Certaines citations traversent le temps sans se démoder et gagnent même un regain de popularité à chaque époque de transformation technologique massive lorsque les entreprises s’étonnent de ne pas cueillir le fruit de leurs investissement.
Celle-ci, le plus souvent attribuée à Einstein, en fait partie.
La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent
Personnellement j’y vois une exhortation à ne pas tomber dans le solutionnisme technologique (Pour tout résoudre cliquez ici !) et de manière générale un rappel que plaquer une amélioration cosmétique sur une organisation et des manières d’opérer qui ne changent pas revient à reproduire les erreurs du passé, voire à les amplifier.
En bref :
- Le texte met en garde contre le solutionnisme technologique et le risque de penser qu’un outil ou une amélioration superficielle suffit à transformer en profondeur une organisation.
- Il souligne l’importance de remettre en cause non seulement les pratiques, mais aussi les croyances qui les sous-tendent, notamment dans les démarches de transformation.
- Les dysfonctionnements persistants sont souvent le signe que les changements opérés ne touchent pas les causes réelles, mais se limitent à un habillage méthodologique.
- Dans un environnement complexe, il ne s’agit pas d’éviter la répétition en soi, mais de prêter attention à ses effets, ajuster, apprendre, et éviter autant l’obstination que l’instabilité managériale.
- La citation évoquée sert surtout de point de départ pour inviter à une attitude lucide, adaptative et expérimentale face aux défis organisationnels et managériaux.
L’auteur
Cette citation est le plus souvent attribuée à Einstein, qu’il n’est pas besoin de présenter, mais on a jamais eu de preuve tangible qu’il ait jamais prononcé cette phrase.
Cela va contre mon gout pour l’exactitude mais finalement peu importe : si on la lui attribue c’est qu’on pense que c’es vraiment important
Contexte
Faute de pouvoir parler du contexte dans lequel Einstein aurait prononcé cette phrase, parlons de celui où elle nous revient le plus souvent à l’esprit.
Combien de fois voit on des équipes qui persistent à reconduire les mêmes rituels, process lourds et poussiéreux, des réunions sans objet clair, tout en espérant mieux collaborer, innover, gagner en agilité, en performance, sous prétexte d’un simple toilettage de leurs pratiques ou de la mise en œuvre d’une technologie nouvelle ?
Cette citation met le doigt sur un biais courant dans le monde professionnel : croire que la répétition de ce que qu’on maitrise suffira à résoudre ce que la routine a elle-même produit.
Elle est à mettre dans la même catégorie que certaines citations ou slogans qui nous disent qu’on ne conduit pas en regardant dans ses rétroviseurs et que ça ne sont pas les gens dont les décisions nous on mis dans la difficulté qui vont nous en sortir.
Explication et implications managériales
Faire toujours la même chose » ne se limite pas aux modes opératoires c’est aussi et surtout reconduire les mêmes croyances. Par exemple :
- Croire que plus d’outils numériques résout les problèmes de collaboration et de manière générale que la technologie est autoporteuse (Les limites de la transformation guidée par la technologie).
- Penser que les gens résistent au changement par principe plutôt que questionner le sens des changements proposés, la manière dont on les conçoit et les met en œuvre (Changement et transformation ont besoin d’une nouvelle approche).
- Penser que tout problème se résout avec un nouvel indicateur ou un reporting de plus (Smart Simplicity : 6 règles pour gérer la complexité sans devenir compliqué).
Le problème n’est donc pas la répétition elle-même, mais l’absence de remise en question et ce que rappelle cette citation souligne c’est notre inertie face à la remise en cause de nos croyances, habitudes, et routines.
Même Einstein peut se tromper
Je dis souvent que ça n’est pas parce qu’une citation est brillante, qu’elle vous fait tout d’un coup ouvrir les yeux ou parce que la célébrité de son auteur lui confère l’autorité d’une vérité absolue qu’elle n’est pas questionnable.
C’est notamment le cas lorsqu’elle est intiment liée à contexte précis, ce qui me semble être la cas ici.
Elle suppose en effet une certaine stabilité dans les causes et les effets. A l’inverse dans un monde complexe, où les mêmes actions peuvent produire des résultats différents selon le contexte, elle perd un peu de sa pertinence et peut même s’avérer contre-productive si elle pousse à changer trop vite en se trompant sur les causes.
Dans les systèmes complexes, il faute effet souvent répéter, ajuster, apprendre. Ici ça n’est pas la répétition qui est folle, c’est le fait de ne pas observer ce qu’elle produit. Il faut en fait éviter deux extrêmes : d’un côté l’obstination aveugle et le zapping managérial de l’autre.
Une citation qui reste utile mais à condition de l’interpréter comme une incitation à la lucidité plus qu’à l’agitation.
Et puisque que l’IA générative est à la mode, elle est la parfaite illustration de l’absence de réplicabilité parfaite d’une résultat avec les mêmes causes (L’entreprise est déterministe, l’IA générative ne l’est pas et c’est un vrai problème) : essayez 10 fois même prompt, même parfaitement optimisé, et vous aurez 10 réponses différentes.
Mise en perspective
Dans les dynamiques actuelles d’hybridation du travail, de surcharge informationnelle ou d’adoption technologique, cette citation nous invite à :
- Observer les dysfonctionnements récurrents sans se contenter d’un replâtrage méthodologique dans une logique de transformation et non d’amélioration ou de replâtrage.
- Accepter l’expérimentation comme pratique normale de gestion.
- Favoriser la discussion dans les équipes sur ce qui marche vraiment et ce qu’on fait juste par habitude (Améliorer le travail d’une équipe : histoire d’une amélioration continue).
Autrement dit, il ne s’agit pas d’innover pour innover, mais d’oser faire autrement, pas pour changer à tout prix, mais pour tester l’hypothèse que le problème vient peut-être de ce qu’on croit être une solution qui a fait ses preuves.
Conclusion
Cette citation est une invitation à sortir de l’inertie, des processus figés, des convictions managériales usées et des outils que l’on empile faute de mieux.
Mais dans un monde de plus en plus complexe, avec tout ce que cela comporte, l’envie de tout changer peut être aussi irrationnelle que celle de ne rien changer.
Le véritable enjeu n’est pas d’être conservateur ou novateur, mais d’être attentif, adaptatif, et capable de se demander si ce que nous faisons aujourd’hui sera pertinent demain et si, à l’inverse, dans certains cas, la répétions des bonnes pratiques n’arrivera jamais à donner un résultat satisfaisant à chaque fois.
Crédit visuel : Image générée par intelligence artificielle via ChatGPT (OpenAI)








