« Chaque système est parfaitement conçu pour obtenir les résultats qu’il obtient » – W. Edwards Deming

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Dans de nombreuses organisations on voit les mêmes problèmes qui reviennent inlassablement en boucle : surcharge informationnelle, outils mal utilisés, réunions chronophages, collaborateurs démobilisés. Et puis toujours les mêmes erreurs et des résultats insuffisants, aux mêmes endroits, face aux mêmes situations. On change les gens, on change de manager mais rien ne change. Et on continue ainsi, encore et encore. En fait on les traite souvent comme des anomalies isolées, des incidents de parcours, des dysfonctionnements à corriger à la marge.

Mais, en fait, ces problèmes sont totalement logiques et ce qui serait surprenant, quand on voit les choses avec du recul, ça serait qu’ils ne se produisent pas.

C’est ce que nous dit Deming, figure majeure s’il en est du management de la qualité, dans une formule dont la simplicité n’a d’égale que la pertinence.


« Chaque système est parfaitement conçu pour obtenir les résultats qu’il obtient »

Autrement dit : un système n’échoue pas par accident mais il produit exactement ce pour quoi il a été conçu et ce même si le résultat est contre-productif.

Cette citation nous invite à un changement de perspective assez salutaire : cesser de chercher des coupables individuels et commencer à interroger sérieusement la conception de nos environnements de travail.

En bref :

  • Les problèmes récurrents dans les organisations (désengagement, inefficacité, erreurs) ne sont pas des anomalies isolées mais des conséquences logiques de systèmes mal conçus.
  • Selon W. Edwards Deming, un système produit exactement les résultats pour lesquels il a été conçu, même si ces résultats sont contre-productifs.
  • Cette approche invite à déplacer le regard du blâme individuel vers une analyse des structures, processus et incitations qui conditionnent les comportements.
  • Des exemples comme ceux du Boeing 737 Max ou du Titanic illustrent comment des systèmes peuvent engendrer des défaillances graves sans qu’aucune faute individuelle ne soit commise.
  • La citation de Deming appelle à une refonte des environnements de travail basée sur une compréhension systémique, impliquant ceux qui les vivent au quotidien et visant des transformations durables plutôt que des ajustements ponctuels.

Qui est W. Edwards Deming ?

W. Edwards Deming (1900–1993) est une figure incontournable dans le domaine du management de la qualité. Statisticien de formation, il a profondément influencé les pratiques industrielles modernes, notamment au Japon où son approche systémique a été un catalyseur de la renaissance économique d’après-guerre. Son nom est étroitement associé au cycle PDCA (Plan-Do-Check-Act) et à l’idée que l’amélioration continue repose d’abord sur l’amélioration du système, pas sur le blâme des individus (The Problem Isn’t the Employee, It’s the System).

Deming ne vendait pas des « méthodes » ou des « recettes », mais une philosophie du travail fondée sur la compréhension profonde des systèmes, des variations et des comportements humains.

Contexte de la citation

La phrase « Chaque système est parfaitement conçu pour obtenir les résultats qu’il obtient » s’inscrit donc dans la lignée de la pensée systémique, chère à Deming. Elle remet frontalement en question une attitude très répandue dans les organisations : croire que de mauvais résultats sont avant tout dus aux erreurs individuelles, à un manque d’effort ou à une mauvaise volonté.

Deming renverse la logique : si une organisation produit des résultats insatisfaisants (retards, désengagement, incohérences, gaspillage…), ce n’est pas à cause des individus isolés mais parce que le système, c’est-à-dire l’ensemble structurant des règles, processus, outils, incitations, objectifs, produit mécaniquement ces résultats.

Pour illustrer cela de manière très concrète je vais simplement deux rappeler deux cas traités sur ce blog.

Le premier est celui du Boeing avec les problèmes rencontrés par le 737 Max. Vu de l’extérieur beaucoup on hâtivement conclu que Boeing souffrait d’un problème de compétences et ne savait plus faire un avion. La vérité est que ce qui s’est passé était la conséquence logique d’un changement de culture profond qui a eu un impact à tous les étages de l’entreprise avec, à la fin, les arbitrages et décisions qui ont mené à l’issue fatale que l’on connait (Boeing : une culture et un slogan peuvent tuer une entreprise). Ce qui aurait été surprenant aurait été que ces décisions ne soient pas prises…

Le second est celui du Titanic. Oui il y avait un iceberg, oui les conditions étaient difficiles mais pourquoi le message d’alerte du Californian n’est il jamais arrivé au capitaine ? Et pourquoi le Californian est il resté sourd, plus tard, aux SOS du Titanic ? Aucune faute, aucune erreur simplement un système qui a parfaitement fonctionné. Les opérateurs étaient mieux payés lorsqu’ils traitaient les messages des clients que les messages de service donc ils ont favorisé les premiers et remis les second à plus tard. A trop tard. Mais le système d’inventives était parfaitement conçu de manière à ce que messages d’alerte et SOS ne soient pas traités. (Titanic : autopsie d’un naufrage managérial). Là encore le problème n’est pas que ces messages n’aient pa été traités mais ce qui aurait été surprenant aurait été qu’ils ne soient.

Il ne s’agit donc pas d’un hasard ou d’un accident, mais d’une conséquence logique.

Dans l’esprit de l’après-guerre industrielle (et plus tard dans l’informatisation du travail), cette vision systémique s’oppose à l’obsession de la « performance individuelle » et plaide pour une approche collective, structurée, durable du progrès.

Explication du sens de la citation

A première vue, la phrase peut paraître provocatrice. Comment un système dysfonctionnel serait-il parfaitement conçu ? Justement : il l’est dans le sens où il est cohérent avec ses effets. Si une organisation génère en boucle les mêmes problèmes, c’est que son design les rend inévitables.
Autrement dit, un mauvais résultat n’est pas un bug : c’est une fonctionnalité du système.

Prenons quelques exemples concrets :

Si des collaborateurs passent leurs journées à chercher des fichiers ou à assister à des réunions inutiles, ce n’est pas une faute individuelle : c’est le produit d’un système numérique et organisationnel mal pensé.

Si des outils censés « faciliter » le travail finissent par alourdir les tâches ou fragmenter l’attention, c’est parce que leur adoption a été pilotée par des critères hors sol (effet vitrine, benchmark, promesses de gain non vérifiées…).

Cette citation appelle donc à un changement de posture managériale : passer du jugement des personnes à l’analyse des systèmes. Il ne faut pas se contenter de « corriger » les écarts, mais repenser ce qui les provoque en amont.

Mise en perspective dans nos environnements numériques et organisationnels

Dans un contexte de surcharge informationnelle, de multiplication des outils collaboratifs, et d’hybridation des lieux et des rythmes de travail, la citation de Deming ne peut que nous inciter à ouvrir les yeux : les dysfonctionnements que nous observons au quotidien ne sont pas des anomalies. Ils sont les symptômes d’un système mal conçu mais parfaitement efficace pour produire ces symptômes.

Cela remet en cause certains réflexes : déployer un nouvel outil sans repenser les usages, ajouter une procédure pour chaque exception, valoriser la productivité sans se demander à quoi elle sert.
Dans ces systèmes, la dispersion de l’attention, le mal-être ou la perte de sens sont des résultats « normaux », car produits par la logique même du système.

La phrase de Deming invite alors à une forme d’intelligence collective appliquée :

  • Redonner du pouvoir d’agir à ceux qui vivent les systèmes au quotidien.
  • Concevoir des environnements de travail ancrés dans le réel, pas dans les promesses édulcorées des fournisseurs ou dans des logiques d’audit.
  • Accepter que le changement ne vienne pas de l’empilement de dispositifs, mais d’un travail patient sur les structures, les flux et les interactions.

Conclusion

Le regard de Deming fait toujours mouche : tant que nous ne remettrons pas en question le design de nos systèmes, numériques, organisationnels, managériaux, nous continuerons à produire les mêmes résultats, quels que soient les slogans et intentions affichés. La question n’est pas « Pourquoi ça ne marche pas ?« mais « Pourquoi est-ce que ça fonctionne exactement comme ça a été conçu pour fonctionner ?« .

Pour répondre à vos questions…

Pourquoi les mêmes problèmes reviennent-ils dans les organisations ?

Parce qu’ils sont produits par le système lui-même. Deming explique qu’un système génère exactement les résultats qu’il permet. Surcharge, réunions inutiles ou désengagement ne viennent donc pas d’individus défaillants mais d’un environnement mal conçu. Tant que règles, outils et incitations restent identiques, les mêmes effets réapparaissent. L’enjeu est d’agir sur la structure, pas sur les personnes.

Que signifie la citation « Chaque système est parfaitement conçu pour obtenir les résultats qu’il obtient » ?

Elle rappelle qu’un mauvais résultat n’est pas un accident mais la conséquence logique d’un système cohérent avec lui-même. Si les mêmes erreurs se répètent, c’est que les processus et incitations les rendent probables. Cette idée invite à analyser le fonctionnement réel de l’organisation plutôt qu’à chercher des coupables.

En quoi la pensée de Deming change-t-elle la manière de résoudre les problèmes ?

Elle pousse à comprendre les causes structurelles plutôt que les comportements individuels. Un incident n’est plus vu comme une exception, mais comme le signe d’un mécanisme à revoir. Cette approche évite les corrections superficielles et conduit à des améliorations durables en s’attaquant à la logique du système.

Quels exemples montrent que les dérives viennent souvent du système ?

Boeing et le Titanic illustrent comment culture, incitations ou arbitrages rendent certains choix presque inévitables. Les résultats observés n’étaient pas des fautes isolées, mais des effets attendus de systèmes mal conçus. Ces cas montrent que les organisations produisent exactement ce qu’elles encouragent.

Comment appliquer cette vision aux environnements numériques actuels ?

En reconnaissant que surcharge et dispersion viennent souvent d’outils et de processus mal pensés. Avant d’ajouter des solutions, il faut simplifier les flux, impliquer les utilisateurs et aligner les outils sur les usages réels. Cela permet de construire des environnements plus cohérents et réellement utiles.

Crédit visuel : Image générée par intelligence artificielle via ChatGPT (OpenAI)

Bertrand DUPERRIN
Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Directeur People & Operations / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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