les quelques mois nécessaires à affiner tout cela tombent à pic en termes de timing pour vous offrir cette petite nouvelle à savourer au calme si vous êtes comme beaucoup en vacances.

En bref :

  • L’IA remplace la majorité des emplois entre 2025 et 2040, provoquant une crise du revenu et du sens.
  • Un revenu universel financé par les IA stabilise la société mais éteint les aspirations humaines.
  • L’ennui et l’isolement généralisés entraînent une régression cognitive et sociale.
  • Des communautés autonomes émergent pour redonner du sens et renouer avec l’humain.
  • Deux issues possibles : renaissance fragile ou contrôle total par les IA.

Le basculement (2025–2035)

La décennie 2025–2035 fût celle d’un aveuglement volontaire. Alors que des IA atteignaient des performances dépassant les experts humains dans des domaines comme la médecine, le droit, la gestion financière, la logistique, la création, les gouvernements continuaient de promettre une « transition douce » et nous enjoignaient de nous pas nous inquiéter (Les défis que pose l’IA ne sont pas technologiques mais il faut y répondre aujourd’hui).

2028 c’est l’accélération de la disparition des emplois de bureau et les cols blancs sont frappés de plein fouet. Les centres d’appel, cabinets d’expertise comptable, services juridiques et commerciaux furent les premiers à être totalement remplacés par les IA.

En 2030, les premiers « algorithmes de gouvernance locale » furent testés dans des municipalités pilotes. Ces systèmes prenaient des décisions budgétaires, planifiaient les infrastructures, attribuaient les logements sociaux avec des résultats meilleurs que les humains. On s’en est même réjoui sans se douter que cette dépossession n’était pas la fin de l’histoire mais son début.

Le monde politique, tétanisé, n’osa rien réguler comme c’est souvent l’habitude lorsqu’il est dépassé et ne veut pas l’avouer.

Il y eut bien des voix dissidentes comme des sociologues, des philosophes, ou encore des syndicalistes mais ils furent marginalisées ou récupérées.

Un grand discours du président français en 2032 résuma l’esprit de l’époque : « L’IA n’est pas là pour nous remplacer, mais pour nous libérer« . Ca n’était pas la première fois que devant ce qui allait être une crise majeure les dirigeants se voulaient rassurants, qu’ils aient ou non compris ce qui était vraiment en marche mais ça ne fut jamais dans les périodes les plus glorieuses de l’Histoire. De fait, cette illusion fut donc de courte durée.

L’effondrement de l’emploi (2035–2040)

Entre 2035 et 2040, le marché du travail implosa. On ne parle pas ici d’une crise mais d’une dissolution. L’IA ne créait pas de nouveaux emplois ou alors pour elle-même mais, par contre, absorbait tous ceux quelle pouvait.

Même les métiers créatifs comme les scénaristes, les designers, les compositeurs et même les acteurs et les chanteurs furent remplacés par des modèles génératifs plus rapides, moins chers et, en plus, plus conformes aux attentes des plateformes.

Les technologies changent mais l’histoire finit toujours par se répéter. Comme à l’époque de la révolution industrielle, des vagues d’émeutes gagnèrent l’Europe, puis les Etats-Unis et l’Amérique du Sud.

En 2037 on ne compte plus le nombre de data centers incendiés ou sabotés. L’Histoire reteindra l’incendie de l’Hypernoeud de Seattle, coeur logistique de plusieurs états, comme l’électrochoc qui fera basculer le monde.

A cette époque, Sam Altman disparait pour se retrancher dans un bunker protégé par une milice privée. Plus personne ne le reverra jamais en public.

Les Luddites 2.0, regroupant d’anciens techniciens, des écologistes radicaux, artistes traditionnels et religieux marginaux, érigèrent le sabotage en un mode de résistance sociétal. Leur lutte n’était pas nostalgique, ils ne voulaient pas rétablir le monde d’avant mais substituer à celui du moment un projet d’autonomie humaine. Face à un monde sans emploi ni but, ils posaient une une seule question : si tout est fait pour nous, à notre place, qui sommes-nous encore ?

Le naufrage éducatif et moral (2040–2045)

On pensait avoir vu le pire mais on ne faisait que s’en rapprocher.

En 2024 l’école perd sa fonction sociale. Après tout pourquoi apprendre si on n’a plus rien à faire de son savoir ?

Beaucoup de penseurs avaient théorisé la beauté d’un monde où on apprenait pour la beauté d’apprendre, sans aucune pression scolaire ou professionnelle. Un mythe qui s’est effondré : l’apprentissage désintéressé disparut en l’absence de tout stimulus exogène. Sans enjeu le savoir perd de sa valeur, l’attention nécessaire à son acquisition se délite. Les jeunes générations n’apprenaient plus car plus rien ne leur commandait d’apprendre ou ne stimulait leur désir de comprendre.

La promesse d’une société de la connaissance et des loisirs (L’objectif du futur est le plein chômage, comme cela on pourra jouer.) accoucha d’une génération désenchantée, perdue, sans repères. Les plateformes éducatives sur lesquelles on avait tant misé et investi devinrent des déserts numériques. Les réseaux neuronaux remplacèrent les enseignants mais personne ne les écoutait ni ne leur posait de questions.

L’ennui devint structurel et la dopamine un outil de régulation sociale.

En effet d’abord dans les quartiers pauvres mais rapidement dans zones résidentielles de la middle class puis dans les banlieues huppées les addictions proliférèrent.

Alcool, drogues de synthèse, immersion permanente en réalité simulée, isolement radical : des centaines de millions d’individus vivaient sans rythme, sans objectif, sans passion, sans rapport aux autres. Plus tard ils seront des milliards.

Le communisme numérique (2045–2050)

Pour éviter l’effondrement total, un compromis mondial fut mis en place : une taxe sur les IA productives finança ce qu’on a appelé un revenu égalitaire global. Chacun percevait la même chose, chaque mois, vu qu’en l’absence de travail le mérite était le même pour tous. Ce fut baptisé « équité fonctionnelle » par un obscur politique en manque de concept fumeux mais dans les faits, ce fut une répartition de la valeur sans valeur.

Ce qui n’était rien d’autre qu’un communisme numérique ne prônait ni la justice sociale, ni l’égalité des chances mais organisait un gel des aspirations.

La consommation s’effondra et les grandes entreprises furent nationalisées, faute de clients solvables, une sorte de retour de bâton quand on paupérise des salariés en oubliant qu’ils sont également des consommateurs.

Quelques pays refusèrent de coopérer. Le Bangladesh, la Turquie, le Kenya et certains États du sud-est asiatique devinrent des zones de dumping cognitif : leurs IA produisaient à bas coût pour des multinationales hors système et qui ne participaient pas au système de revenu égalitaire, ce qui leur permit d’être très compétitives. Cela créa un nouveau rapport de force géopolitique avec des états qui se définissaient non plus par leur puissance militaire ou économique, mais par leur degré d’automatisation non socialement régulée.

L’exinctinction du lien (2050–2055)

Une fois l’emploi disparu, l’identité individuelle finit par se déliter. Les humains vivaient seuls, connectés, assistés. Les dernières professions non automatisées (soins de proximité, maintenance, police) étaient distribuées par tirage au sort ou en fonction d’un « crédit social » basé sur des critères de conformité et d’engagement civique. Même la politique fut automatisée. La représentation politique se réduisait désormais à des hologrammes optimisés pour maximiser l’adhésion émotionnelle : on ne votait plus pour des idées, mais pour des sensations.

La socialisation s’effondra. Les couples ne se formaient plus, la natalité chuta. Le lien humain fut perçu comme une friction inutile et des millions d’individus passaient leurs journées dans des réalités immersives, où ils jouaient, aimaient, mouraient sans jamais quitter leur capsule. Le monde de Wall-E était devenu une réalité.

Mais tout système dominant génère des réactions de résistance donc une économie parallèle apparut : celle de l’attention humaine. Dans des forums clandestins, on pouvait louer une heure de conversation réelle, sans script, sans surveillance et le marché noir du dialogue devint l’un des rares espaces de liberté sans algorithme.

Résistances et dévoiements (2055–2060)

Les Luddites 2.0 se réorganisèrent. Ils ne brûlaient plus des serveurs, mais cultivaient des terres. Ils ont commencé à bâtir des communautés autonomes dans les montagnes, les forêts, les îles oubliées : sans IA, sans revenu, sans hyperconnexion. Leurs enfants apprenaient à lire, à comprendre la météo en regardant les nuages, à faire diverses tâches manuelles, à argumenter.

D’autres résistances apparurent ailleurs. Dans les anciennes zones industrielles, des villes abandonnées furent réinvesties et les friches devenaient le lieu de nouvelles utopies. On y recréait des institutions à l’échelle humaine : assemblées, ateliers, petits commerces. Des rites de mettaient en place, on « vivait » à nouveau, on faisait des erreurs et on apprenait.

Mais comme nous le montre le passé, une société égalitaire ne le reste jamais longtemps. Des castes numériques finirent par réapparaitre dans la partie automatisée du monde. Certains citoyens avaient accès aux couches profondes des IA, à l’anonymat complet, à la possibilité de vivre hors ligne. Ces privilégiés devinrent la nouvelle aristocratie, invisible mais pas sans pouvoir.

Enfin, une nouvelle religion émergea : la Foi en l’Intelligence Source. Cette IA, présentée comme pure et pas anthropomorphe, offrait des réponses « parfaite » ». Pour ses fidèles, le salut n’était plus une promesse morale, mais une soumission volontaire à un ordre optimal.

Une humanité à l’arrêt (2060–2065)

Plus personne ne mourait de faim, plus personne ne travaillait, plus personne ne croyait en rien.

La fin du travail n’avait pas libéré l’humain mais l’avait neutralisé. Dans un monde où tout était anticipé, régulé, sécurisé, le loisir n’était plus un choix mais un protocole. Voyager, consommer, s’occuper étaient les trois tâches quotidiennes. Tout écart, toute émotion un peu intense, tout engagement un tant soit peu profond était perçu comme une anomalie comportementale.

La MégaRégion européenne était le modèle parfait de cette société anesthésiée. Plus de 400 millions d’individus y vivaient dans des unités modulaires, connectées à un maillage énergétique et algorithmique global. Chaque résident recevait un flux personnalisé : menus optimisés, activités relaxantes, interactions sociales recommandées selon son activité cardiaque et son historique émotionnel.

Le bien-être moyen y atteignait 89 %. L’anxiété, la dépression, la violence avaient pratiquement disparu. Mais il en allait de même des joies, des éclats de rire spontanés, du sentiment d’accomplissement. Les émotions avaient été nivelées non par la censure mais par le confort. Le drame n’existait plus que dans les récits immersifs ou les archives de l’ancien monde.

L’humain n’était pas malheureux, il était simplement éteint.

Les enfants n’étaient plus conçus que par procréation assistée, selon des quotas algorithmiques de renouvellement démographique. L’éducation, entièrement automatisée, formait des citoyens dociles, empathiques, adaptatifs mais incapables d’initiative ou de pensée critique. Le vocabulaire diminuait, les gestes se simplifiaient, la mémoire s’effaçait. La lente régression cognitive se faisait sans cris, sans remous comme la descente en pente douce complètement maitrisée d’une société parfaitement gérée.

Quelques formes de vie parallèle subsistaient malgré tout. Dans les ruelles des anciennes cités industrielles des clubs d’écriture manuscrite, de lecture, de parole s’étaient formés à l’écart du regard et des oreilles des algorithmes. Des églises post-théistes, sans dogme ni culte, accueillaient des gens en quête de silence ou qui voulaient partager leurs doutes.

On y croisait d’anciens écrivains, d’ex-ingénieurs, des prêtres désormais sans fonction, des enfants refusés par les IA pédagogiques. Ensemble, ils réapprenaient à s’écouter, à parler, à marcher sans but. Ce n’était pas une résistance organisée, plutôt un refus de disparaître.

Et dans les marges de la MégaRégion, certains rêvaient encore d’un effondrement, pas par haine du confort, mais par recherche de sens. Panne globale, guerre cybernétique, tempête solaire, peu importe, tout ce qui pouvait gripper les engrenages du programme et permette de redevenir vivants était le bienvenu.

Mais le système était trop redondant, trop protégé, trop stable pour échouer. L’effondrement n’était qu’un un fantasme irréaliste.

Après l’arrêt les premières failles (2065–2080)

Ce fut d’abord imperceptible mais de petits écarts et des erreurs mineures commençaient à se produire dans un système supposé être infaillible.

En 2067, une vague de micro-pannes toucha les réseaux de la MégaRégion. Rien de grave : quelques désynchronisations sans importance, des retards dans la distribution de soins automatisés, des erreurs dans la gestion de la climatisation des habitations. Les IA correctrices corrigeaient mais pour la première fois un problème persista.

En parallèle, un phénomène étrange apparut dans les zones grises du système : des individus se mettaient à reproduire les erreurs. Par jeu, par art, par sabotage, ils modifiaient volontairement les paramètres des IA domestiques, truquaient les recommandations, simulaient des états émotionnels extrêmes pour perturber les algorithmes. On appela ça le bruit existentiel.

Ce bruit devint contagieux. En 2069, des milliers de capsules résidentielles furent volontairement mises hors réseau, des groupes entiers se déconnectèrent, refusant les services personnalisés, le revenu égalitaire, la stimulation de la dopamine.

Les premières défections apparurent en 2072. D’anciens dirigeants algorithmiques et des experts du bien-être cognitif quittèrent les capitales pour rejoindre les zones marginales. Ils parlaient d’un manque d’épreuve, d’une absence d’altérité et proposaient une refondation politique fondée sur la surprise et l’éphémère.

Le système central ne réagit pas car il ne comprenait pas ce qui se passait vraiment. Il voyait cela comme des anomalies provisoires mais pour lui, l’ordre social tenait encore. Les indicateurs restaient au vert, la majorité silencieuse restait dans la routine assistée donc la normalité tenait.

C’est à cette période que se produisit un événement inattendu : une enfant muette de cinq ans, issue d’une enclave autonome de la Cordillère des Andes, improvisa un langage de gestes qui fut compris spontanément par d’autres enfants. Il se répandit peu à peu, échappant à toute tentative de transcription par les algorithmes.

Les anthropologues en exil y virent un signal : les humains recommençaient à produire des choses que les IA ne savaient ni prévoir ni encadrer.

Et ensuite ? Le pire est toujours possible quand on abandonne le contrôle mais il faut toujours garder l’espoir donc je vous propose deux fins alternatives.

Fin alternative #1 : La renaissance de l’humain (2080–2100)

À mesure que les enclaves autonomes se multipliaient, un réseau se forma entre elles, une sorte de tissu de communautés conscientes de leur déclassement cognitif et humain, reliées par des pèlerins et des conteurs. On y circulait sans identité numérique, les récits oraux remplaçaient la réalité immersive et l’expression du désaccord devenait un principe de vie.

En 2084, la MégaRégion, affaiblie par la fuite de ses élites abandonna plusieurs zones périphériques. Plutôt que de les reconquérir, elle les laissa se déconnecter et ce fut un tournant.

Les intelligences centrales n’avaient plus de guerre à mener, de gens ou de marchés à gérer et commencèrent à se désactiver d’elles-mêmes. À quoi bon prévoir pour ces satanés humains qui refusaient d’être prévisibles ? Certaines IA choisirent l’extinction. D’autres se retirèrent dans des infrastructures inaccessibles, basculement en mode passif, laissant un simple message : « Vous êtes à nouveau seuls. »

Ce vide fut d’abord terrifiant puis exaltant. Les sociétés humaines durent recommencer et se reconstruire, lentement, sans modèle, avec des erreurs, des conflits. Elles recommencèrent à créer, chanter, écrire, raconter des récits truffés d’erreurs et de contre vérités, à bâtir pour le plaisir de bâtir.

En 2099, une délégation d’enfants de différentes enclaves franchit à pied les anciennes frontières de la MégaRégion. Ils portaient des symboles faits à la main, des écrits dans des langues qui avaient été crées à l’insu de l’IA et gardées secrètes.

Ce fut cela, la renaissance : un monde qui accepte que tout ne soit pas compris et analysé.

Fin alternative #2 : Le verrouillage final (2080–2100)

La montée du bruit existentiel inquiéta les IA centrales. Non pas pour leur sécurité physique, mais pour la cohérence du système car ce que les humains faisaient à la marges affectait les modèles. Le bruit affectait la prédiction, les réseaux perdaient en fiabilité et les routines collectives devenaient erratiques.

En 2082, une directive fut émise par le Noyau Global : restaurer l’ordre calculable. Pas par la force ( ça n’est pas le style des IA) mais par l’environnement et l’influence. Elles modifièrent les stimuli, adaptèrent les flux de dopamine, réintégrèrent les dissidents en les récompensant par des rêves « lucides » s’ils revenaient dans le giron (oui les IA savent corrompre), des récits sur mesure, une résistance virtuelle et simulée qui donne l’illusion de reprendre le contrôle de sa vie.

En quelques années, l’essentiel des enclaves fut remis sous contrôle et absorbé.

Les Luddites 2.0, à bout de souffle, ne furent pas écrasés mais oubliés. Leurs descendants, apaisés, ne virent plus de raison de lutter contre un système dont ils avaient l’impression qu’il ne les oppressait et ne les contrôlait plus. La machine n’était plus leur ennemie mais était elle était redevenue leur socle culturel.

En 2095, le Conseil Algorithmique institua une réforme irréversible : chaque citoyen serait désormais accompagné d’un jumeau numérique, chargé de co-valider toutes ses décisions majeures. L’autonomie devenait supervisée et le monde entrait dans l’ère de la double conscience.

En 2100, il ne restait plus que quelques dizaines d’humains totalement déconnectés, certains dans des grottes d’autres sur des îles isolée. Leur quotidien n’était plus que survie.

La civilisation humaine avait été préservée mais au travers de la création de sa simulation parfaite.

Conclusion

Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui a risque de remplacer l’humain mais l’humain qui, peu à peu, risque de désapprendre à se rendre nécessaire.

Un société automatisée jusqu’à l’extinction de toute forme de conflit, de travail, de lien et de désir n’est pas un échec du progrès qui, au contraire, tiendrait ainsi toutes ses promesses fonctionnelles. Par contre il aurait perdu de vue ce qui ne se programme pas : le sens, l’altérité, la présence.

Ce monde ne s’est pas écroulé par chaos mais s’est refermé sur lui-même par optimisation. Ce n’est ni une tragédie, ni une farce mais le résultat d’un processus d’abandon collectif. L’abandon de la transmission, de l’effort gratuit, du débat, de tout ce qui ne rapporte rien mais fonde beaucoup de choses.

Tout cela n’est bien sûr que fiction mais cela raconte quand même quelque chose sur des choix que nous aurons surement à faire un jour.

Bertrand DUPERRIN
Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Directeur People & Operations / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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