IA et confiance au coeur des stratégies d’entreprise pour PwC

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Cela fait plusieurs année que je ne vous avais pas parlé du CEO Survey de PWC mais cette année il est en plein dans mon actualité et mes centres d’intérêt. En effet sa 29e édition offre une photographie détaillée des priorités, des perceptions de risques et des choix d’investissement des dirigeants dans un contexte marqué par une incertitude accrue, une accélération technologique persistante et une pression croissante sur la performance et la fiabilité des organisations (Leading through uncertainty in the age of AI).

Contrairement à certaines lectures réductrices, le rapport ne se limite ni à l’intelligence artificielle, ni aux seuls enjeux de confiance mais met en évidence deux blocs structurants pour l’agenda des dirigeants : d’un côté, la transformation, avec l’IA, l’innovation et la recomposition des portefeuilles d’activités comme leviers de croissance et, de l’autre, la confiance, abordée comme un actif stratégique mesurable, directement corrélé à la performance financière.

En bref :

  • Le PwC Global CEO Survey 2026 met en lumière deux axes structurants pour les dirigeants : la transformation (via l’IA, l’innovation, la recomposition sectorielle) et la confiance (considérée comme un actif stratégique mesurable et lié à la performance).
  • La confiance des dirigeants dans la croissance à court terme diminue, tandis que les risques systémiques (cyber, macroéconomie, géopolitique) gagnent en importance dans leurs décisions.
  • L’adoption de l’IA est répandue mais ses retours économiques restent limités ; seules les entreprises ayant intégré l’IA à leur modèle opérationnel et disposant d’une gouvernance solide en tirent une valeur mesurable.
  • Les ambitions de diversification sectorielle et d’innovation sont fortes, mais leur mise en œuvre reste inégale, notamment en termes de discipline stratégique et d’organisation de l’innovation.
  • La confiance, déclinée en dimensions opérationnelle, numérique et de responsabilité, devient un facteur de performance reconnu, avec un lien établi entre gestion de la confiance et rendement actionnarial.

Un contexte marqué par la montée des risques et l’érosion de la confiance dans la croissance

Quelques éléments de contexte pour commencer.

La confiance des dirigeants dans la croissance à court terme poursuit sa dégradation. En 2026, 30 % seulement des CEO se déclarent très ou extrêmement confiants dans les perspectives de croissance de leur entreprise à 12 mois, contre 38 % en 2025 et 56 % en 2022. Cette tendance est observable dans la majorité des grandes économies.

Parallèlement, la perception des risques systémiques progresse. 31 % des dirigeants estiment être très ou extrêmement exposés à une perte financière significative liée au cyber-risque, contre 24 % l’année précédente et 21 % deux ans plus tôt. Le cyber-risque rejoint ainsi la volatilité macroéconomique parmi les principales menaces citées.

L’environnement géopolitique pèse également sur les décisions d’investissement. 32 % des dirigeants déclarent que l’incertitude géopolitique les rend moins enclins à engager des investissements significatifs. 29 % estiment par ailleurs que les droits de douane auront un impact négatif sur leur marge nette au cours des 12 prochains mois, même si la majorité anticipe un effet limité.

L’IA : une adoption large, mais des retours économiques encore limités

L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans les discours stratégiques, mais le rapport met en évidence un décalage persistant entre adoption et création de valeur mesurable, ce qu’on avait déjà vu récemment dans d’autres études (Adoption et impact de l’IA : enseignements (et limites) des dernières études McKinsey et BCG).

Sur les 12 derniers mois :

Cette minorité constitue ce que PwC qualifie de « vanguard ». Le rapport montre que ces entreprises ne se distinguent pas par l’intensité de l’expérimentation, mais par leur capacité à créer les conditions organisationnelles de l’industrialisation.

Les entreprises qui captent de la valeur ont dépassé une approche fragmentée de l’IA. 44 % d’entre elles déclarent utiliser l’IA directement dans leurs produits ou services, contre 17 % pour les autres.

Cette différence suggère que la valeur économique de l’IA est moins liée à l’automatisation ponctuelle de tâches qu’à son intégration dans le modèle opérationnel et l’offre. L’IA devient alors un composant du système de production et non une surcouche expérimentale (L’adoption de l’IA ne remplace pas son appropriation productive).

PwC insiste également sur l’importance d’un environnement technologique capable de supporter l’IA à l’échelle : intégration avec les systèmes existants, qualité et gouvernance des données, interopérabilité et sécurité. Un sujet récurrent qui ne date pas de l’IA mais dans le contexte actuel elle met les entreprises devant leur responsabilités plus que jamais (Digital workplace, IA et intéropérabilité : un problème qui reste entier).

Les organisations qui peinent à obtenir des résultats économiques sont souvent celles dont les projets IA restent confinés à des environnements isolés, sans continuité avec les systèmes de décision, de production ou de relation client (L’appropriation collective de l’IA  seule condition d’impact tangible).

Les entreprises « vanguard » sont plus avancées dans la mise en place de mécanismes de gouvernance, incluant des règles claires sur les usages autorisés, des dispositifs de contrôle et de supervision et une articulation entre performance, conformité et gestion des risques.

PwC souligne que l’absence de tels mécanismes ralentit le passage à l’échelle, les organisations hésitant à déployer massivement des technologies qu’elles ne maîtrisent pas pleinement.

Les résultats sont également plus probants lorsque l’IA est reliée à des priorités business explicites, plutôt qu’à des initiatives opportunistes. L’IA est alors traitée comme un levier stratégique intégré, et non comme un sujet technologique autonome.

Le rapport conduit ainsi la conclusion selon laquelle les limites observées de l’IA tiennent moins à la maturité des technologies qu’à la capacité des organisations à les absorber dans leur fonctionnement courant.

Innovation et recomposition sectorielle : ambitions élevées, discipline inégale

42 % des dirigeants indiquent que leur entreprise a commencé à concurrencer des acteurs d’autres secteurs au cours des cinq dernières années. Parmi ceux qui envisagent des acquisitions significatives sur trois ans, 44 % anticipent des opérations en dehors de leur secteur historique. Rien de neuf ici car PWC nous disait la même chose il y a…11 ans (La compétitivité en 2015: digital, diversité et partenariats pour PWC).

Les analyses de PwC suggèrent une corrélation positive entre la part de revenus issus de nouveaux secteurs et des niveaux plus élevés de marge et de confiance dans la croissance. PwC rappelle toutefois que la création de valeur est plus probable lorsque les acquisitions visent des capacités complémentaires plutôt qu’une simple extension de périmètre.

En matière d’innovation, le contraste est marqué. Seuls 8 % des dirigeants déclarent avoir mis en place, à un degré élevé, au moins cinq des six pratiques identifiées comme favorables à l’innovation (tolérance au risque, arrêt des projets sous-performants, partenariats externes, incubateurs, etc.).

La confiance : un actif stratégique désormais mesuré et corrélé à la performance

L’un des apports majeurs du rapport 2026 réside dans le traitement approfondi de la confiance. PwC ne l’aborde pas comme un concept abstrait, mais comme un facteur opérationnel et financier.

66 % des dirigeants déclarent en effet avoir rencontré, à un degré au moins modéré, des problématiques de confiance dans au moins un domaine au cours des 12 derniers mois : cybersécurité, protection des données, usage des technologies numériques avancées, transparence, reporting ou climat.

PwC décline la confiance en trois dimensions.

Tout d’abord la confiance opérationnelle qui renvoie à la capacité de l’organisation à fonctionner de manière fiable, résiliente et prévisible. Elle concerne la continuité d’activité, la robustesse des processus et la gestion des incidents.

Ensuite vient la confiance numérique qui recouvre la cybersécurité, la protection des données et la maîtrise des systèmes numériques, dont l’IA. La hausse continue du cyber-risque souligne le caractère critique de cette dimension.

Enfin la confiance de « responsabilité » qui recouvre la qualité de la gouvernance, la transparence du reporting financier et extra-financier, ainsi que la capacité à rendre compte des décisions auprès des parties prenantes.

Sans surprise, PwC souligne que l’IA constitue désormais un terrain critique de la confiance. Les préoccupations portent sur :

  • l’explicabilité des décisions automatisées,
  • la gestion des biais,
  • la protection des données personnelles,
  • la clarté des responsabilités humaines,
  • la conformité aux cadres réglementaires émergents.

Une IA perçue comme opaque ou insuffisamment encadrée peut fragiliser la confiance des clients, des collaborateurs, des partenaires et des régulateurs. PwC met en avant l’importance de dispositifs de « Responsible AI« , intégrant principes éthiques, supervision humaine et contrôles tout au long du cycle de vie des modèles.

Sur un échantillon d’entreprises cotées, celles présentant le plus faible niveau de préoccupations liées à la confiance affichent un Total Shareholder Return supérieur de 9 points sur 12 mois par rapport à celles cumulant le plus de préoccupations.

La confiance apparaît ainsi comme un facteur économique à part entière, et non comme une contrainte périphérique.

Deux piliers distincts, une même exigence de pilotage

Le rapport ne propose pas de lien causal direct entre IA et confiance mais montre toutefois que les dirigeants doivent piloter simultanément des leviers de transformation et des exigences accrues de fiabilité, de sécurité et de transparence.

Et l’IA l’illustre parfaitement : levier de performance d’un côté, source potentielle de risques de confiance numérique et de responsabilité de l’autre. Plus largement, la capacité à transformer l’entreprise ne peut plus être dissociée de la capacité à en maîtriser les effets systémiques.

Conclusion

Le PwC Global CEO Survey 2026 ne délivre pas un message radicalement nouveau ou inattendu mais un diagnostic précis. Il montre que la création de valeur repose désormais autant sur la capacité à transformer l’entreprise que sur la capacité à maintenir sa fiabilité perçue.

L’IA, malgré son potentiel, ne produit des résultats économiques mesurables que dans une minorité d’organisations. La confiance s’impose quant à elle comme un actif stratégique mesurable et corrélé à la performance financière. Ces deux sujets ne se confondent pas, mais structurent ensemble l’agenda des dirigeants.

Le rapport invite ainsi à dépasser une lecture purement technologique ou réputationnelle pour aborder ces enjeux comme des questions de pilotage global de l’entreprise, au croisement de la stratégie, des opérations, de la gouvernance et du risque.

Pour répondre à vos questions…

Que dit le PwC Global CEO Survey 2026 sur la confiance des dirigeants dans la croissance ?

Le rapport montre une nette érosion de la confiance des dirigeants dans les perspectives de croissance à court terme. En 2026, seuls 30 % des CEO se déclarent très ou extrêmement confiants à 12 mois, contre 38 % en 2025 et 56 % en 2022. Cette baisse reflète un environnement marqué par l’incertitude macroéconomique, géopolitique et technologique, qui pousse les dirigeants à adopter une posture plus prudente en matière d’investissements et de création de valeur.

Pourquoi l’IA ne produit-elle pas encore de résultats économiques significatifs pour la majorité des entreprises ?

Selon le rapport, 56 % des dirigeants estiment que l’IA n’a généré ni hausse de revenus ni baisse de coûts sur les douze derniers mois. PwC explique ce constat par des limites organisationnelles plutôt que technologiques. Les projets IA restent souvent isolés, mal intégrés aux processus clés et insuffisamment reliés à des priorités business claires, ce qui freine leur passage à l’échelle et leur impact économique réel.

Qu’est-ce qui caractérise les entreprises qui tirent réellement de la valeur de l’IA ?

Les entreprises dites « vanguard », minoritaires, se distinguent par leur capacité à industrialiser l’IA. Elles l’intègrent directement dans leurs produits, services et modèles opérationnels, plutôt que de multiplier des cas d’usage ponctuels. Elles disposent aussi de mécanismes de gouvernance clairs, combinant performance, gestion des risques et conformité, et traitent l’IA comme un levier stratégique pleinement aligné avec leurs objectifs business.

Que révèle le rapport sur l’innovation et les stratégies de diversification ?

PwC observe une forte dynamique de recomposition sectorielle, avec 42 % des dirigeants concurrençant désormais des acteurs d’autres secteurs. Les entreprises générant des revenus hors de leur périmètre historique affichent en moyenne plus de marge et de confiance dans la croissance. Toutefois, la création de valeur dépend fortement de la discipline stratégique, notamment lorsque les acquisitions visent des capacités complémentaires plutôt qu’une simple extension d’activité.

Pourquoi la confiance est-elle présentée comme un actif stratégique clé en 2026 ?

Le rapport montre que la confiance a un impact direct sur la performance financière. PwC la décline en confiance opérationnelle, numérique et de responsabilité. L’IA devient un enjeu central de cette confiance, en raison des risques liés à l’opacité, aux biais et à la conformité. Les entreprises présentant le moins de préoccupations en matière de confiance affichent un rendement actionnarial nettement supérieur, confirmant son rôle économique.

Crédit visuel : Image générée par intelligence artificielle via ChatGPT (OpenAI)

Bertrand DUPERRIN
Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Directeur People & Operations / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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